Vitrine du disque
Chanson - CHANSONS D'UNE MAMAN..., Enzo Enzo, Naïve - Fusion III - Körin Ternovtzeff, alias Enzo Enzo, n'a pas cessé de chanter parce qu'elle a disparu de l'écran radar. L'interprète à timbre d'elfe des années 80-90 ravive depuis un bon moment déjà des répertoires d'antan, consacrant des spectacles entiers à Trenet, Mistinguett... Petite spécialité qui, tout naturellement, a ramené à la surface un lot de délicieux airs que sa maman lui susurrait, de quoi remplir un album bon à léguer aux mamans d'aujourd'hui. Ces joliesses d'écriture chansonnière des années 30, 40 et 50 se rencontrent sans problème au présent: on n'est pas ici dans le racolage nostalgique à la Bruel mais au royaume de la beauté intemporelle. Ça va de chansons très connues, Le Loup, la Biche et le Chevalier (une chanson douce) du regretté Henri Salvador, la Ballade irlandaise qu'immortalisa Bourvil, jusqu'à des oubliées bigrement fraîches, dont La Révolte des joujoux, création du chanteur d'opérette André Dassary en 1936, et l'adorable Parce que ça me donne du courage, du tandem Jean Nohain-Mireille. J'ai molli du genou en écoutant ce disque: qui ne veut être ainsi bercé? - Sylvain Cormier
Électro - Odelay, Deluxe Edition, Beck, Geffen Records
Plus de dix ans après la sortie de la première mouture, l'Odelay de Beck est de retour, un disque en plus. Déjà plus que prolifique et talentueux, Beck a en effet décidé de redonner vie à cet opus qui contenait déjà son lot de merveilles, Devil's Haircut et Where It's At en tête. Cette fois-ci, le maître ès mélodies accrocheuses nous gratifie de 16 nouvelles chansons saupoudrées un peu partout dans le monde mais à ce jour introuvables en Amérique du Nord. Qui dit mieux? Deux inédites des sessions originales d'enregistrement de l'album. Pour ceux qui possèdent déjà la première version, nul doute que celle-ci vaut le détour puisqu'on y retrouve ce même riche amalgame d'influences et de textures qui ont consacré le prodige. Jamais en panne, il vogue aisément du folk au R&B, empruntant ici et là quelques mesures à la bossa nova et au punk. La question subsiste toutefois: pourquoi ne pas avoir publié le tout d'un seul coup la première fois? Mais peu importe: on a droit à un nouvel album. En plein février, il est plus que bienvenu. - Alexandre Shields
Classique - ANDERSON, Concerto pour piano en ut majeur (1953), Blugler's Holiday, Blue Tango, Belle of the Ball et autres oeuvres orchestrales. Jeffrey Biegel (piano), BBC Concert Orchestra, Leonard Slatkin. Naxos 8.559 313.
Une fois n'est pas coutume: voici un disque de ce genre anglo-saxon très inclassable qu'on appelle la light music. Les Anglais sont fameux dans cette discipline orchestrale née sur leurs terres après la Première Guerre mondiale et qui a connu son heure de gloire dans les années 50. La light music, musique orchestrale de divertissement, y eut pour plus éminents représentants Albert Ketèlbey (Sur un marché persan), Ronald Binge, Ernest Tomlinson, Haydn Wood et Eric Coates. Le pendant américain de tout ce beau monde est Leroy Anderson. Ses mélodies les plus connues, Sleigh Ride, The Typewriter, The Syncopated Clock, ont fait le tour du monde. Anderson était pourtant un musicien de la plus pure tradition classique. Il a simplement consacré sa vie à divertir en musique. Outre 14 pièces brèves, ce disque présente un irrésistible Concerto pour piano de 20 minutes. Pure détente musicale à la sauce yankee dans une interprétation très soignée. Le divertissement est lui aussi une affaire sérieuse. - Christophe Huss
Pop - Made in the Dark, Hot Chip, DFA - EMI
Made in the Dark, le nouvel opus du quintette britannique Hot Chip, était attendu avec l'espoir de revivre ces moments uniques découverts sur l'album précédent, The Warning. Ce disque combinait en effet des refrains candides à des arrangements et des mélodies plus complexes. Il avait également su rassembler les foules autour de succès pop incomparables, tels Over and Over et Boy From School. Les grandes expectatives sont presque comblées avec Made in the Dark, qui affiche la même prestance magnifique, les véritable bombes pop en moins. Malgré l'absence de ces spectaculaires locomotives, on offre encore une fois cette belle surenchère colorée de textures et d'agencements où se côtoient des influences tant électroniques que R&B. Toutefois, les mélodies, chantées par la voix de contre-ténor d'Alexis Taylor et soutenues par celle d'une monotonie inspirante de Joe Goddard, semblent légèrement plus mélancoliques. Hot Chip confirme ainsi son penchant pour les textures veloutées, enveloppantes et raffinées. Cependant, en voulant peaufiner une formule déjà achevée, le groupe ne réussit pas à recréer l'éblouissante force d'impact de son album précédent. - Étienne Côté-Paluck
