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Le trio des chats

Christophe Huss   22 mai 2008  Musique
On sait que Rossini a écrit le Duo des chats. Les mélomanes montréalais ont de quoi imaginer, depuis hier soir, que Bach et son arrangeur Sitkovetski sont les auteurs d'un Trio des chats. Denis Brott nous avait souhaité en préambule un «concert inoubliable». Cet ancrage dans les mémoires n'a hélas pas pris la forme attendue...

Idée un peu folle, mais idée fascinante que celle de programmer lors d'un même concert les Variations Goldberg dans deux versions différentes: l'adaptation pour trio à cordes réalisée par Dmitri Sitkovetski et, après la pause, l'original pour clavier, joué au piano par Ivo Janssen. Il restait à espérer que les interprètes s'entendent et ne fassent pas trop grand cas d'un besoin impérieux d'effectuer toutes les reprises, ce qui nous aurait menés au-delà de 23 heures. Les manieurs d'archets ont été raisonnables (heureusement) alors qu'Ivo Janssen a tout joué, sur une durée d'environ 80 minutes.

Trio donc, et expérience extrêmement pénible pour qui connaissait auparavant la géniale et respectueuse transcription magnifiée par ses créateurs Sitkovetski, Caussé et Maïsky dans un CD Orfeo, reprise avec talent par les Trios Gaede et Echnaton (il vaut mieux éviter la version DG parue l'an passé). Cette oeuvre, difficile, qui requiert une conception unitaire des phrasés, accents, équilibres ne peut se contenter d'un appariement de circonstance du genre «Salut, moi c'est Rachel, moi c'est Doug, moi c'est Brian. Qu'est ce qu'on joue ce soir? Ah, oui: les Goldberg!» Elle ne supporte en tout cas pas une différence de niveau et de netteté entre les instrumentistes. Et là, dès la première variation, avec à gauche une Rachel Barton-Pine puissante et articulée et à droite un Douglas McNabney au son anémique et aux contours rythmiques arrondis, la partie était perdue. En plus, l'altiste s'accrochait du mieux qu'il pouvait pour jouer à peu près juste.

Il n'y a aucun secret dans cette transcription redoutable: égalité, articulation et travail mûri. On était très loin des trois points et seules les six ou sept dernières variations étaient à peu près présentables en concert.

Ivo Janssen a fait craindre le pire en désarticulant quasiment l'Aria qui se terminait d'ailleurs comme une musique mécanique insuffisamment remontée. La suite effaçait les craintes: Janssen bâtit les Goldberg autour d'une vraie architecture, bien tenue dans des tempos solidement assis, avec une attention aiguë portée aux effets d'acciacatures (sortes de petites notes interstitielles) et à une ornementation stricte et bien dosée.

Tout cela était pianistiquement solide et intellectuellement érudit. Mais, cette année, c'est plus que jamais l'interprétation au clavecin de Benjamin Alard qu'on retiendra à Montréal.

***

FESTIVAL DE MUSIQUE DE CHAMBRE

Bach: Variations Goldberg version pour trio, suivie de la version pour piano). Rachel Barton Pine (violon), Douglas McNabney (alto), Brian Manker (violoncelle), Ivo Janssen (piano). Église St-James United. Mercredi 21 mai 2008.






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Vos réactions

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  • Jean Arseneau
    Inscrit
    jeudi 22 mai 2008 09h16
    Bien dommage!
    « Monsieur Huss, Bien d'accord avec votre votre critique. J'ai adoré, moi aussi, l'interprétation du pianiste, et été particulièrement agacé par la nonchalance de l'altiste qui, en effet, ne fait en effet pas le poids avec les autres. Ce ne sont pourtant pas les musiciens de calibre qui manquent au Québec. Drôle de choix.
    Je continue à vous lire. »

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