Concerts classiques - Le grand tourbillon du piano
Lundi, Ingrid Fliter jouait au forceps, en athlète de la double croche, un programme viennois tout en subtiles nuances, en cantabile, en finesse et vivacité d'esprit. Comme pour nous rassurer sur l'existence de l'intelligence musicale et stylistique en ce bas-monde, Marc-André Hamelin a joué hier en musicien un programme qui ouvre pourtant la voie à la virtuosité la plus obtuse.
Ainsi va le Concerto pour piano seul de Charles Valentin Alkan (1813-1888), un créateur en quête de démesure. Cette partition de 110 pages qui contient des véritables déluges de notes, est non seulement quasiment injouable, mais l'effort pour la mémoriser —- et la rendre ainsi en concert, sans filet — m'est apparu quasiment surhumain.
Je n'affirmerais pas que musicalement le jeu en vaut la chandelle, mais notre pianiste s'est fait le spécialiste de ce compositeur; alors profitons-en ! La musique, ici, se concentre surtout dans le 2e mouvement, lorsque le compositeur écrit pour le piano, sans penser à un effet orchestral. Pour le reste, il s'agit aussi de faire la part des choses, la partition étant truffée d'indications parfois fantasmatiques, voire sans queue ni tête. Hamelin a été à la hauteur de ce défi, lui qui a enregistré deux fois cette oeuvre. À noter l'éloquence particulière du passage «tamburo» dans les cinq dernières minutes du 1er mouvement.
Le premier contact avec Marc-André Hamelin a été, hier, très positif. Ingrid Fliter a passé un concert à ne pas maîtriser l'instrument, Hamelin l'avait en main d'emblée. Les spectateurs qui ont assisté aux concerts de lundi et mardi auront noté également la différence dans la qualité de l'extinction des notes et des forte (puissants mais pas claqués).
Dans la première partie le pianiste québécois s'attaquait avec bonheur à la Sonate de Berg, une interprétation assez rectiligne, mais qui, en réduisant les effets de houle que peuvent inspirer la lecture de la partition, traduit celle-ci en évitant le risque de la décomposer en séquences.
La Sonate funèbre de Chopin a hélas été handicapée par une détérioration très rapide (moitié du premier mouvement) de l'accord du piano dans la partie centrale du clavier, notamment les notes ré et mi, vrillant à tout va. Hamelin ne s'est pas laissé décontenancer par l'adversité des éléments. Ses mouvements extrêmes furent superbement limpides et logiques dans leur conduite, le Scherzo, sur le fil du rasoir, s'emballait parfois.
Je ne suis, par contre, pas d'accord avec l'utilisation de rubatos dans la Marche — et notamment dans la reprise. C'est une marche, justement. Elle s'éteint certes, mais elle n'a pas à dodeliner. Réserve minime par rapport au vent d'air pur et à l'étourdissant tourbillon...
***
FESTIVAL DE LANAUDIÈRE
Berg: Sonate pour piano n° 1. Chopin: Sonate pour piano n° 2, «Funèbre». Alkan: Concerto pour piano seul, op. 39 n° 8 à 10.
Marc-André Hamelin (piano). Église de L'Assomption.
Mardi 29 juillet 2008.
Ainsi va le Concerto pour piano seul de Charles Valentin Alkan (1813-1888), un créateur en quête de démesure. Cette partition de 110 pages qui contient des véritables déluges de notes, est non seulement quasiment injouable, mais l'effort pour la mémoriser —- et la rendre ainsi en concert, sans filet — m'est apparu quasiment surhumain.
Je n'affirmerais pas que musicalement le jeu en vaut la chandelle, mais notre pianiste s'est fait le spécialiste de ce compositeur; alors profitons-en ! La musique, ici, se concentre surtout dans le 2e mouvement, lorsque le compositeur écrit pour le piano, sans penser à un effet orchestral. Pour le reste, il s'agit aussi de faire la part des choses, la partition étant truffée d'indications parfois fantasmatiques, voire sans queue ni tête. Hamelin a été à la hauteur de ce défi, lui qui a enregistré deux fois cette oeuvre. À noter l'éloquence particulière du passage «tamburo» dans les cinq dernières minutes du 1er mouvement.
Le premier contact avec Marc-André Hamelin a été, hier, très positif. Ingrid Fliter a passé un concert à ne pas maîtriser l'instrument, Hamelin l'avait en main d'emblée. Les spectateurs qui ont assisté aux concerts de lundi et mardi auront noté également la différence dans la qualité de l'extinction des notes et des forte (puissants mais pas claqués).
Dans la première partie le pianiste québécois s'attaquait avec bonheur à la Sonate de Berg, une interprétation assez rectiligne, mais qui, en réduisant les effets de houle que peuvent inspirer la lecture de la partition, traduit celle-ci en évitant le risque de la décomposer en séquences.
La Sonate funèbre de Chopin a hélas été handicapée par une détérioration très rapide (moitié du premier mouvement) de l'accord du piano dans la partie centrale du clavier, notamment les notes ré et mi, vrillant à tout va. Hamelin ne s'est pas laissé décontenancer par l'adversité des éléments. Ses mouvements extrêmes furent superbement limpides et logiques dans leur conduite, le Scherzo, sur le fil du rasoir, s'emballait parfois.
Je ne suis, par contre, pas d'accord avec l'utilisation de rubatos dans la Marche — et notamment dans la reprise. C'est une marche, justement. Elle s'éteint certes, mais elle n'a pas à dodeliner. Réserve minime par rapport au vent d'air pur et à l'étourdissant tourbillon...
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FESTIVAL DE LANAUDIÈRE
Berg: Sonate pour piano n° 1. Chopin: Sonate pour piano n° 2, «Funèbre». Alkan: Concerto pour piano seul, op. 39 n° 8 à 10.
Marc-André Hamelin (piano). Église de L'Assomption.
Mardi 29 juillet 2008.
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