Vitrine du disque
Chanson-Slam - Enfant de la ville, Grand Corps Malade. A/Z - Universal - Le deuxième Grand Corps Malade? À une chanson près, c'est le premier album, prise deux. Cette chanson, Underground, décrit en toute ironie ce qui ne pouvait pas être décrit avant les 700 000 exemplaires de Midi 20: le succès qui change son homme. «Je n'arrive à m'endormir qu'après deux bouteilles de champ / Et en guise de réveil, un violoniste vient dans ma chambre.» Autrement, on prend les mêmes et on... approfondit. On change d'angle. À Saint-Denis, chanson sur sa banlieue, répond Je viens de là, chanson sur la banlieue. À Chercheur de phrases, chanson sur l'écriture, fait écho J'écris à l'oral, chanson sur le slam. Dans Les Voyages en train, l'amour était métaphore; dans Comme une évidence, une rencontre est évoquée. Et ainsi de suite. L'amour, la mort, d'où on vient, où on va. Thèmes universels, paroles sans équivalent: il y a toujours chez Fabien Marsaud ce tour de la tournure, cette rythmique du mot, cet équilibre humour-gravité, cette pertinence chevillée au corps. Et cette voix! Il n'y avait rien à changer, sauf l'accompagnement, encore un brin pépère. Sinon, c'est nickel. - Sylvain Cormier
Jazz-blue - Sentimental Journey, Catherine Russell, World Village
On peut parler d'hérédité favorable: le père de Catherine Russell a été directeur musical pour Louis Armstrong, sa mère a été contrebassiste pour une pléiade de jazzmans. Il y a d'ailleurs une photo dans le livret où on voit la future chanteuse dans les bras de Satchmo. Elle a quatre ans. Elle fait la moue. Mais c'est de la frime: elle était déjà bien dans son élément. La source de ce qu'elle fait aujourd'hui remonte à ces années, à ce copinage inné avec le jazz, le blues et La Nouvelle-Orléans. D'où cette maîtrise exceptionnelle du swing, d'un chant qui a de l'âme plein les notes, d'un phrasé fluide aux contours ensoleillés. Voix parfaite pour le genre: grain riche (pas si loin d'Abbey Lincoln), texture, élasticité, tout coule de source. Un truc viscéral. Le répertoire pige donc à droite et à gauche dans des classiques autrefois visités par Armstrong, Willie Dixon, Ella, Alberta Hunter (deux bijoux) et Bessie Smith. Rien de nouveau, d'accord, mais il y a la façon, ces odeurs du Sud américain, ce bourbon à siroter et cette réalisation de Larry Campbell (Bob Dylan) en parfaite harmonie. - Guillaume Bourgault-Côté
Classique - CHOPIN, Préludes op. 28. Prélude op. 45. Petit Prélude. Trois nouvelles études. Alexandre Tharaud (piano). Harmonia Mundi HMC 901 982 (SRI).
La recommandation de ce disque n'est pas une surprise pour les mélomanes lecteurs de cette chronique. Cela fait plusieurs années qu'à mes yeux, Alexandre Tharaud s'affirme comme un des pianistes les plus intéressants de la planète. On l'attendait donc dans cette oeuvre majeure du répertoire pianistique, une attente ô combien récompensée. L'écoute de ce cycle des Préludes est une véritable expérience. On y parle de vie et de mort. De mort, beaucoup, ou, du moins, de noirs desseins. Tharaud traque ici à la fois la caractérisation des Préludes et le fil conducteur du cycle, faisant penser à l'immense réussite de Vlado Perlemuter dans son enregistrement de 1962. Comme par hasard (et je ne l'avais pas vu avant de faire ce rapprochement), Tharaud a dédié ce disque à la mémoire de Perlemuter! Chaque Prélude est une source d'éblouissement sensoriel et intellectuel, et Tharaud nous aspire dans le cycle par deux premiers préludes joués sur l'adrénaline. Le son du piano, l'intelligence des compléments: tout y est! - Christophe Huss
Blues-raga - LIVE AT THE GLENN GOULD STUDIO, Harry Manx & Friends, Dog My Cat
Il a fait l'homme-orchestre pendant des années. Puis, il s'est découvert deux amours: le blues terreux du delta et le raga éthéré de l'Inde. Deux amours qu'il a mis du temps à consommer, papillonnant souvent de l'un à l'autre, intégrant une simple touche de l'un dans l'autre ou trichant avec une dose de pop. Du mou dans la parade qui, étonnamment, lui a permis d'opérer sa petite révolution dans un monde comme dans l'autre, muni de sa lap slide, de son harmonica blues harp, de son banjo à six cordes et de sa Mohan Veena, un instrument hybride, savant croisement entre la guitare et le sitar. Le revoici en concert avec d'excellents musiciens choisis expressément pour ce projet. Côté blues: le guitariste Kevin Breit et l'harmoniciste Steve Marriner; côté indien: la chanteuse Samidha Joglekar et le grand tabliste Ravi Naimpally. Résultat: de vieilles pièces remaniées, du blues souvent adouci et du Jimi Hendrix nettoyé. À part Tijuana de J. J. Cale, à la fin du disque, Harry n'intègre pas complètement les deux mondes, mais les épices de l'un dans la recette de l'autre demeurent savoureuses. - Yves Bernard
