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Concerts classiques - La tourneuse de pages était jolie

Christophe Huss   28 avril 2008  Musique
Till Fellner, que l'on reverra plusieurs fois à Montréal ces prochaines saisons, nous arrivait hier dans un programme qui permet aisément de cataloguer, ou non, un pianiste parmi les plus grands. Car les artistes qui brillent à la fois dans Mozart, Liszt, la Fantaisie de Schumann et Gaspard de la nuit de Ravel, se comptent sur les doigts de la main. A priori, je dirais Martha Argerich, Nelson Freire et l'Ivo Pogorelich de la grande époque, ainsi que, parmi les anciens, Walter Gieseking et Friedrich Gulda. Y ajouterai-je Fellner? Certainement pas.

À vrai dire, je suis assez mal à l'aise pour critiquer ce concert, tant il m'a déçu. Cela commence par un problème de résonance. Le Rondo de Mozart sonne tellement, que l'on aurait envie de sortir de la salle pour l'écouter depuis le hall d'entrée. Cela continue de la même manière dans Schumann. Certes, le rendement acoustique de la Salle Pollack est bien plus élevé que celui du Théâtre Maisonneuve, mais, à ce point, surtout avec une salle bondée (une salle remplie a un son plus étouffé), c'est étrange.

Alors, Fellner abuse-t-il de la pédale? Le piano est-il particulièrement mal réglé? Il y a sans doute un peu de tout cela. Et, au fond, on s'en moque, puisque Fellner joue son Mozart et son Schumann avec droiture, mais avec la créativité et l'imaginaire sonore d'un gars qui aurait comme seul horizon culinaire pour son repas de midi la perspective de manger, jour après jour, le même sandwich-au-jambon-pas-de-croûte.

Je m'attendais à autre chose que de l'application. Le Liszt se place dans la même veine: les horizons ne s'ouvrent toujours pas. Le concert change à partir des cinq minutes contemporaines signées Heinz Holliger. Là, tout d'un coup, apparaissent un univers sonore et des espaces. La seconde pièce, sur les registres extrêmes, est une merveille. La troisième, sur l'opposition de sons brisés et de sons rémanents, aussi. Tiens, du piano, de la musique!

Changement dans Ravel: on apporte de quoi poser une partition. Oui, Fellner joue Gaspard de la nuit avec la partition! Quand on n'est pas spécialement traqueur et que l'on a besoin des notes pour jouer Gaspard, on programme plutôt Ah, vous dirais-je maman, me semble-t-il. Fellner l'a pourtant presque, son Gaspard, surtout Scarbo. Les climats d'Ondine, ce ne sera pas pour cette fois. L'oeil rivé sur les notes, il use modérément de la pédale. Bonne idée. Mais, franchement, est-on venu pour voir un type travailler sa partition? Heureusement, la tourneuse de pages est très jolie. Comme ça, avec Holliger, cela fera deux images à retenir du concert...

Collaborateur du Devoir

***

LADIES' MORNING MUSICAL CLUB

Mozart : Rondo en la mineur, K. 511. Schumann : Fantaisie opus 17. LISZT : Saint François de Paule marchant sur les flots. Holliger : Elis, Drei Nachtstücke. Ravel : Gaspard de la nuit. Till Fellner (piano). Salle Pollack, dimanche 27 avril 2008.






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