Concerts classiques - Une idée à la noix
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SOIRÉE SIGNATURE
A. Gabrieli: Due Canzoni. Bach: Le Clavier bien tempéré (trois extraits). Bruckner: Symphonie n° 5 (éd. Nowak). Angela Hewitt (piano), Orchestre symphonique de Montréal, dir. Kent Nagano. Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 25 mars 2008. Reprise ce soir
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À l'épreuve des faits, le programme du concert d'hier soir, que j'avais trop hâtivement qualifié samedi d'«intello et intelligent» s'est avéré intello et vain. Faire jouer à l'occasion d'un concert symphonique des préludes et fugues du Clavier bien tempéré de Bach dans une salle de 3000 places est discutable, mais, surtout, l'interpolation de pièces pour cuivres de Gabrieli et pour piano seul de Bach ne prépare absolument pas à l'audition d'une symphonie de Bruckner. Dans les faits, tout cela relève d'un faux-semblant de créativité programmatique.
Il n'y fondamentalement aucun avantage pour une institution symphonique à «casser» ainsi le concert symphonique, puisque le répertoire symphonique comporte des oeuvres tout aussi édifiantes et éloquentes — certaines sont même rarement jouées — qui peuvent illustrer l'art du contrepoint avant Bruckner (c'était cela, le propos de ce montage bancal).
En programmant, par exemple, la Symphonie n° 70 de Haydn, Nagano et l'OSM seraient arrivés à un résultat supérieur en faisant le boulot pour lequel ils sont payés et en économisant au passage à la fois le cachet d'un soliste et le souffle des cuivres. Et s'il s'agissait d'employer madame Hewitt, la suggestion évidente pour illustrer «l'art de la fugue» était la Wanderer-Fantaisie de Schubert orchestrée par Liszt. Dans l'un ou l'autre cas, les passerelles Haydn-Bruckner ou Schubert-Bruckner eurent été autrement plus efficaces.
Venons-en donc au sujet du concert: la Symphonie n° 5 d'Anton Bruckner. Les notes de programme relevaient qu'il ne s'agissait que de la troisième présentation de cette symphonie en quarante ans. Il est vrai que, outre une attention affûtée et endurante des auditeurs, cette partition complexe demande de la part du chef une grande familiarité avec l'oeuvre de Bruckner. Elle demande aussi, en général, d'être présentée par le chef permanent de l'orchestre, qui peut ainsi capitaliser sur un travail de fond avec son ensemble.
Ce que j'ai entendu hier soir me semble devoir être rangé au rayon du work in progress. Je ne sais combien de fois Kent Nagano a déjà dirigé la chose, mais il y a maints éléments dont je n'ai pas saisi la logique, surtout dans le premier mouvement. Ce volet initial, Nagano le «pastellise» en gommant le côté abrupt des contrastes. Les oppositions d'ombre et de lumière sont adoucies et tamisées, tant dans les contrastes pianissimo-fortissimo, que dans les successions adagio-allegro. C'est là un choix assumé qui nivelle le côté marcato, pour mener les oppositions dans une sorte de coulée. Mais à ce choix se superpose également un sens difficilement décodable des rapports de tempos: les ritardandos sont anticipés de plusieurs mesures et, grosso modo, les pianos ralentissent et les crescendos accélèrent: on dirait du Nézet-Séguin! Ainsi dans la coda, abordée à un tempo vif, le temps soudain s'étire et l'ensemble perd tout son influx.
Heureusement, le second mouvement, gros piège qui a vu maints naufrages, est abordé à un tempo parfait, avec constance et logique. Les interrogations resurgissent dans le Scherzo, avec une grosse différence entre deux épisodes ralentis (bedeutend langsamer) qui pourtant se ressemblent. Le Finale, très complexe, profite pleinement de l'opposition sur scène des violons I et II. La direction de Nagano se fait un peu didactique, mais clarifie la double fugue. Cela vaut le coup de laisser reposer la chose et de la reprendre dans quelque temps, à partir de ce substrat très décent.