Monde - AFREECANOS, Omar Sosa, Ota Records - SRI
Prodige de l'harmonie sans contrainte, en perpétuelle quête de spiritualité libre, le sorcier du piano cubain, toujours à la recherche des chants sacrés, des liens qui unissent les vivants aux esprits des ancêtres, des rythmes et des rites communs à l'Afrique et à sa diaspora, creuse plus que jamais dans l'âme du continent noir sans perdre ses références afro-cubaines et noires américaines plurielles. Afreecanos est un disque de compositeur, et le pianiste se contente très souvent, en épurant ses propres notes, de mettre en son une équipée de chanteurs et de musiciens des deux côtés de l'Atlantique. Des percussions mélodiques comme le balafon, de la guitare du désert comme le ngoni, de la flûte fulani à la pulsion sauvage, de la kora cristalline, des voix haut perchées ou très intimistes, des odeurs de blues et de plaintes multilingues: autant de couleurs qui enrichissent un jazz doucement incantatoire, bien orchestré, armé de tambours batas et parfois animé de lentes montées progressives avant les climax rythmiques. La terre de l'ancêtre et le Nouveau Monde y sont presque toujours évoqués en même temps. Y règne la plupart du temps une atmosphère de quiétude et de paix. - Yves Bernard
Classique - IVES, «Romanzo di Central Park»: Songs; volume 2. Gerald Finley (baryton), Julius Drake (piano). Hyperion CDA 67644 (SRI).
Autre musique américaine, très différente... Lors de son mémorable concert à la Société musicale André-Turp, un des événements musicaux de 2007, le baryton canadien Gerald Finley avait interprété quelques mélodies de Charles Ives (1874-1954), dont on put alors saisir la polyvalence stylistique et l'art très raffiné. Ce n'est pas pour rien que c'est Dietrich Fischer-Dieskau lui-même qui, dans les années 70, révéla au monde la beauté de ces songs à travers un disque Deutsche Grammophon. Même si elles sont indubitablement américaines, ces mélodies sont de culture européenne et trouvent leurs racines chez Schumann et Brahms. Par contre, Ives dépasse nettement le stade de simple continuateur et ses poèmes mis en musique sont d'humeurs et de contenus beaucoup plus variés. Le compositeur est successivement goguenard ou jovial (The Circus Band), sentimental (A Night Song), militant (They Are There) et philosophe (Mists). Finley et Drake ne font rien pour estomper cette variété et revendiquent le changement permanent d'atmosphères. Un disque brillant. - Christophe Huss
Électro - Odelay, Deluxe Edition, Beck, Geffen Records
Plus de dix ans après la sortie de la première mouture, l'Odelay de Beck est de retour, un disque en plus. Déjà plus que prolifique et talentueux, Beck a en effet décidé de redonner vie à cet opus qui contenait déjà son lot de merveilles, Devil's Haircut et Where It's At en tête. Cette fois-ci, le maître ès mélodies accrocheuses nous gratifie de 16 nouvelles chansons saupoudrées un peu partout dans le monde mais à ce jour introuvables en Amérique du Nord. Qui dit mieux? Deux inédites des sessions originales d'enregistrement de l'album. Pour ceux qui possèdent déjà la première version, nul doute que celle-ci vaut le détour puisqu'on y retrouve ce même riche amalgame d'influences et de textures qui ont consacré le prodige. Jamais en panne, il vogue aisément du folk au R&B, empruntant ici et là quelques mesures à la bossa nova et au punk. La question subsiste toutefois: pourquoi ne pas avoir publié le tout d'un seul coup la première fois? Mais peu importe: on a droit à un nouvel album. En plein février, il est plus que bienvenu. - Alexandre Shields
Classique - ANDERSON, Concerto pour piano en ut majeur (1953), Blugler's Holiday, Blue Tango, Belle of the Ball et autres oeuvres orchestrales. Jeffrey Biegel (piano), BBC Concert Orchestra, Leonard Slatkin. Naxos 8.559 313.
