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Leonard Cohen, jusqu'au bout de l'amour

Sylvain Cormier   23 juin 2008  Musique
Leonard Cohen remerciant les spectateurs.
Photo : Pascal Ratthé
Leonard Cohen remerciant les spectateurs.
Au petit trot. Hop! Hop! C'est guilleret que Leonard Cohen s'est amené sur la scène de Wilfrid-Pelletier hier, au premier de ses trois soirs à guichets fermés dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. Comme pour signifier: hé hé, pas encore grabataire, le septuagénaire (mis en ligne aujourd'hui à 10h40).

Trois heures plus tard, de fait, on y était encore, et Leonard Cohen trottinait, trottinait, de rappel en rappel. Il était content, nous étions heureux, le temps n'avait plus de prise sur les corps, septième ciel atteint. Citant «the old baladeer», il nous quitta sur ses mots: «Il y a longtemps que je t'aime / Jamais je ne t'oublierai...»

Oublier? Nous nous souviendrons de tout. Et forcément de ce chapeau mou qu'il enlevait à chaque solo de l'un ou l'autre de ses extraordinaires musiciens, ou alors à chaque fois que ses trois choristes, Sharon Robinson et les Webb Sisters, répondaient en harmonie à ses suppliques. À chaque fois, aussi, que nous l'applaudissions, ou l'ovationnions (combien d'ovations, douze, quinze?), il posait son chapeau sur son coeur, humblement. Élégamment humble. (Trop humble, même: une, à la limite deux présentations des musiciens auraient suffi pour que nous comprenions que Leonard les admire humblement. La vingtième fois, ça confinait à l'obsession. Détail.)

Tel un prêtre son cierge

Nous nous souviendrons de la façon dont il tenait son micro, le plus souvent à deux mains, tel un prêtre son cierge. Nous nous souviendrons de cette manière qu'il avait de se recroqueviller sur lui-même, s'étreignant comme s'il y avait quelqu'un entre ses bras et son corps. Nous le reverrons s'abaissant, ses genoux s'entrechoquant, aussi bas que sa note la plus basse, et ses notes étaient hier les plus basses du monde: on aurait dit que tout son être allait chercher au ras du plancher ses notes les plus crépusculaires. Parfois, il s'agenouillait: le solo de mandoline, comprenait-on, était trop beau pour ne pas remercier Dieu à genoux.

Nous nous souviendrons qu'il nous a d'abord parlé en français, allant jusqu'à s'excuser pour les places à 250 $: «J'espère, malgré les prix gonflés, que vous ne serez pas déçus ce soir... ». En mémoire, indélébiles, resteront pareillement les premiers vers des premières chansons du spectacle, également données en français dans le texte: «Fais-moi danser jusqu'au bout de l'amour...» L'invitation était trop belle, nous avons dit oui: il a donc dansé, sans faire le danseur, se contentant d'être le «white man dancing» décrit dans The Future.

Nous nous souviendrons que nous l'entendions merveilleusement bien chanter, que sa voix et celles des choristes étaient à l'avant, l'orchestre pas trop fort autour, et la batterie encore moins fort, pour ne pas dire feutrée, derrière. L'inverse de mille millions de shows qui ne sont pas des caresses, et il faisait bon se laisser caresser l'oreille, pour changer.

Et ces chansons

Nous nous souviendrons de chaque chanson, évidemment, comme si elle n'appartenait qu'à nous. Qu'importe si Leonard et les siens les jouaient hier passablement dans le même ordre que partout ailleurs, à une ou deux permutations près. Suzanne et Marianne (la Marianne de So Long, Marianne) étaient notre Suzanne, notre Marianne. I'm Your Man la chanson-thème de notre homme, Hallelujah notre prière, Boogie Street notre rue. C'était à nous qu'il lançait Hey, That's No Way To Say Goodbye, nous qu'il ne pouvait quitter tout au long d'I Tried To Leave You. À Montréal, personnellement.

Impossible d'effacer, de gratter de nos murs ce Famous Blue Raincoat bleu, bleu, si bluesément bleu. Impossible de ne pas laisser résonner les mots de Federico Garcia Lorca, une fois prononcés par Cohen: «Take this waltz... » Impossible de ne pas entendre encore et pour toujours, célestes, les voix conjuguées des Webb Sisters dans If It Be Your Will. Il faut dire que nous étions attentifs: avons-nous déjà été plus attentifs? Ce spectacle méritait toutes les attentions: c'est sans doute le dernier de Cohen, et nous en savourions chaque instant. Et notre attention était récompensée: Cohen a-t-il jamais mieux chanté? A-t-il jamais été mieux accompagné? A-t-il offert spectacle plus profondément satisfaisant? J'ai écouté tous ses enregistrements officiels de spectacles ces jours derniers: aucun n'était plus mémorable. Et aucun, mais alors là aucun, ne s'achevait sur Leonard citant À la claire fontaine. Tous en choeur: «Il y a longtemps que nous l'aimons, jamais nous ne l'oublierons... »-






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Vos réactions

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  • Nadia Tounier
    Abonnée
    mardi 24 juin 2008 18h05
    Merci!
    « Merci Monsieur Cormier d'avoir si bien su traduire ce qui a été mon sentiment et, je me permet de le croire, le sentiment général de la foule hier soir. Un moment de pure volupté, de vérité, d'éternité.

    Merci, puissiez vous écrire ces mots plus souvent, le publique s'en trouverait plus heureux.

    Sincàrement,

    Nadia »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 24 juin 2008 19h35
    Et le pape?
    « C'est un afront ce catho-lubrique là d'article et pour ce splendide être humain qui n'a jamais eu besoin d'une église pour être. I.e., libre. »

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