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Vitrine du disque

Le Devoir   20 juin 2008  Musique
Compilation - Le Meilleur du pire de Charlebois Volume 1

Robert Charlebois

La Tribu - DEP

Le culot! Le culot monstre! Fallait l'oser, celle-là! Pensez: Le Meilleur du Pire de Chalebois. Chalebois sans r, exprès, comme dans «maudit Chalebois». Pensez: L'Indépendantriste, commentaire politique à cinq cennes, sur le même album que la niaiserie zouk Graziella, Moi Tarzan, toi Jane après C'est pas physique, c'est électrique, Macho après Consomme, consomme, etc. Nous fourguer ainsi les détestées, les honnies, les excommuniées, les pourries, toutes ces chansons qui nous fâchèrent avec le Garou roi du rock, tous les motifs de haute trahison devant l'ennemi, jusqu'au disco le plus bêtement disco des années disco, l'infâmant Discobol. La quasi totale du Charlebois le plus commercialement crasse, triomphant en plus sur la photo de pochette avec un petit disque en guise de cache-oeil de pirate. «Que des tubes!» affirme-t-on au recto. On en rajoute une couche à l'intérieur: «Vous serez agréablement déçus!» Évidemment, ça marche. En tas d'immondices, ça devient de l'art poubelle. Quinze tounes-poison ensemble, c'est fatal, on les fredonne! Machiavélique! Maudit Chalebois!

Sylvain Cormier

***

Easy Listening - Easy Beatles

Artistes divers

Bureau-B - Fusion III

Encore aujourd'hui, le canon beatlesque tonne à plein régime. Exemple récent: le film Across The Universe. Chaque génération s'y colle. Logique: les mélodies, sans âge, se prêtent à tous les arrangements. C'était déjà vrai du temps où les Beatles étaient activement les Beatles: pas un orchestre, pas un chanteur qui ne feuilletait le catalogue Lennon-McCartney (vous avez dit Michelle?), pas un crooner qui n'évitait le Something de Harrison (d'Elvis à Sinatra). Les bonnes gens de l'étiquette Bureau-B en ont déniché de belles, dans le genre. Ébahi, je découvre qu'un groupe ad hoc de musiciens de studio, The Assembled Multitude, s'était farci I Want You (She's So Heavy) en version big band à gogo. Oui, ça s'écoute, c'est même réussi. Plus fort encore, essayez d'imaginer Savoy Truffle en soul-jazz par la grandissime Ella Fitzgerald: oui, ça groove méchamment. Ce disque fourmille de curiosités (Love Me Do à l'orgue par Dick Hymans, fromagée à souhait) et de véritables trouvailles: Eight Days A Week par Sammy Kaye, ça balance comme un thème de James Bond. L'easy listening au superlatif.

Sylvain Cormier

***

Classique - Mozart

Concertos pour violon et orchestre. Sinfonia concertante K. 364. Giuliano Carmignola (violon), Orchestra Mozart, Claudio Abbado. Archiv 2 CD 477 7371.

Claudio Abbado enregistrant sur étiquette Archiv Produktion — icône de la recherche musicologique en musique ancienne et baroque — c'est tout un symbole. Le symbole, notamment de la remise en question stylistique et musicale de ce chef rescapé d'un terrible cancer qui l'a atteint en 2000 et 2001. Les enregistrements qu'il nous a donnés depuis sont prémédités et pensés jusqu'au moindre accent et recoin de phrase: celui-ci aussi. On avait repéré Abbado le mozartien dans La Flûte enchantée. Il crée l'événement à nouveau ici (à la tête d'un orchestre «baroque») dans une direction véritablement visionnaire. Chaque phrase est animée, vivifiée et, plus encore qu'Harnoncourt, le seul concurrent d'Abbado à ce niveau dans Mozart est René Jacobs! Le grand violoniste baroque Giuliano Carmignola est aussi un grand violoniste tout court. Les deux artistes opposent donc une vision pertinente aux envolées re-créatrices d'Anne Sophie Mutter (DG). Si le preneur de son n'avait pas placé un micro dans le nez de Carmignola, cela serait parfait, tout simplement.

