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Samedi soir aux FrancoFolies - Arrangements et dérangements

Sylvain Cormier   28 juillet 2008  Musique
La prestation de Zébulon, samedi soir, laisse présager un retour en force du groupe.
Photo : Marie-Hélène Tremblay
La prestation de Zébulon, samedi soir, laisse présager un retour en force du groupe.
Arman Méliès avait déjà entamé son heure au parc Fred-Barry quand j'ai rallié le site, samedi peu après 19 heures. Parsemé, le site. Un brin désorienté, l'Arman. Le Parisien avait tout du dramaturge hors de son théâtre, du metteur en scène sans véritable scène où se mettre. Dénuée de ses atours somptueux, sa musique semblait nue, ses chansons, admirables chansons, belles et tragiques chansons de ses trois magnifiques albums, s'étiolaient dans le trop grand espace. Pas faites pour l'extérieur, me disais-je. Pas faites pour la clarté du jour. Ces extraordinaires chansons, ces sublimes chansons qui creusent l'intérieur, sondent l'âme, n'ont besoin ni d'oxygène ni de lumière pour respirer et briller. Hier, en toute fin de journée au Cabaret Juste pour rire, programmé en doublé avec l'excellent Navet confit, on suppose que c'était plus approprié, encore qu'on avait des doutes: l'immense, la panoramique chanson pop à la Méliès n'est pas servie au mieux par une formation réduite, sans les cordes, vents et cuivres qui la portent sur disque. À se demander si le disque n'est pas sa finalité.

Parlant arrangements, je me demandais pareillement comment Catherine Major allait s'en tirer, en lever de rideau du spectacle de Véronique Sanson, à la salle Maisonneuve de la PdA. Rose sang, son plus récent album, le meilleur album produit au Québec ces derniers mois, est aussi un miracle d'enrobage et d'emballage, l'écrin grand luxe d'une musicienne au talent luxuriant. À trois et rien qu'à trois, piano à queue, contrebasse et batterie (tenue par Alex MacMahon, le réalisateur de Rose sang), n'allait-on pas être déficitaire? Eh bien, non. C'était large et plein, les versions des Sahara, Dans l'au-delà, L'Amour sec et surtout La Voix humaine avaient l'ampleur et la beauté souhaitées, dignes des réussites de l'album. Parfois même, c'était mieux, c'était en plus la sensualité de l'interprète: le rapport de Catherine Major à son piano est carrément érotique. De sorte que la petite demi-heure de cette première partie avait tout du coït interrompu, donnant furieusement envie d'être déjà arrivé à la première montréalaise du spectacle de la jeune femme, à l'automne.

Sanson, le gâchis

À l'opposé, après cinq ou six chansons du spectacle de Véronique Sanson, j'en avais assez. Autant la dame était allumée, ravie, radieuse, prête à tout, le plus souvent émue par l'accueil chargé d'amour de ces 1500 personnes qui avaient attendu dix-sept ans son retour, autant l'orchestre qui l'entourait était éteignoir: difficile d'imaginer plus désagréable traitement que ces versions trop pros pour leur bien, impossible de ne pas être irrité par ces deux choristes qui en rajoutaient des couches et des couches, nuisant constamment à l'émotion intrinsèque des chansons. Gâcher ainsi Vancouver, Amoureuse et jusqu'à Bahia, fallait le faire! Ces requins, presque arrogants dans leur maîtrise, passaient presque systématiquement à côté de l'intention, de la vérité des chansons. Sanson la musicienne aimait leur travail, de toute évidence, mais la femme et ses chansons y perdaient toute occasion d'exister librement. J'aurais voulu hurler, dire à ces sbires du showbiz de sortir et d'aller se faire valoir ailleurs, de la laisser seule avec son piano et nous.

Dégoûté, rien de moins, je me suis esquivé à mi-parcours, accueilli en sortant par Damien Robitaille comme par une bouffée d'air frais: on s'amusait ferme devant le Complexe Desjardins avec l'Ontarien (ou est-ce l'Oralien?), et tout semblait à nouveau possible. Et d'abord, la folie douce d'un gaillard qui raconte comment il voyage avec son atlas, comment il se fait parfois l'effet d'un porc-épic quand il se hérisse, etc. La musique était comme lui, rock'n'roll et clownesque, honky-tonk et décalée. Musiciens en liberté pour chanteur insaisissable. Un régal.

Retrouver Zébulon en fin de soirée, sur la grande scène de la Catherine, n'était pas moins réjouissant: tout aussi maîtres de leurs instruments que les mercenaires de Sanson, les Yves Marchand, Alain Quirion, Yves et Marc Déry, réunis pour la première fois depuis 1997, mettaient leur savoir-faire au service du plaisir, et leur relecture de l'emblématique Job steady, à nouveau réclamée par ces gars qui n'ont jamais manqué de travail en onze ans, était à la fois formidable et ludique. C'était reparti, et bien reparti, sur les chapeaux de roue mais en souplesse, chaque mesure négociée comme une courbe avec une auto sport «vintage» dénichée en parfait état. Si le nouvel album en chantier a l'allant de cette reprise de contact, Zébulon est en voiture.

***

Collaborateur du Devoir






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