Cohen sur disques
La discographie de Leonard Cohen n'est pas des plus imposantes: onze albums studio et trois live en quatre décennies de chanson, le rythme est plutôt lent. À Bob Dylan qui lui racontait avoir écrit une chanson en 15 minutes, Leonard Cohen répliqua que la composition d'Hallelujah — peut-être sa plus grande chanson — lui avait pris une éternité...
Cohen travaille lentement, donc. Comme un orfèvre. Mais c'est peut-être ce qui fait que sur onze disques, on peut facilement établir que huit sont de toute première qualité. Les morceaux sont choisis avec soin, pensés et repensés. On oublie Death of a Ladies'Man (produit par Phil Spector) et les deux disques des années 2000: tout le reste est bon. Touchant parfois au sublime.
Ci-dessous, trois incontournables pour ceux qui ne se contenteraient pas d'une compilation (le cas échéant: The Essential Leonard Cohen)... en suggérant tout de même de jeter une oreille à l'ensemble. Parce qu'il s'agit d'une oeuvre au vrai sens du terme: cohérente, forte et porteuse.
Songs of Leonard Cohen (1967)
C'est l'entrée du poète dans le monde de la musique. L'album de tous les classiques (Suzanne, Master Song, The Stranger Song, Sisters of Mercy, So Long, Marianne, That's no Way to Say Goodbye... ), celui qui imposa le style Cohen et forgea sa légende. Le songwriter s'y montre absolument brillant. Le chanteur, lui, dévoile un talent plus limité, mais la retenue de sa voix monocorde sied parfaitement à l'ambiance générale du disque. Les arrangements délicats et entièrement acoustiques ont été obtenus de haute lutte par Cohen, qui était opposé à une production plus ample. Un classique absolu, non seulement dans l'oeuvre de Cohen, mais dans toute l'histoire de la musique folk. Ses deux successeurs (Songs from a Room — avec Bird on the Wire — et surtout Songs from Love and Hate — avec Famous Blue Raincoat et Joan of Arc)) complètent d'ailleurs une trilogie d'entrée remarquable. Les trois albums ont été réédités l'an dernier avec une qualité sonore rehaussée.
New Skin for the Old Ceremony (1974)
Sur son quatrième album, Leonard Cohen délaisse quelque peu le son très épuré de ses débuts pour faire une plus grande place aux instruments qu'on entendait auparavant en sourdine. Mais le ton reste acoustique, et c'est de la manière la plus dépouillée qui soit que Cohen chante Chelsea Hotel No. 2, autre immortelle de son répertoire où il raconte son aventure avec Janis Joplin dans le célèbre hôtel new-yorkais. Ailleurs, la production fait une place plus importante aux cordes, aux cors et aux bois, tandis que le chanteur a pris de l'assurance sur le plan vocal. Plus de passion, plus de texture, plus d'intensité. Résultat: un album très musical, des mélodies superbes, un son élargi et des textes toujours très forts. Dans la même veine: Recent Songs, qui sortira en 1979, après l'épisode Spector.
I'm Your Man (1988)
L'album du succès pour Leonard Cohen, celui qui enterre l'image de l'artiste bohème des années 60 pour révéler un auteur-compositeur-interprète branché et en parfaite harmonie avec son époque. Ce qui veut notamment dire qu'il y a là quantité de synthétiseurs et de rythmes techno-pop. Reste que l'ensemble a bien vieilli... grâce à des chansons d'une acuité et d'une justesse de ton remarquable, toujours baignées de l'humour pince-sans-rire d'un Cohen décidément bien inspiré: la très politique First We Take Manhattan, la lucide Everybody Knows, la pièce-titre, Take This Waltz, Tower of Song... Cohen assume maintenant son statut de chanteur: sa voix est d'une profondeur un brin terrifiante, mais elle porte un halo de lumière. Dès sa sortie, ce disque s'est classé au somment des palmarès en Europe. Cette renaissance profitera à toute l'oeuvre de Cohen, qui reçoit à partir de ce moment de nombreux hommages. I'm Your Man est encadré dans la discographie du chanteur par deux albums du même emballage et d'une qualité semblable, Various Position (Dance Me to the End of Love et Hallelujah) et The Future.