Christophe Huss

***

Rock - The Best of

Radiohead

Parlophone / EMI

Mine de rien, Radiohead a déjà 15 printemps musicaux derrière la cravate. Leur ancienne étiquette de disque, EMI, fait paraître une sélection de leurs meilleurs titres, excluant bien sûr ceux d'In Rainbows, qui n'a pas été créé sous l'égide de la major. On y retrouve 17 morceaux, dans le désordre temporel, dont on ne peut critiquer la qualité. Il est toutefois intéressant de noter que ce Best of compte un nombre impressionnant de pièces tirées de The Bends (1995) et de OK Computer (1997), soit six pour le premier, et quatre pour le deuxième. Dix sur dix-sept, donc. On s'attarde un peu sur le brillant Kid A (Optimistic, Everything In Its Right Place et Idioteque — écrit avec une faute à l'arrière du CD), un peu moins sur Hail To The Thief, et on ignore pratiquement Amnesiac. En gros, voici une compilation que les gens aux abords de la trentaine trouveront peu pertinente: ils ont déjà les vieux disques à la maison. Peut-être qu'EMI tente ainsi de rejoindre les adolescents curieux d'aujourd'hui, histoire de profiter de ses catalogues pendant que ceux-ci achètent encore quelques CD. Pour 5 $ de plus, optez pour l'édition spéciale de 2 CD, dont les 13 titres corrigent un peu le tir.

Philippe Papineau

***

Hip-Hop - Payz Play

Payz Play

Anubis - Outside

Un halo rétro-futuriste plane sur le premier album de Payz Play. Principal artisan de la section rythmique, DJ Naes s'est en effet trouvé un nouveau terrain de jeu: les échantillons électro des années 1980. Le passage remarqué de ces collaborateurs de longue date dans différents projets marquants du rap montréalais (Atach Tatuq, Traumaturge) laissait pourtant planer sur leur musique des sonorités empruntées au soul et au jazz. Les claps toujours aussi funky, la basse «distorsionnée» et les envolées de claviers sont désormais clairement concoctés pour les clubs: le rap de l'heure se veut irrémédiablement dansant. Derrière les habituelles autocongratulations et odes à la gente féminine, les rappeurs Egypto et R.U. conservent ici et là leur cynisme joliment grinçant. La frontière entre réalité crue, légèrement provocante, et l'autodérision en devient pourtant transcendée par un plaisir évident à faire la fête. Grâce entre autres à des collaborations de Carole Facal (ex-DobaCaracol), François Lafontaine (Karkwa) et Seb Ruban (G-Strings), l'esthétique synthétique est modelée dans une exécution presque parfaite, d'autant que leur plaisir est éminemment contagieux.

Étienne Côté-Paluck

***

Monde - Banda Larga Cordel

Gilberto Gil

Warner latina / Warner

En sabbatique, monsieur le ministre de la Culture part en tournée après la parution de son premier disque de chansons originales depuis qu'il fait partie du gouvernement de Lula. Un disque doublement attendu donc. Triplement même, dans la mesure où l'icône de la musique brésilienne s'est récemment appliquée à démocratiser les nouvelles technologies en branchant son pays sur Internet. Et son propre disque sera distribué sur la Toile, pièce par pièce, en versions vocales et parfois instrumentales, pour permettre aux acheteurs de modifier l'oeuvre. Un sacré ministre de la Culture! Et musicalement maintenant? Gil est fidèle à lui-même, au-dessus de la mêlée. Il a déjà paru plus africain ou plus reggae, mais les assises de samba et de styles nordestins qu'il a toujours défendues ressortent encore avec panache. Du nordestin funky, de la chanson de samba, une reprise afro de Baden Powel et de Vinicius do Moraes, de bossa intime, de la mpb mâtinée de soul et ce formidable groove vers la fin du disque. À ne manquer sous aucun prétexte, le 26 juin au théâtre Maisonneuve, d'autant qu'une rumeur circule. Il encouragera les gens à enregistrer et à filmer le concert...

Yves Bernard






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