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Festival Suoni per il popolo - Un Dresser et un Rudd égalent trois miracles

Serge Truffaut   7 juin 2008  Musique
Au quatrième soir du Festival Suoni per il popolo, seul événement musical qui fait la part belle aux beautés cachées des choses et petits sujets qui émaillent le quotidien, le tromboniste Roswell Rudd et le contrebassiste extraordinaire, au sens anglais du terme, Mark Dresser occupaient la scène de la Sala Rossa. Ils étaient deux, seulement deux, rien qu'eux.

Et alors? Oh, purée! On est allé de surprise en surprise. Rien que des bonnes, soit celles dont les conclusions se conjuguent invariablement avec «merci beaucoup, j'en reprendrai encore une bonne louche». Dit autrement, on était tristounet chaque fois que la pièce X était terminée.

Au ras des pâquerettes, puisqu'il faut bien décrire simplement les réalités simples, ces deux vétérans de la scène où sont rassemblés les contestataires, les farouchement indépendants, les esprits libres, ont fait des clins d'oeil à La Nouvelle-Orléans, à Bach — oui, oui, le Jean-Sébastien qui composait à la demande —, au blues, aux oiseaux si chers à Eric Dolphy, à certaines de ces vérités formulées par Jean-Sol Pâtre, dit Jean-Paul — c'est très sérieux —, et bien entendu au Chien andalou de Luis Buñuel. Bref, ce show produit par le très courageux Patrick Darby, de Traquenart, fut une pure merveille.

Un bijou d'album

Tellement qu'on vous recommande fortement l'acquisition, si ce n'est déjà fait, de leur enregistrement intitulé Airwalkers, paru sur étiquette Clean Feed. Ce bijou d'album est fait uniquement de compositions originales, dont l'une fait écho à un roman écrit par un romancier du Zimbabwe alors qu'une autre rend hommage au saxophoniste... Elton Dean! Oui, le Dean qui s'est taillé la bonne réputation alors qu'il était membre de ce groupe extraordinaire, au sens français du terme, qui s'appelait Soft Machine. On recommande aussi l'acquisition du disque que Dresser a enregistré en solo: Unveil. Petite note: si vous aimez les sonates du vieux Bach revues et corrigées par un prêtre vaudou, alors n'hésitez pas une seconde.

Cela étant, on rappelle que ce festival, qui mérite qu'on le fréquente deux, trois, voire quatre fois plutôt qu'une, se poursuit jusqu'au 30 juin. Mentionnons que jamais l'amateur qu'on prend trop souvent pour un cochon de payant n'est agressé par les interdits. Tout se confond avec émancipation.

Les noms à retenir d'ici la fin? Le guitariste Niels Cline demain soir, le Sun Ra Arkestra le 14 juin, le saxophoniste Roscoe Mitchell le 22 juin et le trio tout british qui rassemble Evan Parker, Paul Lytton ainsi que Barry Guy pour ce qui a trait à la portion jazz-avant-garde-improvisations du festival.
 
 
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