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Victoria Abril au théâtre Maisonneuve - Trop flamenco

Sylvain Cormier   30 juillet 2008  Musique
Victoria Abril en Andalouse, hier, à la Place des Arts.
Photo : Jacques Grenier
Victoria Abril en Andalouse, hier, à la Place des Arts.
Pour qui aime le flamenco, les solos de guitare flamenco, les danseurs de flamenco, c'était un régal, je suppose. J'en sais trop rien, j'y entrave que dalle, moi, au flamenco. Mon idée du flamenco commence avec Obélix se cabrant (beau gosse!) dans Astérix en Hispanie, et se termine avec les Gypsy Kings. À en juger hier au théâtre Maisonneuve par la réaction plus qu'enthousiaste des spectateurs à la fin des numéros de danse ou des solos de guitare, à en juger par le plaisir que Victoria Abril semblait y prendre, plus souvent qu'autrement spectatrice à son propre spectacle, c'était du flamenco fichtrement bien tapé.

Fort bien. Ce n'était cependant pas beaucoup le spectacle de Victoria Abril, à tout le moins le spectacle que j'espérais d'elle. Entendez: le spectacle d'elle-même, d'Abril la pétillante, l'impétueuse, l'irrépressible, la fougueuse, la dangereuse. Sans doute est-ce là mon cinéma de Victoria Abril, trop nourri d'Almodóvar et de Saura. Il y avait loin entre l'Abril de l'écran, dont je ne pouvais oublier, persistance rétinienne oblige, l'image plus ou moins dénudée de chihuahua érotique, et cette Andalouse de carnaval, drapée jusqu'à disparaître dans une robe rouge à pompons qui semblait cousue à partir d'un couvre-lit en chenille.

Peut-être était-ce voulu: ainsi attifée, ainsi recouverte, j'en négligeais de la regarder. Hélas, je ne pouvais pas tellement l'écouter non plus, noyée qu'elle était par les claquements de mains et le tapochage de pieds du couple de danseurs de flamenco. Problème de mixage? Volonté de mixage? Le fait est que, flamenco devant, flamenco prépondérant, on n'entendait rien d'autre: devenaient inintelligibles les textes des chansons à texte de Nougaro (Bidonville), Barbara (Mes hommes), Brassens (Quatre-vingt-quinze fois sur cent) et autres Ferré (Jolie môme), sabotant jusqu'à l'idée même de donner ces immortelles sur fond de flamenco. Sur Olala!, l'excellent deuxième disque d'Abril, le calibrage est à la française, la voix à l'avant-plan, le flamenco en soutien. C'est crucial: l'Espagnole a le français (délicieusement) hispanisant et la voix qui porte peu (malgré le joli timbre feutré): il s'agit de bien la distinguer de l'accompagnement.

C'était le contraire hier. À vrai dire, on ne distinguait pas grand-chose d'elle. À tous égards. Perdue dans le mixage, elle se dérobait souvent à la vue. À en croire que tout ce qui comptait, c'était le bel Hidalgo frappant furieusement sa petite plateforme, comme s'il avait marché dans une colonie de fourmis rouges et que les voraces insectes lui grignotaient les mollets. Moi, franchement, c'est sur mes nerfs qu'il tapait, alors que j'essayais d'apercevoir Victoria Abril, tapie dans l'ombre. Usurpation de spectacle? Non, c'est bien ça le pire: il piétinait avec l'aval de la belle.






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