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Leonard Cohen - L'oeuvre et la vie

Au mont Baldy, où il a vécu durant cinq ans dans un monastère bouddhiste.
Photo : La Presse canadienne (photo)
Au mont Baldy, où il a vécu durant cinq ans dans un monastère bouddhiste.
D'une personnalité complexe, enclin à la dépression et à une profonde mélancolie qui stimule — et habite — son oeuvre, Leonard Cohen a toute sa vie mis son talent et ses énergies au service d'un art multiple, ce qu'il continue de faire à 73 ans.

Il naît à Montréal en septembre 1934, d'une famille de la bourgeoisie juive qui mène des affaires prospères dans la confection de costumes. La mort de son père, lorsqu'il avait neuf ans, conduit Cohen à l'écriture de son premier poème, qu'il enfouit dans un noeud papillon et enterre dans le jardin familial.

Il entame des études en lettres à l'université McGill en 1951, où il se signale rapidement et est récompensé de quelques prix pour ses poèmes. Cohen se fait aussi remarquer pour ses talents d'orateur. Il gratte la guitare dans un groupe country, pratique l'hypnotisme, court les filles (sa réputation de ladies' man est parfaitement justifiée, comprend-on à la lecture de la biographie écrite par Ira Nadel): ce n'est pas l'étudiant le plus assidu.

Les grands thèmes de son oeuvre sont rapidement installés: la métaphysique, l'amour, la sensualité, la sexualité, la religion, la mélancolie. Il publie en 1956 un premier recueil de poésie, Let Us Compare Mythologies. Sa réputation s'établit dans les cercles littéraires.

Après un séjour à New York près des beatniks, Cohen commence à faire des récitals professionnels où il lit sa poésie sur fond de jazz. Il se produit notamment dans une salle au deuxième étage du restaurant Dunn's.

En 1960, il s'achète une petite maison à Hydra, en Grèce, qu'il conserve encore à ce jour. C'est là qu'il rencontre la Marianne de la chanson. Vivant grâce à des bourses, la pension de son père et les revenus de son deuxième recueil (The Spice-Box of Earth, 1961), Cohen revient fréquemment à Montréal. Il séjourne aussi à Cuba, en pleine crise du débarquement de la baie des Cochons.

En 1963, il rencontre Suzanne Verdal, la femme du sculpteur Armand Vaillancourt, pour qui il écrira son grand classique. Deux ans plus tard, l'ONF lui consacre un documentaire qui le présente comme le jeune poète le plus talentueux du Canada.

Après un roman et cinq recueils, Cohen se rend compte en 1966 qu'il ne pourra pas gagner convenablement sa vie avec la poésie. Il décide donc qu'il fera de la chanson et part à New York. Il séjourne à l'hôtel Chelsea, où il côtoie plusieurs grands du mouvement folk. Judy Collins enregistre, la première, des chansons du Montréalais: elle fera de Suzanne un succès.

La maison Columbia fait signer au même moment un contrat de disque à Leonard Cohen. Rempli de chansons qui deviennent rapidement des classiques, ce premier album connaît un bon succès et place d'emblée Cohen parmi les folksingers importants des années 60. Sa carrière de chanteur est lancée.

À la même époque, Cohen commet une erreur qu'il regrettera longtemps: par inexpérience et naïveté, il cède les droits de trois de ses meilleures chansons à un partenaire escroc qui ne les revendra à Cohen qu'en 1987.

En 1968 et 1969, Cohen sort un deuxième album (Songs from a Room) qui confirme sa réputation de «prince du pessimisme». Il refuse aussi à ce moment le Prix du Gouverneur général qu'on voulait lui décerner pour son recueil Selected Poems, 1956-1968. Il rencontre cette même année Suzanne Elrod, avec il vivra plusieurs années une relation difficile. Deux enfants naîtront, en 1972 et en 1974.

Cohen commence à se produire sur scène au début des années 70, en Europe. Il est notamment du Festival de l'île de Wight, où il joue après Jimi Hendrix. Son troisième disque, Songs of Love and Hate (1971), est l'un de ses plus sombres, le désespoir s'y faisant omniprésent. Des rumeurs de retraite circulent d'ailleurs en 1973, tant l'artiste semble déprimé.

Son humour reste toutefois constant: à un reporter qui lui demande en 1974 pourquoi il est si populaire en Europe, Cohen répond que c'est «peut-être parce qu'ils ne comprennent pas les paroles»...

Il produit trois autres disques avant la fin des années 70, New Skin for Old Ceremony, Death of a Ladie's Man (qu'il qualifie d'épouvantable) et Recent Songs.

En 1984, Cohen fait paraître Various Position, l'album qui marque le début d'un nouveau cycle musical où les synthétiseurs sont omniprésents, sa voix beaucoup plus grave, les rythmes plus rock et populaires. Deux ans plus tard, la chanteuse Jennifer Warnes sort Famous Blue Raincoat (réédité l'an dernier), un premier disque-hommage au chanteur. Les ventes explosent, et l'oeuvre de Cohen jouit d'un regain d'intérêt. La sortie de son album I'm Your Man en 1988 confirme cette popularité retrouvée.

Différents hommages littéraires et musicaux célébreront l'artiste et son immense influence au cours des années 90. Cohen sort un autre album en 1992 (The Future, quasi prophétique dans ses textes), avant de quitter complètement la vie publique et de se retirer près de son maître zen, Roshi. Il reste ainsi près de cinq ans au monastère du mont Baldy, près de Los Angeles.

Il réapparaît au tournant des années 2000 avec deux albums qui viennent compléter sa discographie, Ten New Songs et Dear Heather, de même qu'un nouveau recueil de poèmes (Book of Longing, illustré de ses propres dessins). Mais Cohen doit aussi se dépêtrer avec une sombre histoire de fraude: sa gérante a vidé ses comptes pendant qu'il méditait dans son monastère. Et le tournée en cours découle en partie de cet événement et de la nécessité pour Cohen de regarnir un portefeuille spolié.

***

- Le parcours biographique de Cohen a été établi en grande partie d'après la biographie Leonard Cohen: le Canadien errant, d'Ira Nadel.
 
 
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