Leonard Cohen et la mesure du temps
Photo: Jean-François Bérubé
Leonard Cohen n'éprouve pas plus aujourd'hui qu'hier le sentiment de devoir refléter à tout prix ce statut d'icône mystérieuse qu'on croit pourtant être le sien. Vedette malgré lui? Il affirme en tout cas volontiers n'avoir jamais eu aucun appétit particulier pour le monde du show-business.
Cette semaine encore, un reporter du New York Times était furieux de s'être vu refuser, comme tout le monde ou presque, l'accès à la parole du chantre montréalais à l'occasion de son retour sur scène dans sa ville natale. À 74 ans, l'homme a beau toujours porter son élégance comme une deuxième peau, il aime néanmoins se confondre avec les simples badauds de son quartier sans devoir se trouver en représentation perpétuelle.
Au fil du temps, le poète-chanteur a appris à moduler la lumière de son étoile jusqu'à en arriver à donner cette impression de pouvoir redevenir, quand bon lui semble, ce nuage de poussière d'or éclatante lancée dans le monde du rock'n'roll.
«Je n'ai jamais appartenu au rock'n'roll, mais j'ai bénéficié de son hospitalité, expliquait-il récemment au quotidien Le Monde. J'ai grandi avec la musique folk et le blues. J'ai toujours espéré qu'un jour je serais capable d'accomplir l'exploit de la simplicité des grandes chansons comme Blue Berry Hill de Fats Domino. J'étais très ému en entendant cela. C'est de la grande écriture, moderne. J'ai commencé à jouer de la guitare là-dessus.»
Ses débuts à la guitare sont à situer bien avant le maelström musical des années 1960, dont il est l'un des plus forts artisans. Cohen jouait auparavant de la guitare et chantait avec ses amis dans les fêtes d'école, les bars et les soirées de sets carrés. Le Leonard Cohen que nous connaissons aujourd'hui est sorti tout droit de la poésie, bien sûr, mais aussi d'un premier groupe mi-folk, mi-country: les Bukskin Boys.
Chez lui, le sacré et le profane donnent la main à l'amour, toujours portés par des mélodies simples et souvent mélancoliques. Si ses chansons n'avaient pas tant de charme, on parlerait sans doute à leur sujet de potions dépressives plutôt que de la magie opérante de la mélancolie. Même si la voix grave de Cohen possède désormais des intonations de plus en plus crépusculaires, il n'en demeure pas moins un chanteur de la lumière des réalités intérieures.
«J'aurais voulu que ma voix soit plus ordinaire. Elle est typée, mais je suis un chanteur très limité. Dans mon petit studio, dans le garage, je n'arrête pas de faire des essais de chant. On s'améliore avec les générations: mon père ne savait pas chanter du tout, et mon fils [Adam] chante très bien. Mon père écoutait du folk sans arrêt, et toutes ces musiques noires — les percussions sont parties d'Afrique pour venir aux Amériques en passant par la Jamaïque et Cuba. Ces rythmes soufflent sur le monde, ils sont les arrière-plans des émotions, l'âme de nos activités.»
Fertilité d'un parcours
Quand on y regarde de près, l'homme apparaît moins passionné pour les femmes que pour l'amour, moins passionné aussi par Dieu que par la mystique et la sagesse, et moins fasciné enfin par le soleil que par l'éclairage qu'il jette sur sa solitude. Le parcours de l'artiste est sinueux, bercé à l'occasion par les effluves du bon vin. Voici différents Cohen: celui de Montréal, celui de Londres, celui d'Hydra, celui de New York, celui d'Oslo, celui de Los Angeles... Partout pourtant, ce même appétit de vivre.
«Je n'ai jamais pris de décision, de vraies décisions», explique-t-il à la radio suédoise en 2005. «Ma vie s'est dépliée devant moi ainsi. J'ai toujours répondu à l'impulsion de noircir une page, de terminer une chanson... Ce travail n'a jamais été facile. En comparaison avec le travail d'un mineur qui se rend à la mine en Bolivie, c'est très bien payé — même si j'ai tout perdu —, mais ç'a toujours été un travail accablant qui demande beaucoup d'attention.»