Collaborateur du Devoir
SOIRÉE SIGNATURE
A. Gabrieli: Due Canzoni. Bach: Le Clavier bien tempéré (trois extraits). Bruckner: Symphonie n° 5 (éd. Nowak). Angela Hewitt (piano), Orchestre symphonique de Montréal, dir. Kent Nagano. Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 25 mars 2008. Reprise ce soir
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À l'épreuve des faits, le programme du concert d'hier soir, que j'avais trop hâtivement qualifié samedi d'«intello et intelligent» s'est avéré intello et vain. Faire jouer à l'occasion d'un concert symphonique des préludes et fugues du Clavier bien tempéré de Bach dans une salle de 3000 places est discutable, mais, surtout, l'interpolation de pièces pour cuivres de Gabrieli et pour piano seul de Bach ne prépare absolument pas à l'audition d'une symphonie de Bruckner. Dans les faits, tout cela relève d'un faux-semblant de créativité programmatique.
Il n'y fondamentalement aucun avantage pour une institution symphonique à «casser» ainsi le concert symphonique, puisque le répertoire symphonique comporte des oeuvres tout aussi édifiantes et éloquentes — certaines sont même rarement jouées — qui peuvent illustrer l'art du contrepoint avant Bruckner (c'était cela, le propos de ce montage bancal).
En programmant, par exemple, la Symphonie n° 70 de Haydn, Nagano et l'OSM seraient arrivés à un résultat supérieur en faisant le boulot pour lequel ils sont payés et en économisant au passage à la fois le cachet d'un soliste et le souffle des cuivres. Et s'il s'agissait d'employer madame Hewitt, la suggestion évidente pour illustrer «l'art de la fugue» était la Wanderer-Fantaisie de Schubert orchestrée par Liszt. Dans l'un ou l'autre cas, les passerelles Haydn-Bruckner ou Schubert-Bruckner eurent été autrement plus efficaces.
Venons-en donc au sujet du concert: la Symphonie n° 5 d'Anton Bruckner. Les notes de programme relevaient qu'il ne s'agissait que de la troisième présentation de cette symphonie en quarante ans. Il est vrai que, outre une attention affûtée et endurante des auditeurs, cette partition complexe demande de la part du chef une grande familiarité avec l'oeuvre de Bruckner. Elle demande aussi, en général, d'être présentée par le chef permanent de l'orchestre, qui peut ainsi capitaliser sur un travail de fond avec son ensemble.
Ce que j'ai entendu hier soir me semble devoir être rangé au rayon du work in progress. Je ne sais combien de fois Kent Nagano a déjà dirigé la chose, mais il y a maints éléments dont je n'ai pas saisi la logique, surtout dans le premier mouvement. Ce volet initial, Nagano le «pastellise» en gommant le côté abrupt des contrastes. Les oppositions d'ombre et de lumière sont adoucies et tamisées, tant dans les contrastes pianissimo-fortissimo, que dans les successions adagio-allegro. C'est là un choix assumé qui nivelle le côté marcato, pour mener les oppositions dans une sorte de coulée. Mais à ce choix se superpose également un sens difficilement décodable des rapports de tempos: les ritardandos sont anticipés de plusieurs mesures et, grosso modo, les pianos ralentissent et les crescendos accélèrent: on dirait du Nézet-Séguin! Ainsi dans la coda, abordée à un tempo vif, le temps soudain s'étire et l'ensemble perd tout son influx.
Heureusement, le second mouvement, gros piège qui a vu maints naufrages, est abordé à un tempo parfait, avec constance et logique. Les interrogations resurgissent dans le Scherzo, avec une grosse différence entre deux épisodes ralentis (bedeutend langsamer) qui pourtant se ressemblent. Le Finale, très complexe, profite pleinement de l'opposition sur scène des violons I et II. La direction de Nagano se fait un peu didactique, mais clarifie la double fugue. Cela vaut le coup de laisser reposer la chose et de la reprendre dans quelque temps, à partir de ce substrat très décent.
Collaborateur du Devoir
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