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FrancoFolies - Thomas Dutronc, le fils manouche

Guillaume Bourgault-Côté   30 juillet 2008  Musique
Thomas Dutronc s’est longtemps esquinté les doigts sur les accords de Django Reinhardt avant d’oser pousser la note vocalement. Ce qu’il fait avec une bonne part de l’héritage familial dans le grain et le ton... Il sera accompagné dès ce soir
Photo : Agence France-Presse
Thomas Dutronc s’est longtemps esquinté les doigts sur les accords de Django Reinhardt avant d’oser pousser la note vocalement. Ce qu’il fait avec une bonne part de l’héritage familial dans le grain et le ton... Il sera accompagné dès ce soir
Thomas Dutronc s'est farci le parcours du combattant avant de présenter son premier album. Qui révèle qu'il est bien sûr le fils de, mais surtout un fils manouche. Entretien avec un rigolo sympathique qui entame ce soir une série de quatre spectacles attendus aux FrancoFolies.

Thomas Dutronc en convient: il aurait pu être fendant, prétentieux et tout ce qu'un fils de parents hyper célèbres peut devenir avec un peu de paresse. Mais le snobisme, très peu pour lui — c'est d'ailleurs pour ça qu'il préfère la Corse à Paris...

Il s'est donc plutôt forgé avenant et tout sympathique. «C'est une grande force d'avoir des parents aimés comme les miens», racontait-il récemment au Devoir, en parlant de son père Jacques et de sa mère Françoise Hardy.

«Les gens vous aiment bien. Ça m'a poussé à être gentil, à essayer de ne pas décevoir, à être soucieux des gens, à ne mépriser personne, à considérer tout le monde d'un oeil bienveillant.» Un solide programme de civisme et d'humilité, en somme.

Ça l'a aussi incité à ne pas abuser de la célébrité familiale. Si Thomas Dutronc fait aujourd'hui son chemin dans un univers où son patronyme est rien moins que légendaire (en plus de fréquenter parfois les plateaux de cinéma), c'est après avoir fait ses classes sur des chemins de traverse où l'anonymat était quasi absolu. Car avant la chanson, il y eut le jazz.

Résumons: Thomas Dutronc est devenu au fil des ans un fils manouche. Il s'est frotté aux «chouettes accords du père Django», comme disait Brassens. Happé par la beauté rythmique et mélodique du jazz manouche au sortir de l'adolescence, Dutronc a passé les 15 années suivantes à s'esquinter le bout des doigts sur les cordes d'acier de guitares Selmer pendant que sa main droite «pompait» le swing et la fête.

Il l'a fait au point de devenir un accompagnateur recherché. Biréli Lagrène, le maître actuel du genre (avec qui il a joué au Spectrum il y a quelques années), en a fait son guitariste de tournée. Tchavolo Schmitt et Romane (deux autres experts de Reinhardt) l'ont fait jouer sur leurs disques. La crème manouche l'aimait. D'autres aussi: son bon ami -M- lui a fait faire les guitares sur la trame sonore des Triplettes de Belleville.

«J'ai toujours été passionné davantage par la musique que par la chanson pop ou le rock, expliquait Dutronc au cours d'un long entretien téléphonique mené fin juin, alors qu'il tournait en France. J'adore les solos de guitare et la guitare en général. Mais il vient un moment où, après avoir écouté Hendrix, du blues, Pink Floyd et du rock, ça tourne un peu en rond. Et puis là, on découvre Django et on se rend compte qu'il y a tout un terrain de guitare et de musique instrumentale à découvrir. Un terrain très large. Très riche.»

En un mot, Dutronc estime que la chanson «simplifie les choses» et que c'est bien différent de la musique. «Django, c'est un musicien qui traverse les années parce qu'il était simplement au-dessus de tout le monde. Comme Bach ou Beethoven, c'est quelqu'un de constamment surprenant. Il n'y a rien de cliché dans ce qu'il fait, c'est toujours inventif et libre, d'une liberté totale. Il fait aimer la vie et la musique.»