Cohen affirme à qui veut l'entendre écrire lentement, très lentement, mot à mot. Mais il y a toujours en lui, affirme-t-il, une voix qui lui enjoint de «faire quelque chose». Lentement donc, mais tout le temps.
Ses plus récents albums se sont vu reprocher une orchestration aux sonorités de toc. Pourtant, on a peu parlé avant cela de l'orchestration de ses chansons en général, sauf à l'occasion pour se moquer de leur minimalisme, jugé outrancier par certains. À ceux d'ailleurs qui lui demandent, dans les années 1960, s'il est vrai qu'il ne connaît que trois accords, Cohen répond, pince-sans-rire, que c'est complètement faux. «Les gens disaient que je ne connaissais que trois accords, alors que j'en connaissais cinq!» L'anecdote est rapportée entre autres par Ira B. Nadel, son meilleur biographe.
Entre le minimalisme fondateur des tout premiers albums, The Songs of Leonard Cohen (1967) ou Songs from a Room (1969), ou les gouffres sonores de Songs of Love and Hate (1971), le chanteur montréalais a parcouru beaucoup de chemin sur la route des synthétiseurs pour atteindre le son plus plastifié de Ten New Songs (2001) et de Dear Heather (2004), son dernier album. Ses disques ont presque tous connu un grand succès, sauf peut-être Death of a Ladies' Man (1977), enregistré par le légendaire Phil Spector. L'association s'était vite révélée, selon Cohen lui-même, «catastrophique et cauchemardesque».
La vie sur un plateau
Pour Cohen, la vie a changé autant que sa musique. Avec le temps, il a entre autres pris le parti d'accepter que la réussite n'a pas forcément les formes que notre esprit veut bien lui prêter. C'est du moins ce qu'il soutenait encore il y a peu, en entrevue pour une radio européenne: «J'ai eu beaucoup d'appétit pour de nouvelles expériences, comme tous les jeunes écrivains, comme tous les jeunes. Je voulais beaucoup de femmes, plusieurs types d'expériences, des pays, des climats, des histoires amoureuses. Je ne le savais pas à l'époque, mais il était naturel pour moi de voir la vie comme une sorte de buffet où il y avait plusieurs goûts. Je me fatiguais de quelque chose et je passais à autre chose, jamais très heureux de le faire, laissant une chose pour une autre, que ce soit une femme, un poème, une ville ou peu importe. Ça ne fonctionnait pas. Rien ne fonctionnait. Jusqu'à ce que je comprenne que rien ne fonctionne... Mais vous savez, il m'a fallu une vie pour comprendre que rien ne fonctionne et pour l'accepter.»
Son premier recueil de poésie, publié en 1956 aux Presses de l'université McGill, s'est vendu à 400 exemplaires. Les critiques, comme pour tous ses livres, seront néanmoins excellentes.
Lorsque le poète se fait romancier, au début des années 1960, la notoriété est déjà là. Mais pas l'argent. The Favorite Game (1963), largement autobiographique, met en scène un jeune homme qui se trouve grâce à l'écriture.
Nettement plus baroque et somptueux, Les Perdants magnifiques (1966), son deuxième roman, raconte les amours mythiques d'un homme aux prises avec des passions impossibles sublimées dans la figure de Kateri Tekawita, la sainte des Agniers, nos Mohawks, tandis que Montréal se déchire à l'heure du Front de libération du Québec.
Mais où se trouve le pont qui conduit le jeune romancier jusqu'aux succès de la chanson? «Je n'ai jamais pensé devenir un musicien professionnel, mais je ne pouvais pas gagner ma vie en étant romancier, expliquera-t-il en 2005. Je ne savais pas faire autre chose que d'écrire des livres, mais je savais jouer de la guitare.»
Après avoir donné la chanson Suzanne à Judy Collins, qui en fait un véritable succès, Cohen a l'occasion de jouer pour le producteur John Hammond. «C'était inattendu, complètement inattendu. Je voulais que ça arrive, mais au fond de mon coeur je savais que je n'étais ni un chanteur ni un musicien, mais un romancier.» Le reste appartient à une trajectoire que l'on connaît ou que l'on devine. Les tournées se succèdent. Les disques aussi. Mais en 1993, il ressent le besoin de découvrir autre chose.