***
La discographie de Cohen
Songs of Leonard Cohen,1967
Songs from a Room, 1969
Songs of Love and Hate, 1971
New Skin for the Old Ceremony, 1974
Death of a Ladies' Man, 1977
Recent Songs, 1979
Various Positions, 1984
I'm Your Man, 1988
The Future, 1992
Ten New Songs, 2001
Dear Heather, 2004
Cohen travaille lentement, donc. Comme un orfèvre. Mais c'est peut-être ce qui fait que sur onze disques, on peut facilement établir que huit sont de toute première qualité. Les morceaux sont choisis avec soin, pensés et repensés. On oublie Death of a Ladies'Man (produit par Phil Spector) et les deux disques des années 2000: tout le reste est bon. Touchant parfois au sublime.
Ci-dessous, trois incontournables pour ceux qui ne se contenteraient pas d'une compilation (le cas échéant: The Essential Leonard Cohen)... en suggérant tout de même de jeter une oreille à l'ensemble. Parce qu'il s'agit d'une oeuvre au vrai sens du terme: cohérente, forte et porteuse.
Songs of Leonard Cohen (1967)
C'est l'entrée du poète dans le monde de la musique. L'album de tous les classiques (Suzanne, Master Song, The Stranger Song, Sisters of Mercy, So Long, Marianne, That's no Way to Say Goodbye... ), celui qui imposa le style Cohen et forgea sa légende. Le songwriter s'y montre absolument brillant. Le chanteur, lui, dévoile un talent plus limité, mais la retenue de sa voix monocorde sied parfaitement à l'ambiance générale du disque. Les arrangements délicats et entièrement acoustiques ont été obtenus de haute lutte par Cohen, qui était opposé à une production plus ample. Un classique absolu, non seulement dans l'oeuvre de Cohen, mais dans toute l'histoire de la musique folk. Ses deux successeurs (Songs from a Room — avec Bird on the Wire — et surtout Songs from Love and Hate — avec Famous Blue Raincoat et Joan of Arc)) complètent d'ailleurs une trilogie d'entrée remarquable. Les trois albums ont été réédités l'an dernier avec une qualité sonore rehaussée.
New Skin for the Old Ceremony (1974)
Sur son quatrième album, Leonard Cohen délaisse quelque peu le son très épuré de ses débuts pour faire une plus grande place aux instruments qu'on entendait auparavant en sourdine. Mais le ton reste acoustique, et c'est de la manière la plus dépouillée qui soit que Cohen chante Chelsea Hotel No. 2, autre immortelle de son répertoire où il raconte son aventure avec Janis Joplin dans le célèbre hôtel new-yorkais. Ailleurs, la production fait une place plus importante aux cordes, aux cors et aux bois, tandis que le chanteur a pris de l'assurance sur le plan vocal. Plus de passion, plus de texture, plus d'intensité. Résultat: un album très musical, des mélodies superbes, un son élargi et des textes toujours très forts. Dans la même veine: Recent Songs, qui sortira en 1979, après l'épisode Spector.
I'm Your Man (1988)
L'album du succès pour Leonard Cohen, celui qui enterre l'image de l'artiste bohème des années 60 pour révéler un auteur-compositeur-interprète branché et en parfaite harmonie avec son époque. Ce qui veut notamment dire qu'il y a là quantité de synthétiseurs et de rythmes techno-pop. Reste que l'ensemble a bien vieilli... grâce à des chansons d'une acuité et d'une justesse de ton remarquable, toujours baignées de l'humour pince-sans-rire d'un Cohen décidément bien inspiré: la très politique First We Take Manhattan, la lucide Everybody Knows, la pièce-titre, Take This Waltz, Tower of Song... Cohen assume maintenant son statut de chanteur: sa voix est d'une profondeur un brin terrifiante, mais elle porte un halo de lumière. Dès sa sortie, ce disque s'est classé au somment des palmarès en Europe. Cette renaissance profitera à toute l'oeuvre de Cohen, qui reçoit à partir de ce moment de nombreux hommages. I'm Your Man est encadré dans la discographie du chanteur par deux albums du même emballage et d'une qualité semblable, Various Position (Dance Me to the End of Love et Hallelujah) et The Future.
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La discographie de Cohen
Songs of Leonard Cohen,1967
Songs from a Room, 1969
Songs of Love and Hate, 1971
New Skin for the Old Ceremony, 1974
Death of a Ladies' Man, 1977
Recent Songs, 1979
Various Positions, 1984
I'm Your Man, 1988
The Future, 1992
Ten New Songs, 2001
Dear Heather, 2004
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