Électro - Catch Me, Headman, Fusion III
Imaginez des voix de punks anglophones sur la trame sonore de la comédie musicale Pied de poule (version de 1982) ou encore un hommage à la formation New Order orchestré par Normand Brathwaite et vous obtenez cet étrange assemblage qu'est Catch Me, de l'artiste zurichois Headman. Les autorités helvètes ne le reconnaissent toutefois que sous le nom de Robi Insinna. Fraîchement débarquée dans les bacs des disquaires, cette création électro-psychotronique vise à rappeler ou à saluer les tâtonnements techno d'une autre époque. Ceux de David Bowie, de Depeche Mode, d'Iggy Pop ou d'Orchestral Manoeuvres in the Dark, dont l'esprit semble traverser les 12 compositions de cet ensemble hautement répétitif qui fleure bon la synth-pop. Et on ne s'en étonne guère. Engagé depuis plusieurs années en Europe dans l'exploration d'une autre sémantique de la dance, Headman aime visiblement remettre en question les contours de cet univers binaire avec des volutes de punk, voire de funk crasse par moments, dont il aime abuser. Pour certains, cela donnera forcément envie de bouger en se souvenant du bon vieux temps alors que d'autres préféreront rigoler doucement. - Fabien Deglise
Slam - Slamérica, Ivy, Indica - Outside
Au-delà des disputes à propos du mot «slam» (décrit-il un style où poésie et musique se mélangent ou est-il réservé pour nommer des concours de poésie?), il est clair que depuis le passage, l'été dernier, du Français Grand Corps Malade, le terme est au goût du jour. L'étiquette Indica semble l'avoir flairé. Elle fait donc paraître Slamérica, du vieux renard Ivy, connu depuis longtemps avec son pote Reggie et leur chanson Québec réveille. Ce disque est un drôle d'hybride entre un CD et un audacieux livret-fleuve de 120 pages, contenant les paroles ainsi que des poèmes et des pensées, le tout platement illustré. Ivy «récite» 13 poèmes aux racines bien québécoises mais pas toujours incisifs. Les capacités évocatrices sont inégales, quelques formules cinglantes côtoyant des phrases navrantes («La question des Indiens, on la traite sous réserve», Salsa slam). La plus grande réussite, c'est le mélange des mots et de la musique, surtout créée par Philippe Brault et par Ivy lui-même. On parcourt ce disque comme un voyage en train, parfois bringuebalant, parfois plus doux, passant de l'électro au folk sans déraillement. En espérant que ce Slamérica fasse des petits encore plus mordants. - Philippe Papineau
Jazz-blue - Sentimental Journey, Catherine Russell, World Village
On peut parler d'hérédité favorable: le père de Catherine Russell a été directeur musical pour Louis Armstrong, sa mère a été contrebassiste pour une pléiade de jazzmans. Il y a d'ailleurs une photo dans le livret où on voit la future chanteuse dans les bras de Satchmo. Elle a quatre ans. Elle fait la moue. Mais c'est de la frime: elle était déjà bien dans son élément. La source de ce qu'elle fait aujourd'hui remonte à ces années, à ce copinage inné avec le jazz, le blues et La Nouvelle-Orléans. D'où cette maîtrise exceptionnelle du swing, d'un chant qui a de l'âme plein les notes, d'un phrasé fluide aux contours ensoleillés. Voix parfaite pour le genre: grain riche (pas si loin d'Abbey Lincoln), texture, élasticité, tout coule de source. Un truc viscéral. Le répertoire pige donc à droite et à gauche dans des classiques autrefois visités par Armstrong, Willie Dixon, Ella, Alberta Hunter (deux bijoux) et Bessie Smith. Rien de nouveau, d'accord, mais il y a la façon, ces odeurs du Sud américain, ce bourbon à siroter et cette réalisation de Larry Campbell (Bob Dylan) en parfaite harmonie. - Guillaume Bourgault-Côté
Classique - CHOPIN, Préludes op. 28. Prélude op. 45. Petit Prélude. Trois nouvelles études. Alexandre Tharaud (piano). Harmonia Mundi HMC 901 982 (SRI).