Il passe donc l'essentiel de la décennie 1990 chez les bouddhistes, sous le nom de Silent Cliff. Ses quêtes spirituelles sont aussi autant d'errances profitables à son oeuvre. Cohen s'astreint pendant quelques années à un régime monastique sévère. Crâne rasé, habillé en robe de bure, soumis au réveil avant l'aurore au monastère de Mont Balby, une montagne californienne située près de Los Angeles, il ne s'appartient plus pour mieux apprendre à se retrouver.
Il a quitté cet univers depuis, sans heurts, sans regret. La sérénité semble chez lui un objectif perpétuel à atteindre, même si de sa bouche semble déjà couler le miel d'une certaine sagesse.
Redevenu Leonard Cohen, il compose, lit, travaille. Poète avant tout, il continue de réciter avec plaisir d'autres vers que les siens. Yeats, Byron, Carl Andersen et Frank Scott, le poète-juriste de McGill, sont quelques-uns des auteurs classiques qui l'habitent.
En 2005, il apprend un jour qu'il est ruiné. Son agente durant dix-sept ans, Keley Lynch, a détourné des sommes importantes. Une cour lui donne raison. Néanmoins, la fortune personnelle de cet homme, qui aime paradoxalement le dépouillement monastique, est passée de plus de cinq millions à moins de 150 000 $. «Je ne recommande à personne de tout perdre, même comme discipline intellectuelle», disait-il début juin. À 74 ans, le revoilà donc sur la route. Heureusement, la musique le passionne encore. Autant que la poésie.
«J'écoute la radio dans ma voiture. J'écoute de la musique classique, du country, j'aime le hip-hop, même si j'ai des difficultés à comprendre les textes des rappeurs. Le Talmud dit qu'il y a du bon vin dans chacune des générations. Il y a tout le temps de la bonne musique. Par exemple, la musique électronique. J'aime cette musique, très fraîche, qui décrit un nouveau paysage émotionnel. J'aime le son que les machines peuvent produire. Ils sont différents et originaux et pourtant nous vivons avec eux tous les jours, à la radio, au téléphone, sur les répondeurs. Peut-être ferai-je un disque avec des musiques électroniques. Mais le diable se moque de mes projets. Le bon Dieu, Lui, est plus compatissant. Le diable rit, Dieu regarde.»
Cette semaine encore, un reporter du New York Times était furieux de s'être vu refuser, comme tout le monde ou presque, l'accès à la parole du chantre montréalais à l'occasion de son retour sur scène dans sa ville natale. À 74 ans, l'homme a beau toujours porter son élégance comme une deuxième peau, il aime néanmoins se confondre avec les simples badauds de son quartier sans devoir se trouver en représentation perpétuelle.
Au fil du temps, le poète-chanteur a appris à moduler la lumière de son étoile jusqu'à en arriver à donner cette impression de pouvoir redevenir, quand bon lui semble, ce nuage de poussière d'or éclatante lancée dans le monde du rock'n'roll.
«Je n'ai jamais appartenu au rock'n'roll, mais j'ai bénéficié de son hospitalité, expliquait-il récemment au quotidien Le Monde. J'ai grandi avec la musique folk et le blues. J'ai toujours espéré qu'un jour je serais capable d'accomplir l'exploit de la simplicité des grandes chansons comme Blue Berry Hill de Fats Domino. J'étais très ému en entendant cela. C'est de la grande écriture, moderne. J'ai commencé à jouer de la guitare là-dessus.»
Ses débuts à la guitare sont à situer bien avant le maelström musical des années 1960, dont il est l'un des plus forts artisans. Cohen jouait auparavant de la guitare et chantait avec ses amis dans les fêtes d'école, les bars et les soirées de sets carrés. Le Leonard Cohen que nous connaissons aujourd'hui est sorti tout droit de la poésie, bien sûr, mais aussi d'un premier groupe mi-folk, mi-country: les Bukskin Boys.
Chez lui, le sacré et le profane donnent la main à l'amour, toujours portés par des mélodies simples et souvent mélancoliques. Si ses chansons n'avaient pas tant de charme, on parlerait sans doute à leur sujet de potions dépressives plutôt que de la magie opérante de la mélancolie. Même si la voix grave de Cohen possède désormais des intonations de plus en plus crépusculaires, il n'en demeure pas moins un chanteur de la lumière des réalités intérieures.