Passionné du genre, Dutronc a ainsi joué du jazz manouche des années durant. Une musique pas facile, faut-il préciser, parce qu'elle est affaire de virtuosité. D'un guitariste manouche, le public attend généralement du feu et de la fureur. «Ce n'est pas une musique savante, dit Dutronc, c'est plutôt immédiat. Mais pour devenir spécialiste, ça demande un investissement et un travail immenses.»

Il a donc bûché et bûché sur ces musiques gitanes très européennes («un sympathique héritage»). Ça lui a permis de faire sa marque musicale en tant que Dutronc, mais un Dutronc évoluant dans un monde où le nom Dutronc ne veut rien dire. «Pour exister en tant que Dutronc, il fallait que je fasse autre chose [que de la chanson française comme ses parents]. En jazz manouche, la barre est très, très haute, c'est difficile de surpasser les maîtres, qui sont eux-mêmes sous l'emprise de Django. Trouver sa voie n'est pas facile, et il faut se débrouiller pour tirer son épingle du jeu.»

Ce qu'il a fait dans le respect de ses pairs. Mais est ensuite venu un temps où Dutronc a eu envie de sortir de cette spirale de virtuosité — où, avoue-t-il, il ne pouvait concurrencer les plus grands. Et le voilà aujourd'hui, la mi-trentaine, aux commandes d'un spectacle qu'on annonce très éclaté, un cabaret de joyeux lurons qui ne se prennent pas la tête, sinon pour rigoler. «C'est simple, sincère, naturel, et fait pour ne pas s'emmerder», résume Dutronc.

Chanson

Cette réorientation est arrivée un peu par hasard, se rappelle Thomas Dutronc. «On faisait des soirées chez moi, on faisait les cons. Il y avait ce côté vivant de plein de gens qui font plein de musiques différentes dans une ambiance chaleureuse. Et je me suis dit qu'il fallait exploiter cette voie plutôt que seulement le côté technique et la spécialisation. De toute façon, c'est trop dur!»

Poussé notamment par -M- (qui lui a présenté les bonnes personnes du milieu), Dutronc a monté un spectacle qui se voulait d'abord instrumental. La base est très théâtrale, dit-il: mise en scène importante, éclairages, jeux d'ombre, «pour faire plus varié que les shows de jazz avec trois chaises et un rideau noir». Dernière étape de la métamorphose, des chansons se sont greffées à l'ensemble, une à une, presque par accident.

Dutronc a ensuite voulu mettre sur le marché un disque pour soutenir le spectacle. Et sans qu'il sache trop pourquoi, ç'a donné un album mi-chanson, mi-manouche. Un disque où il fait le pont entre ses racines Dutronc et celles acquises par la pratique de Django. Comme un manouche sans guitare a fait mouche en France et valu à son créateur deux nominations aux Victoires de la musique (artiste révélation et album révélation).

«J'ai voulu combiner deux plaisirs, explique Dutronc. Je ne voulais pas être enfermé dans une image, mais plutôt ouvrir et faire des choses différentes.» C'est ainsi qu'on l'entend faire quelques titres instrumentaux, puis pousser plusieurs chansons qui montrent que Thomas a beaucoup de Jacques dans le ton et dans l'humour, très présent sur cet album.

On le sent d'ailleurs sur un morceau enregistré en public, où il se promène dans la salle pour enregistrer quelques conversations. Des spectateurs qu'on devine un brin âgés profitent alors du micro pour lui dire à quel point ses parents étaient meilleurs et tout... Moment charmant d'un album qui n'en manque pas, de charme.

«C'est pas que je me regarde le nombril, car on s'en fout de ma parenté. Mais c'était juste drôle, et totalement spontané», explique le musicien. Il avoue que, si l'extrait sert un peu à désamorcer la question, il est là pour surprendre et faire rire.

«Par rapport à mes parents, je me sens très bien, poursuit-il. J'ai attendu d'être certain de faire quelque chose de personnel et d'original avant de me lancer [dans la chanson]. Ce qui compte, c'est d'être soi-même, c'est tout. Et je n'ai jamais pensé à changer mon nom [comme Ours, le fils de Souchon, par exemple] parce que j'en suis fier. C'est comme si je poursuivais la petite entreprise familiale.»

***

- Thomas Dutronc sera en spectacle ce soir, demain, vendredi et samedi au chapiteau du parc des Festivals.
 
 
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