La recommandation de ce disque n'est pas une surprise pour les mélomanes lecteurs de cette chronique. Cela fait plusieurs années qu'à mes yeux, Alexandre Tharaud s'affirme comme un des pianistes les plus intéressants de la planète. On l'attendait donc dans cette oeuvre majeure du répertoire pianistique, une attente ô combien récompensée. L'écoute de ce cycle des Préludes est une véritable expérience. On y parle de vie et de mort. De mort, beaucoup, ou, du moins, de noirs desseins. Tharaud traque ici à la fois la caractérisation des Préludes et le fil conducteur du cycle, faisant penser à l'immense réussite de Vlado Perlemuter dans son enregistrement de 1962. Comme par hasard (et je ne l'avais pas vu avant de faire ce rapprochement), Tharaud a dédié ce disque à la mémoire de Perlemuter! Chaque Prélude est une source d'éblouissement sensoriel et intellectuel, et Tharaud nous aspire dans le cycle par deux premiers préludes joués sur l'adrénaline. Le son du piano, l'intelligence des compléments: tout y est! - Christophe Huss
Blues-raga - LIVE AT THE GLENN GOULD STUDIO, Harry Manx & Friends, Dog My Cat
Il a fait l'homme-orchestre pendant des années. Puis, il s'est découvert deux amours: le blues terreux du delta et le raga éthéré de l'Inde. Deux amours qu'il a mis du temps à consommer, papillonnant souvent de l'un à l'autre, intégrant une simple touche de l'un dans l'autre ou trichant avec une dose de pop. Du mou dans la parade qui, étonnamment, lui a permis d'opérer sa petite révolution dans un monde comme dans l'autre, muni de sa lap slide, de son harmonica blues harp, de son banjo à six cordes et de sa Mohan Veena, un instrument hybride, savant croisement entre la guitare et le sitar. Le revoici en concert avec d'excellents musiciens choisis expressément pour ce projet. Côté blues: le guitariste Kevin Breit et l'harmoniciste Steve Marriner; côté indien: la chanteuse Samidha Joglekar et le grand tabliste Ravi Naimpally. Résultat: de vieilles pièces remaniées, du blues souvent adouci et du Jimi Hendrix nettoyé. À part Tijuana de J. J. Cale, à la fin du disque, Harry n'intègre pas complètement les deux mondes, mais les épices de l'un dans la recette de l'autre demeurent savoureuses. - Yves Bernard
Électro - Catch Me, Headman, Fusion III
Imaginez des voix de punks anglophones sur la trame sonore de la comédie musicale Pied de poule (version de 1982) ou encore un hommage à la formation New Order orchestré par Normand Brathwaite et vous obtenez cet étrange assemblage qu'est Catch Me, de l'artiste zurichois Headman. Les autorités helvètes ne le reconnaissent toutefois que sous le nom de Robi Insinna. Fraîchement débarquée dans les bacs des disquaires, cette création électro-psychotronique vise à rappeler ou à saluer les tâtonnements techno d'une autre époque. Ceux de David Bowie, de Depeche Mode, d'Iggy Pop ou d'Orchestral Manoeuvres in the Dark, dont l'esprit semble traverser les 12 compositions de cet ensemble hautement répétitif qui fleure bon la synth-pop. Et on ne s'en étonne guère. Engagé depuis plusieurs années en Europe dans l'exploration d'une autre sémantique de la dance, Headman aime visiblement remettre en question les contours de cet univers binaire avec des volutes de punk, voire de funk crasse par moments, dont il aime abuser. Pour certains, cela donnera forcément envie de bouger en se souvenant du bon vieux temps alors que d'autres préféreront rigoler doucement. - Fabien Deglise
Slam - Slamérica, Ivy, Indica - Outside
Au-delà des disputes à propos du mot «slam» (décrit-il un style où poésie et musique se mélangent ou est-il réservé pour nommer des concours de poésie?), il est clair que depuis le passage, l'été dernier, du Français Grand Corps Malade, le terme est au goût du jour. L'étiquette Indica semble l'avoir flairé. Elle fait donc paraître Slamérica, du vieux renard Ivy, connu depuis longtemps avec son pote Reggie et leur chanson Québec réveille. Ce disque est un drôle d'hybride entre un CD et un audacieux livret-fleuve de 120 pages, contenant les paroles ainsi que des poèmes et des pensées, le tout platement illustré. Ivy «récite» 13 poèmes aux racines bien québécoises mais pas toujours incisifs. Les capacités évocatrices sont inégales, quelques formules cinglantes côtoyant des phrases navrantes («La question des Indiens, on la traite sous réserve», Salsa slam). La plus grande réussite, c'est le mélange des mots et de la musique, surtout créée par Philippe Brault et par Ivy lui-même. On parcourt ce disque comme un voyage en train, parfois bringuebalant, parfois plus doux, passant de l'électro au folk sans déraillement. En espérant que ce Slamérica fasse des petits encore plus mordants. - Philippe Papineau
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