«J'aurais voulu que ma voix soit plus ordinaire. Elle est typée, mais je suis un chanteur très limité. Dans mon petit studio, dans le garage, je n'arrête pas de faire des essais de chant. On s'améliore avec les générations: mon père ne savait pas chanter du tout, et mon fils [Adam] chante très bien. Mon père écoutait du folk sans arrêt, et toutes ces musiques noires — les percussions sont parties d'Afrique pour venir aux Amériques en passant par la Jamaïque et Cuba. Ces rythmes soufflent sur le monde, ils sont les arrière-plans des émotions, l'âme de nos activités.»
Fertilité d'un parcours
Quand on y regarde de près, l'homme apparaît moins passionné pour les femmes que pour l'amour, moins passionné aussi par Dieu que par la mystique et la sagesse, et moins fasciné enfin par le soleil que par l'éclairage qu'il jette sur sa solitude. Le parcours de l'artiste est sinueux, bercé à l'occasion par les effluves du bon vin. Voici différents Cohen: celui de Montréal, celui de Londres, celui d'Hydra, celui de New York, celui d'Oslo, celui de Los Angeles... Partout pourtant, ce même appétit de vivre.
«Je n'ai jamais pris de décision, de vraies décisions», explique-t-il à la radio suédoise en 2005. «Ma vie s'est dépliée devant moi ainsi. J'ai toujours répondu à l'impulsion de noircir une page, de terminer une chanson... Ce travail n'a jamais été facile. En comparaison avec le travail d'un mineur qui se rend à la mine en Bolivie, c'est très bien payé — même si j'ai tout perdu —, mais ç'a toujours été un travail accablant qui demande beaucoup d'attention.»
Cohen affirme à qui veut l'entendre écrire lentement, très lentement, mot à mot. Mais il y a toujours en lui, affirme-t-il, une voix qui lui enjoint de «faire quelque chose». Lentement donc, mais tout le temps.
Ses plus récents albums se sont vu reprocher une orchestration aux sonorités de toc. Pourtant, on a peu parlé avant cela de l'orchestration de ses chansons en général, sauf à l'occasion pour se moquer de leur minimalisme, jugé outrancier par certains. À ceux d'ailleurs qui lui demandent, dans les années 1960, s'il est vrai qu'il ne connaît que trois accords, Cohen répond, pince-sans-rire, que c'est complètement faux. «Les gens disaient que je ne connaissais que trois accords, alors que j'en connaissais cinq!» L'anecdote est rapportée entre autres par Ira B. Nadel, son meilleur biographe.
Entre le minimalisme fondateur des tout premiers albums, The Songs of Leonard Cohen (1967) ou Songs from a Room (1969), ou les gouffres sonores de Songs of Love and Hate (1971), le chanteur montréalais a parcouru beaucoup de chemin sur la route des synthétiseurs pour atteindre le son plus plastifié de Ten New Songs (2001) et de Dear Heather (2004), son dernier album. Ses disques ont presque tous connu un grand succès, sauf peut-être Death of a Ladies' Man (1977), enregistré par le légendaire Phil Spector. L'association s'était vite révélée, selon Cohen lui-même, «catastrophique et cauchemardesque».
La vie sur un plateau
Pour Cohen, la vie a changé autant que sa musique. Avec le temps, il a entre autres pris le parti d'accepter que la réussite n'a pas forcément les formes que notre esprit veut bien lui prêter. C'est du moins ce qu'il soutenait encore il y a peu, en entrevue pour une radio européenne: «J'ai eu beaucoup d'appétit pour de nouvelles expériences, comme tous les jeunes écrivains, comme tous les jeunes. Je voulais beaucoup de femmes, plusieurs types d'expériences, des pays, des climats, des histoires amoureuses. Je ne le savais pas à l'époque, mais il était naturel pour moi de voir la vie comme une sorte de buffet où il y avait plusieurs goûts. Je me fatiguais de quelque chose et je passais à autre chose, jamais très heureux de le faire, laissant une chose pour une autre, que ce soit une femme, un poème, une ville ou peu importe. Ça ne fonctionnait pas. Rien ne fonctionnait. Jusqu'à ce que je comprenne que rien ne fonctionne... Mais vous savez, il m'a fallu une vie pour comprendre que rien ne fonctionne et pour l'accepter.»
