Un chapeau sur le coeur
Il y a deux sortes de gens au Festival international de jazz de Montréal: les festivaliers, ceux qui passent la semaine dans le quadrilatère circonscrit et qui vont voir certains spectacles en salle (ou pas). Et il y a ceux pour qui le FIJM est simple circonstance, promoteur comme un autre: des gens qui arrivent par le métro ou s'engouffrent dans le stationnement du Complexe Desjardins, vont assister au spectacle de la PdA pour lequel ils ont payé (cher) et repartent, le spectacle terminé, par le même chemin. Pour ceux-là, Steely Dan à Wilfrid pendant le FIJM, ce n'est pas différent de Crosby, Stills & Nash au même Wilfrid, le 22 juillet prochain, totalement hors festival. À quelques saucettes près, j'étais de ces gens-là, cette année. Client surtout pour les grands de la soul, de la chanson d'auteur, très loin du jazz: Leonard Cohen, Al Green, Aretha Franklin, James Taylor. Je ne m'en porte pas plus mal. J'ai vécu le plus souvent d'intenses émotions, ainsi qu'une ou deux démotions. Échantillonnage.
- Le moment d'exquise musicalité: tout le spectacle de Leonard Cohen, miel pour les oreilles. Et je ne parle même pas de la voix de maître, plus jouissivement baaaaaaasse que jamais.
- Le moment détrempé: autour de 21h, dimanche 29 juin, entre la fin de la première partie de Coral Egan au TNM et le début de l'hommage à Léo Ferré des jazzmans italos à Wilfrid, c'était pourtant pas le marathon, et pourtant, parapluie pas parapluie, les trombes d'eau latérales ne rataient littéralement personne.
- Le moment quêteux: le guitariste de (l'excellent) trio de surf-rock Surferigno suggérant pour la quatrième fois, aux spectateurs massés devant la scène Jeanne-Mance/de Maisonneuve, d'aller se procurer l'éponyme CD à compte d'auteur à la boutique du site.
- Le moment où même ceux qui ne croient en rien croient à quelque chose: le révérend Al Green descendu (du ciel) jusque dans les allées de côté de Wilfrid, étreignant des spectateurs comme s'il les accueillait dans son église.
- Le moment d'embarras: l'«Ella wannabe» Nikki Yanofsky, du haut de ses 14 ans, interrompant la conférence de presse d'Aretha Franklin pour lui demander conseil, entre chanteuses. Le conseil d'Aretha à Nikki: «Reste à l'école...»
- Le moment que j'aurais déjà oublié, si ce n'était de ces listes où il faut évoquer ses moments marquants: tout ce qui, dans le spectacle d'Aretha Franklin, n'était pas les quinze minutes d'Aretha Franklin au piano.
- Le moment de fierté familiale: Étienne Dupré, bassiste de (l'excellent) Stage Band, de la polyvalente Hyacinthe-Derome de Saint-Hyacinthe, après leur heure sur la grosse scène, montrant à tous les parents et amis sa très officielle passe «artiste» du FIJM. La première d'une série, comprend-on.
- Le moment étrangement magique: quelque 100 000 personnes regardant en plein air Leonard Cohen en différé, sur neuf écrans géants, lorsque celui-ci poussait son Hallelujah à la grandeur de sa ville. Le meilleur moment de son spectacle-hommage, et il n'y avait personne sur scène!
- Le moment fellinien: l'as pianiste Roberto Cipelli, le trompettiste Paolo Fresu et le contrebassiste Attilio Zanchi, parlant tous en même temps en italien à Gianmaria Testa pendant que celui-ci essayait de présenter en français le rappel — Le Déserteur, magnifique.
- Le moment d'éternité: la note haut perchée que pousse Al Green au moins une fois par chanson, notamment dans Let's Stay Together: «It's alright with meeeeeeeeeeee...»
- Le moment d'absolue noblesse: à chaque solo, à chaque présentation, à chaque ovation, Leonard Cohen enlevant son splendide chapeau de feutre et le posant sur son coeur.
***
Collaborateur du Devoir
- Le moment d'exquise musicalité: tout le spectacle de Leonard Cohen, miel pour les oreilles. Et je ne parle même pas de la voix de maître, plus jouissivement baaaaaaasse que jamais.
- Le moment détrempé: autour de 21h, dimanche 29 juin, entre la fin de la première partie de Coral Egan au TNM et le début de l'hommage à Léo Ferré des jazzmans italos à Wilfrid, c'était pourtant pas le marathon, et pourtant, parapluie pas parapluie, les trombes d'eau latérales ne rataient littéralement personne.
- Le moment quêteux: le guitariste de (l'excellent) trio de surf-rock Surferigno suggérant pour la quatrième fois, aux spectateurs massés devant la scène Jeanne-Mance/de Maisonneuve, d'aller se procurer l'éponyme CD à compte d'auteur à la boutique du site.
- Le moment où même ceux qui ne croient en rien croient à quelque chose: le révérend Al Green descendu (du ciel) jusque dans les allées de côté de Wilfrid, étreignant des spectateurs comme s'il les accueillait dans son église.
- Le moment d'embarras: l'«Ella wannabe» Nikki Yanofsky, du haut de ses 14 ans, interrompant la conférence de presse d'Aretha Franklin pour lui demander conseil, entre chanteuses. Le conseil d'Aretha à Nikki: «Reste à l'école...»
- Le moment que j'aurais déjà oublié, si ce n'était de ces listes où il faut évoquer ses moments marquants: tout ce qui, dans le spectacle d'Aretha Franklin, n'était pas les quinze minutes d'Aretha Franklin au piano.
- Le moment de fierté familiale: Étienne Dupré, bassiste de (l'excellent) Stage Band, de la polyvalente Hyacinthe-Derome de Saint-Hyacinthe, après leur heure sur la grosse scène, montrant à tous les parents et amis sa très officielle passe «artiste» du FIJM. La première d'une série, comprend-on.
- Le moment étrangement magique: quelque 100 000 personnes regardant en plein air Leonard Cohen en différé, sur neuf écrans géants, lorsque celui-ci poussait son Hallelujah à la grandeur de sa ville. Le meilleur moment de son spectacle-hommage, et il n'y avait personne sur scène!
- Le moment fellinien: l'as pianiste Roberto Cipelli, le trompettiste Paolo Fresu et le contrebassiste Attilio Zanchi, parlant tous en même temps en italien à Gianmaria Testa pendant que celui-ci essayait de présenter en français le rappel — Le Déserteur, magnifique.
- Le moment d'éternité: la note haut perchée que pousse Al Green au moins une fois par chanson, notamment dans Let's Stay Together: «It's alright with meeeeeeeeeeee...»
- Le moment d'absolue noblesse: à chaque solo, à chaque présentation, à chaque ovation, Leonard Cohen enlevant son splendide chapeau de feutre et le posant sur son coeur.
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Collaborateur du Devoir
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