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Isabelle Boulay au Saint-Denis - Tout le tour d'elle

Sylvain Cormier   28 février 2008  Musique
Isabelle Boulay
Photo : Jacques Grenier
Isabelle Boulay
Vendu corps et âme à De retour à la source, son show country de l'an dernier, si chaleureux, si authentique, si jouissivement tapissé de pedal steel, je pouvais difficilement attendre plus d'Isabelle Boulay ce coup-ci: le spectacle de Nos lendemains, nouvel album plus européen de facture, allait fatalement mal vivre la comparaison, si réussi soit-il. Vu de mon coin du ring, à tout le moins.

Trop vendu, je vendais ce nouveau show à rabais. À tort. Je ne mesurais pas à quel point le show country a libéré Isabelle Boulay, à quel point l'Isabelle d'après ce show-là, l'Isabelle nouvelle est une femme entièrement affranchie, s'affichant dorénavant sans retenue dans toutes ses facettes. Hier, à la première montréalaise de Nos lendemains au Saint-Denis, elle était tout ce qu'elle voulait être, et tout ce qu'elle n'avait pas encore osé être: l'Isabelle country, désormais indélogeable et fière de l'être, chantant Renée Martel et Paul Daraîche; l'Isabelle des grandes ballades européennes, plus délicieusement douloureuse que jamais; l'Isabelle plus que jamais sensuelle en robe moulante signée Christian Lacroix; l'Isabelle fille de band qui s'amuse comme une gamine coquine avec ses quatre musiciens et sa directrice musicale (tous sur un grand sofa, à un certain moment); l'Isabelle petite fille qui chante Coucouroucou Paloma parce qu'elle aime ce succès de Nana Mouskouri depuis la première enfance; l'Isabelle admiratrice des classiques de la chanson québécoise, qui s'offre J'ai souvenir encor de Claude Dubois; et même l'Isabelle rock'n'roll, capable de donner le Déjeuner en paix de Stephan Eicher avec ce qu'il faut de dégaine et de chien.

Isabelle Boulay s'est trouvée, voilà tout. Du country à la chanson, de la chanson au rock, tout ça fait partie d'elle et peut exister en même temps sur la même scène. Elle peut nous roucouler Nana Mouskouri sans que ce soit étrange. Et nous flanquer Eicher après. Pas de problème. Question d'attitude. D'affirmation de soi. Hier, Isabelle Boulay s'affirmait ainsi: chanteuse populaire. À base de country, mais chanteuse populaire. Grande chanteuse populaire. Qui l'aime la suive.

Le petit monologue — assez drôle merci — où elle évoquait sa chambre d'enfant, avec les pages centrales du Lundi collées sur ses murs, en disait long là-dessus: sa culture, comprenait-on, est vaste, et inclut autant Julien Clerc que... Roger Giguère! Hier, elle était à la fois Nicole Martin et Renée Martel, Louise Forestier et Piaf. Chanteuse populaire de qualité supérieure. Aux goûts populaires et raffinés. Même les ballades européennes trop lisses de son répertoire, Où est ma vie? sur son nouveau disque, ou Mieux qu'ici bas sur l'album du même nom, s'en trouvaient justifiées, intégrées naturellement à ce spectacle grand public grâce au country. La touche country était partout, servant de liant à la sauce: solo de guitare National Steel dans Vouloir t'aimer, coussin de pedal steel dans la ballade piano Mieux qu'ici bas, etc. J'en comprenais que le compas, chez Isabelle Boulay, est enfin à la bonne place: sachant d'où elle vient, l'indiquant clairement, elle n'a plus de doute sur la direction à prendre. C'est-à-dire toutes les directions qu'elle veut.

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