Son premier recueil de poésie, publié en 1956 aux Presses de l'université McGill, s'est vendu à 400 exemplaires. Les critiques, comme pour tous ses livres, seront néanmoins excellentes.
Lorsque le poète se fait romancier, au début des années 1960, la notoriété est déjà là. Mais pas l'argent. The Favorite Game (1963), largement autobiographique, met en scène un jeune homme qui se trouve grâce à l'écriture.
Nettement plus baroque et somptueux, Les Perdants magnifiques (1966), son deuxième roman, raconte les amours mythiques d'un homme aux prises avec des passions impossibles sublimées dans la figure de Kateri Tekawita, la sainte des Agniers, nos Mohawks, tandis que Montréal se déchire à l'heure du Front de libération du Québec.
Mais où se trouve le pont qui conduit le jeune romancier jusqu'aux succès de la chanson? «Je n'ai jamais pensé devenir un musicien professionnel, mais je ne pouvais pas gagner ma vie en étant romancier, expliquera-t-il en 2005. Je ne savais pas faire autre chose que d'écrire des livres, mais je savais jouer de la guitare.»
Après avoir donné la chanson Suzanne à Judy Collins, qui en fait un véritable succès, Cohen a l'occasion de jouer pour le producteur John Hammond. «C'était inattendu, complètement inattendu. Je voulais que ça arrive, mais au fond de mon coeur je savais que je n'étais ni un chanteur ni un musicien, mais un romancier.» Le reste appartient à une trajectoire que l'on connaît ou que l'on devine. Les tournées se succèdent. Les disques aussi. Mais en 1993, il ressent le besoin de découvrir autre chose.
Il passe donc l'essentiel de la décennie 1990 chez les bouddhistes, sous le nom de Silent Cliff. Ses quêtes spirituelles sont aussi autant d'errances profitables à son oeuvre. Cohen s'astreint pendant quelques années à un régime monastique sévère. Crâne rasé, habillé en robe de bure, soumis au réveil avant l'aurore au monastère de Mont Balby, une montagne californienne située près de Los Angeles, il ne s'appartient plus pour mieux apprendre à se retrouver.
Il a quitté cet univers depuis, sans heurts, sans regret. La sérénité semble chez lui un objectif perpétuel à atteindre, même si de sa bouche semble déjà couler le miel d'une certaine sagesse.
Redevenu Leonard Cohen, il compose, lit, travaille. Poète avant tout, il continue de réciter avec plaisir d'autres vers que les siens. Yeats, Byron, Carl Andersen et Frank Scott, le poète-juriste de McGill, sont quelques-uns des auteurs classiques qui l'habitent.
En 2005, il apprend un jour qu'il est ruiné. Son agente durant dix-sept ans, Keley Lynch, a détourné des sommes importantes. Une cour lui donne raison. Néanmoins, la fortune personnelle de cet homme, qui aime paradoxalement le dépouillement monastique, est passée de plus de cinq millions à moins de 150 000 $. «Je ne recommande à personne de tout perdre, même comme discipline intellectuelle», disait-il début juin. À 74 ans, le revoilà donc sur la route. Heureusement, la musique le passionne encore. Autant que la poésie.
«J'écoute la radio dans ma voiture. J'écoute de la musique classique, du country, j'aime le hip-hop, même si j'ai des difficultés à comprendre les textes des rappeurs. Le Talmud dit qu'il y a du bon vin dans chacune des générations. Il y a tout le temps de la bonne musique. Par exemple, la musique électronique. J'aime cette musique, très fraîche, qui décrit un nouveau paysage émotionnel. J'aime le son que les machines peuvent produire. Ils sont différents et originaux et pourtant nous vivons avec eux tous les jours, à la radio, au téléphone, sur les répondeurs. Peut-être ferai-je un disque avec des musiques électroniques. Mais le diable se moque de mes projets. Le bon Dieu, Lui, est plus compatissant. Le diable rit, Dieu regarde.»
Haut de la page

