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Festiraam - Alpha Blondy, le messager menacé

Yves Bernard   4 avril 2008  Musique
Jah Victory est l’album le plus incisif d’Alpha Blondy depuis longtemps. «Il fallait des mots durs pour soigner un mal qui perdure.» Photo: Festiraam
Jah Victory est l’album le plus incisif d’Alpha Blondy depuis longtemps. «Il fallait des mots durs pour soigner un mal qui perdure.» Photo: Festiraam
Alpha l'avait dit: «Tant que mon pays est en guerre, je ne lance pas de nouveau disque et ne chante pas en Côte d'Ivoire.» Or non seulement Alpha vient de faire paraître Jah Victory, un premier album depuis 2002, il a également organisé chez lui un grand festival de musiques ivoiriennes le 30 décembre dernier. «Ce fut très laborieux puisqu'il y avait des rumeurs de coup d'État. Mais on a réussi à le faire. C'était important pour délivrer les Ivoiriens de cette peur viscérale de la guerre.»

Jah Victory sort ici sur les Disques Tidiane, le tout nouveau label du Montréalais Tidiane Soumah, qui a également invité le reggaeman dimanche soir en clôture du premier Festiraam, qui se déroule ce week-end au Métropolis. Parrainé par Alpha, le festival met également à l'affiche Geoulah, Gokh Bi System, Black Parents, Africando, Magik System et Consorts. Le collègue Étienne Côté-Paluck en révèle d'autres précieuses informations en page B 1 aujourd'hui.

Jah Victory paraît un an après les accords de paix de Ouagadougou. Ces accords ont mis un terme à cinq ans de guerre civile qui a divisé le sud gouvernemental et le nord rebelle pendant que des troupes françaises étaient déployées, qu'une mission de l'ONU était dépêchée sur place et qu'Alpha était nommé messager de la paix par l'ONU. L'artiste engagé clame d'ailleurs être à l'origine des rencontres politiques qui ont mené aux accords de paix.

«J'ai rencontré le président Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, de la rébellion, et Alassane Ouattara, du Rassemblement des républicains. Je pense sincèrement qu'une dynamique anime les deux premiers en faveur de la paix. Mais le troisième m'inquiète. C'est lui, le financier de la guerre et de la rébellion. Je crois que les accords ne l'arrangent pas trop.»

Au-delà du processus officiel, celui que les Ivoiriens surnomment affectueusement Jagger affirmait lors de son plus récent passage à Montréal, en 2006, «vouloir désarmer les esprits et briser le mur de la méfiance». Qu'en est-il aujourd'hui? Demeure-t-il optimiste? «Je préfère l'être. On est à soigner nos traumatismes, renouer avec l'économie, réinjecter des fonds dans la culture. Mais je crois que les prochaines élections risquent de dégénérer à cause de Ouattara.»

Jah Victory est l'album le plus incisif d'Alpha Blondy depuis longtemps. «Il fallait des mots durs pour soigner un mal qui perdure», explique-t-il au téléphone. Et cela, il le répétera plusieurs fois. L'album contient des charges virulentes contre Ouattara. «Je l'ai vexé avec des chansons comme Les Salauds, Sankara et Ne tirez pas sur l'ambulance, qui dénoncent ceux qui ont mis le feu à mon paradis ou qui fagotent des coups d'État.»

Sans compter Mister Grande Gueule, pièce au verbe acéré que l'auteur a écrite contre Ouattara. «Rends-moi service: ferme ta sale gueule», y chante-t-il sans détour.

«Un des journaux de Ouattara a lancé une fatwa contre moi. Une vraie fatwa. Une fatwa applicable partout sur la planète. On demande à ses militants de saboter ma musique, et si on peut nuire à ma vie, qu'on le fasse.» Alpha en a pourtant vu d'autres, lui dont la vie a déjà été menacée. «Mais c'est la première fois que j'affronte une fatwa. Si on veut me descendre, qu'on le fasse. Je m'en fous complètement. Je continuerai de parler pour la paix.»

Jah Victory n'est pas qu'un disque au propos politique. Plus que jamais, Alpha met en valeur les sons de la kora, de la cornemuse, de l'accordéon et de la derbouka. Il lorgne vers le reggae rumba avec Didi Kalombo et vers le rap avec Bilal. Si certaines pièces démarrent avec des intros planantes pour rester au-dessus de la mêlée, d'autres titres donnent dans la spiritualité. La voix demeure magnifiquement fragile, projetant parfois le mot en décalage avec le rythme alors que la soul est délicatement glissée note après note. Et le disque se termine sur une note d'espoir vers la route de la paix. «Pour que notre démocratie avance, on doit dire les vérités, mais en plaçant cela au service de la paix et de la concorde.» Ainsi conclut le dernier des pionniers vivants du reggae africain.

***

Collaborateur du Devoir

***

- Au Métropolis le dimanche 6 avril à 21h avec Geoulah et Deya dans le cadre de la soirée reggae du Festiraam. Renseignements: 514 908-9090.
 
 
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