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Aretha Franklin à la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA - Au piano ou pas, du meilleur au pire

Sylvain Cormier   4 juillet 2008  Musique
Aretha Franklin, prix Ella-Fitzgerald, dixième du nom.
Photo : Jacques Grenier
Aretha Franklin, prix Ella-Fitzgerald, dixième du nom.
À la mi-spectacle, je fulminais. Qui donc nous avait ainsi enterré Aretha sous cet orchestre balourd? Elle avait beau s'époumoner, la Queen Of Soul, c'était peine perdue: on la perdait dans l'embrouillamini. Mais y perdait-on quelque chose? De ce qu'on en distinguait, ces versions en quatrième vitesse des Think, Respect et autres Chain Of Fools n'étaient pas qu'expédiées, mais jetées par-dessus l'épaule, gaspillées. On était debout quand même de haut en bas de Wilfrid-Pelletier, eh! C'était Aretha là devant nous et le seul souvenir des moutures d'origine suffisait à susciter l'enthousiasme, mais il y avait de quoi rager. On ne traite pas ainsi ses immortelles, on ne donne pas le Respect d'Otis Redding avec si peu de... respect!

À la mi-spectacle, j'avais ce titre en tête pour le présent texte: «Tics, maniérismes et sparages». Car en plus de la sono désastreuse et de la molle paresse des interprétations, Aretha Louise Franklin beurrait son pain comme jamais je n'avais entendu une diva beurrer son pain. C'était Céline, Mariah et Whitney au pluriel, au cube. Lady Soul montait et descendait les gammes comme on joue au yoyo, et s'offrait des parties de cache-cache avec le micro. En était-elle rendue là à 66 ans, la grande Aretha, récipiendaire hier du prix Ella-Fitzgerald, si déconnectée qu'elle en oubliait l'essence de ses propres chansons? Par moments, c'était affligeant. Dans sa robe de mariée, la première dame de la musique afro-américaine n'épousait plus personne qu'elle-même, s'impressionnant toute seule avec ses vocalises.

Et puis, à la mi-spectacle, alors que tout semblait perdu, Aretha s'est assise au piano, et ses mains, que l'on aurait dit mues par d'anciens ressorts, j'en jurerais, les ressorts de l'âme, l'ont ramené à l'origine. On était instantanément de retour à l'église, et c'était à nouveau la fille du Révérend Franklin qui menait la congrégation à la terre promise. Tout l'orchestre était en son pouvoir,et modulait enfin: on l'entendait chanter, haut et fort. On avait traversé la rivière Jordan, on était ailleurs. À la bonne place. Et Bridge Over Troubled Water, l'hymne de Simon & Garfunkel, était presque telle que chantée au Fillmore West de San Francisco, ce fameux soir de 1971 où Aretha toucha au ciel et transporta son église dans un temple de rock.

On aurait voulu qu'elle reste au piano, on aurait voulu tout le spectacle au piano, on aurait voulu cette Aretha vitale, pertinente, inspirée, inspirante, tout le temps. Mais la diva revint quand Aretha se leva, et le spectacle, bien que porté par ce qui venait de se passer, s'acheva sans surprise sur Freeway Of Love, tube enlevant mais négligeable des années 80. Les gens étaient contents, ils auraient pu être extatiques. Trois quarts d'heure plus tard, de retour sur la même scène, devant les caméras et micros des médias convoqués, Aretha décrivait elle-même sa soirée: «Plus de plaisir que de travail.» Trois autres questions et elle s'éclipsait, pour cause de climatisation dangereuse: Aretha, en effet, récidive ce soir à Wilfrid. «Les gens ne paient pas pour m'entendre chanter faiblement.» C'est vrai: ils paient pour une heure de n'importe quoi à pleins poumons et quinze minutes de vérité à l'église.

***

Collaborateur du Devoir






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  • Jean Dussault
    Inscrit
    vendredi 4 juillet 2008 08h28
    moche la sono, caca les photos!
    « M. Cormier a raison sur toute la ligne.
    Un show sur-tartiné de fausse passion.

    À ajouter: sans rapport, un descend à quelques reprises un écran en fond de scène, et l'on y projette des photos-souvenir d'Aretha, très primitivement, et dont une avec George W. Bush. Une chance, le show était quasiment fini...! »

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