Une fois n'est pas coutume: voici un disque de ce genre anglo-saxon très inclassable qu'on appelle la light music. Les Anglais sont fameux dans cette discipline orchestrale née sur leurs terres après la Première Guerre mondiale et qui a connu son heure de gloire dans les années 50. La light music, musique orchestrale de divertissement, y eut pour plus éminents représentants Albert Ketèlbey (Sur un marché persan), Ronald Binge, Ernest Tomlinson, Haydn Wood et Eric Coates. Le pendant américain de tout ce beau monde est Leroy Anderson. Ses mélodies les plus connues, Sleigh Ride, The Typewriter, The Syncopated Clock, ont fait le tour du monde. Anderson était pourtant un musicien de la plus pure tradition classique. Il a simplement consacré sa vie à divertir en musique. Outre 14 pièces brèves, ce disque présente un irrésistible Concerto pour piano de 20 minutes. Pure détente musicale à la sauce yankee dans une interprétation très soignée. Le divertissement est lui aussi une affaire sérieuse. - Christophe Huss
Pop - Made in the Dark, Hot Chip, DFA - EMI
Made in the Dark, le nouvel opus du quintette britannique Hot Chip, était attendu avec l'espoir de revivre ces moments uniques découverts sur l'album précédent, The Warning. Ce disque combinait en effet des refrains candides à des arrangements et des mélodies plus complexes. Il avait également su rassembler les foules autour de succès pop incomparables, tels Over and Over et Boy From School. Les grandes expectatives sont presque comblées avec Made in the Dark, qui affiche la même prestance magnifique, les véritable bombes pop en moins. Malgré l'absence de ces spectaculaires locomotives, on offre encore une fois cette belle surenchère colorée de textures et d'agencements où se côtoient des influences tant électroniques que R&B. Toutefois, les mélodies, chantées par la voix de contre-ténor d'Alexis Taylor et soutenues par celle d'une monotonie inspirante de Joe Goddard, semblent légèrement plus mélancoliques. Hot Chip confirme ainsi son penchant pour les textures veloutées, enveloppantes et raffinées. Cependant, en voulant peaufiner une formule déjà achevée, le groupe ne réussit pas à recréer l'éblouissante force d'impact de son album précédent. - Étienne Côté-Paluck
Monde - AFREECANOS, Omar Sosa, Ota Records - SRI
Prodige de l'harmonie sans contrainte, en perpétuelle quête de spiritualité libre, le sorcier du piano cubain, toujours à la recherche des chants sacrés, des liens qui unissent les vivants aux esprits des ancêtres, des rythmes et des rites communs à l'Afrique et à sa diaspora, creuse plus que jamais dans l'âme du continent noir sans perdre ses références afro-cubaines et noires américaines plurielles. Afreecanos est un disque de compositeur, et le pianiste se contente très souvent, en épurant ses propres notes, de mettre en son une équipée de chanteurs et de musiciens des deux côtés de l'Atlantique. Des percussions mélodiques comme le balafon, de la guitare du désert comme le ngoni, de la flûte fulani à la pulsion sauvage, de la kora cristalline, des voix haut perchées ou très intimistes, des odeurs de blues et de plaintes multilingues: autant de couleurs qui enrichissent un jazz doucement incantatoire, bien orchestré, armé de tambours batas et parfois animé de lentes montées progressives avant les climax rythmiques. La terre de l'ancêtre et le Nouveau Monde y sont presque toujours évoqués en même temps. Y règne la plupart du temps une atmosphère de quiétude et de paix. - Yves Bernard
Classique - IVES, «Romanzo di Central Park»: Songs; volume 2. Gerald Finley (baryton), Julius Drake (piano). Hyperion CDA 67644 (SRI).
Autre musique américaine, très différente... Lors de son mémorable concert à la Société musicale André-Turp, un des événements musicaux de 2007, le baryton canadien Gerald Finley avait interprété quelques mélodies de Charles Ives (1874-1954), dont on put alors saisir la polyvalence stylistique et l'art très raffiné. Ce n'est pas pour rien que c'est Dietrich Fischer-Dieskau lui-même qui, dans les années 70, révéla au monde la beauté de ces songs à travers un disque Deutsche Grammophon. Même si elles sont indubitablement américaines, ces mélodies sont de culture européenne et trouvent leurs racines chez Schumann et Brahms. Par contre, Ives dépasse nettement le stade de simple continuateur et ses poèmes mis en musique sont d'humeurs et de contenus beaucoup plus variés. Le compositeur est successivement goguenard ou jovial (The Circus Band), sentimental (A Night Song), militant (They Are There) et philosophe (Mists). Finley et Drake ne font rien pour estomper cette variété et revendiquent le changement permanent d'atmosphères. Un disque brillant. - Christophe Huss
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