Concerts classiques - Le vélo sans les mains!
En attendant samedi, et le Requiem de Verdi, on retrouvait notre orchestre avec un chef français bien connu dans un très judicieux programme estival. On retrouvait également pour la seconde fois le jeune Andrew Wan - qui avait dominé le concours OSM-Standard Life 2007 - dans un concerto de Mozart joué par Sébastien Roy il y a trois semaines à Lachine.
Musicalement et violonistiquement Wan dépasse assez nettement Roy. Quand il commence à jouer on croirait entendre la simple pureté de Cho-Liang Lin il y a vingt ans. On s'aperçoit en passant, à la lecture de la biographie d'Andrew Wan, que Lin est l'un de ses influents professeurs! Le son de Wan, sur un somptueux instrument prêté par la collection d'instruments de la Juilliard School, est fin et élégant avec de très beaux harmoniques aigus.
Musicalement, il envisage avec raison le Concerto n° 5 de Mozart comme l'oeuvre d'un adolescent et non comme une partition pré-romantique - l'option, stylistiquement erronée, défendue par Sébastien Roy. Dans cette optique, on a noté particulièrement la belle pulsation du second mouvement.
Mais l'aisance et la décontraction résultant des capacités techniques et musicales exceptionnelles d'Andrew Wan (qui opte pour les cadences de Joachim) lui font faire des impairs. C'est un peu comme le pré-adolescent tout content de faire du vélo sans les mains. Ah, qu'il est fier... avant de se casser la figure! Andrew Wan se pavane déjà sur scène comme s'il s'était passé en boucle les vidéos de Joshua Bell: Il se tourne vers les premiers violons et les encourage (pas besoin, ils ont un chef d'orchestre...) et tourne en rond dans son petit pré-carré. À force de faire le singe, il nous a accouché d'un trou de mémoire avant la cadence du premier volet et d'une grossière fausse entrée dans le passage turc du Finale. La concentration et la modestie sont deux vertus des grands artistes. Wan l'a peut être appris hier soir.
Jean-Claude Casadesus a surpris dans la partie française du programme. Le terme «extraits» était accolé aux deux suites de L'Arlésienne en raison de coupures dans quatre des huit numéros. L'interprétation a souligné la distance entre le chef de l'orchestre des Ch'tis (Lille) et le grand vent du sud qui souffle sur la Provence vue par Bizet. On attendait autre chose d'un chef français que cette pompe désuète dans l'Adagietto, le Carillon, la Pastorale et la Farandole. Prélude et Menuet de la Suite n° 1 ont été les meilleurs moments.
Quant à La Valse de Ravel, Casadesus en a livré une vision assez étrange, consistant en un ralentissement et un épaississement progressif, comme un univers en décomposition. C'est à l'opposé du vortex attendu (plus Ravel indique «pressez», «accélérez», «animez», plus le chef ralentissait!). Mais c'est morbide et, au fond, assez éloquent.
***
MOZART PLUS
Mozart: Ouverture des Noces de Figaro, Concerto pour violon n° 5. Bizet: L'Arlésienne (suites n° 1 et 2, extraits). Ravel: La Valse. Andrew Wan (violon), Orchestre symphonique de Montréal, Jean-Claude Casadesus. Salle Wilfrid-Pelletier, mercredi 30 juillet.
Musicalement et violonistiquement Wan dépasse assez nettement Roy. Quand il commence à jouer on croirait entendre la simple pureté de Cho-Liang Lin il y a vingt ans. On s'aperçoit en passant, à la lecture de la biographie d'Andrew Wan, que Lin est l'un de ses influents professeurs! Le son de Wan, sur un somptueux instrument prêté par la collection d'instruments de la Juilliard School, est fin et élégant avec de très beaux harmoniques aigus.
Musicalement, il envisage avec raison le Concerto n° 5 de Mozart comme l'oeuvre d'un adolescent et non comme une partition pré-romantique - l'option, stylistiquement erronée, défendue par Sébastien Roy. Dans cette optique, on a noté particulièrement la belle pulsation du second mouvement.
Mais l'aisance et la décontraction résultant des capacités techniques et musicales exceptionnelles d'Andrew Wan (qui opte pour les cadences de Joachim) lui font faire des impairs. C'est un peu comme le pré-adolescent tout content de faire du vélo sans les mains. Ah, qu'il est fier... avant de se casser la figure! Andrew Wan se pavane déjà sur scène comme s'il s'était passé en boucle les vidéos de Joshua Bell: Il se tourne vers les premiers violons et les encourage (pas besoin, ils ont un chef d'orchestre...) et tourne en rond dans son petit pré-carré. À force de faire le singe, il nous a accouché d'un trou de mémoire avant la cadence du premier volet et d'une grossière fausse entrée dans le passage turc du Finale. La concentration et la modestie sont deux vertus des grands artistes. Wan l'a peut être appris hier soir.
Jean-Claude Casadesus a surpris dans la partie française du programme. Le terme «extraits» était accolé aux deux suites de L'Arlésienne en raison de coupures dans quatre des huit numéros. L'interprétation a souligné la distance entre le chef de l'orchestre des Ch'tis (Lille) et le grand vent du sud qui souffle sur la Provence vue par Bizet. On attendait autre chose d'un chef français que cette pompe désuète dans l'Adagietto, le Carillon, la Pastorale et la Farandole. Prélude et Menuet de la Suite n° 1 ont été les meilleurs moments.
Quant à La Valse de Ravel, Casadesus en a livré une vision assez étrange, consistant en un ralentissement et un épaississement progressif, comme un univers en décomposition. C'est à l'opposé du vortex attendu (plus Ravel indique «pressez», «accélérez», «animez», plus le chef ralentissait!). Mais c'est morbide et, au fond, assez éloquent.
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MOZART PLUS
Mozart: Ouverture des Noces de Figaro, Concerto pour violon n° 5. Bizet: L'Arlésienne (suites n° 1 et 2, extraits). Ravel: La Valse. Andrew Wan (violon), Orchestre symphonique de Montréal, Jean-Claude Casadesus. Salle Wilfrid-Pelletier, mercredi 30 juillet.
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