Concerts classiques - Tannhauser, un événement!
La distribution concoctée par Kent Nagano et son conseiller en matières vocales, Jean-Pierre Brossman, pour ce premier Tannhauser en cent ans à Montréal avait tout du match des étoiles. Le luxe allait se nicher jusque dans le plus petit détail. Ainsi, engager Alice Kutan pour chanter les quelques phrases du pâtre, c'est un peu comme inviter Normand Laprise chez vous pour lui faire cuire vos nouilles!
Le gros risque d'une telle distribution est que si un chanteur annule sa participation au dernier moment, le remplaçant se retrouve comme un poulet dans la cage aux lions. C'est ce qui est arrivé à Bartlomiej Misiuda, un baryton de l'Atelier de l'Opéra de Paris, qui, en Wolfram, a eu l'air d'une demi-portion vocale, chevrotant (à son âge!) dès qu'il devait monter en puissance. On nous a annoncé que Misiuda était indisposé. On l'espère pour lui... Mardi, il a simplement «assuré», en musicien assez fin.
Misiuda remplaçait Ludovic Tezier, un des grands Wolfram du moment. La défection de Tezier a été fatale à l'équilibre parfait que cette représentation aurait pu atteindre. En effet, le rôle de Wolfram (un baryton) complète le quintette majeur de l'opéra, composé de Tannhauser (ténor), Élisabeth (soprano), Vénus (mezzo) et le Landgrave (basse). Frustration de taille: il y avait sur scène un vrai Wolfram grandeur nature, Johannes Mannov, auquel on avait confié le rôle mineur de Biterolf. Mannov était un Biterolf logique si Tezier chantait Wolfram, mais pas en la circonstance. Il dominait tellement Misiuda que cela en devenait gênant.
Cet avatar, inhérent au monde de l'opéra, n'enleva pas le caractère exceptionnel de la soirée, portée par la direction parfois déconcertante mais très fine et cohérente de Kent Nagano et par la performance «olympique» de Stephen Gould. Cet Américain, un vrai ténor wagnérien, est le Tannhauser de l'heure. Il double ses facultés vocales d'une vraie incarnation qui devient bouleversante à l'acte 3, lorsqu'il revient en loques de Rome.
Kent Nagano a surpris en trouvant une couleur musicale qui inscrit véritablement Tannhauser comme un opéra de transition dans l'oeuvre de Wagner, davantage «post-Rienzi» que «pré-Maîtres chanteurs». Cela se matérialisait par beaucoup de transparence, une direction peu cérémonieuse et très cursive ainsi qu'un refus absolu de la dureté (attaques des cuivres) et de la lourdeur un peu grasse souvent associées à Wagner.
Jennifer Wilson, sans doute une des premières Élisabeth habillées en noir dans l'histoire de cette oeuvre (ce rôle est un symbole de la pureté), fut, en projection, un cran en deçà de ce que j'espérais, mais elle a déjà l'étoffe d'une éminente soprano wagnérienne. Yvonne Naef fut, comme à son habitude, une sidérante chanteuse capable d'extirper les entrailles de la terre tandis que le noble Franz Joseph Selig a campé le Landgrave avec une chaleureuse profondeur patriarcale. Choeur exceptionnel et excellente prestation des autres, même si Sani Muliaumaseali'i devrait s'agiter moins et chanter avec plus de dignité.
Cette soirée, parfois très polluée par les toux, a démontré la validité du concept d'opéra en concert, rehaussé par quelques éclairages astucieux. Seuls le grand ballet du Venusberg et la mort des deux protagonistes ont vu leur intelligibilité dramatique vraiment diminuée. Pour ce qui est de l'orchestre, très mobilisé autour de son chef, on suggère, avant les voyages à Carnegie Hall et au Japon, un sérieux coup de vis sur le code vestimentaire. Les jupes gris foncé très échancrées en bord de rangée, cela ne fait pas très world class.
Collaborateur du Devoir
***
SOIRÉE SIGNATURE
Wagner: Tannhauser (version de concert). Stephen Gould (Tannhauser), Jennifer Wilson (Élisabeth), Yvonne Naef (Vénus), Bartlomiej Misiuda (Wolfram), Franz-Josef Selig (Landgrave), Gordon Gietz (Heinrich der Schreiber), Johannes Mannov (Biterolf), Sani Muliaumaseali'i (Walther), Phillip Addis, (Reimar), Aline Kutan (pâtre). Choeur et Orchestre symphonique de Montréal. Dir.: Kent Nagano. Le mardi 22 janvier 2008. Reprise demain, 25 janvier.
Le gros risque d'une telle distribution est que si un chanteur annule sa participation au dernier moment, le remplaçant se retrouve comme un poulet dans la cage aux lions. C'est ce qui est arrivé à Bartlomiej Misiuda, un baryton de l'Atelier de l'Opéra de Paris, qui, en Wolfram, a eu l'air d'une demi-portion vocale, chevrotant (à son âge!) dès qu'il devait monter en puissance. On nous a annoncé que Misiuda était indisposé. On l'espère pour lui... Mardi, il a simplement «assuré», en musicien assez fin.
Misiuda remplaçait Ludovic Tezier, un des grands Wolfram du moment. La défection de Tezier a été fatale à l'équilibre parfait que cette représentation aurait pu atteindre. En effet, le rôle de Wolfram (un baryton) complète le quintette majeur de l'opéra, composé de Tannhauser (ténor), Élisabeth (soprano), Vénus (mezzo) et le Landgrave (basse). Frustration de taille: il y avait sur scène un vrai Wolfram grandeur nature, Johannes Mannov, auquel on avait confié le rôle mineur de Biterolf. Mannov était un Biterolf logique si Tezier chantait Wolfram, mais pas en la circonstance. Il dominait tellement Misiuda que cela en devenait gênant.
Cet avatar, inhérent au monde de l'opéra, n'enleva pas le caractère exceptionnel de la soirée, portée par la direction parfois déconcertante mais très fine et cohérente de Kent Nagano et par la performance «olympique» de Stephen Gould. Cet Américain, un vrai ténor wagnérien, est le Tannhauser de l'heure. Il double ses facultés vocales d'une vraie incarnation qui devient bouleversante à l'acte 3, lorsqu'il revient en loques de Rome.
Kent Nagano a surpris en trouvant une couleur musicale qui inscrit véritablement Tannhauser comme un opéra de transition dans l'oeuvre de Wagner, davantage «post-Rienzi» que «pré-Maîtres chanteurs». Cela se matérialisait par beaucoup de transparence, une direction peu cérémonieuse et très cursive ainsi qu'un refus absolu de la dureté (attaques des cuivres) et de la lourdeur un peu grasse souvent associées à Wagner.
Jennifer Wilson, sans doute une des premières Élisabeth habillées en noir dans l'histoire de cette oeuvre (ce rôle est un symbole de la pureté), fut, en projection, un cran en deçà de ce que j'espérais, mais elle a déjà l'étoffe d'une éminente soprano wagnérienne. Yvonne Naef fut, comme à son habitude, une sidérante chanteuse capable d'extirper les entrailles de la terre tandis que le noble Franz Joseph Selig a campé le Landgrave avec une chaleureuse profondeur patriarcale. Choeur exceptionnel et excellente prestation des autres, même si Sani Muliaumaseali'i devrait s'agiter moins et chanter avec plus de dignité.
Cette soirée, parfois très polluée par les toux, a démontré la validité du concept d'opéra en concert, rehaussé par quelques éclairages astucieux. Seuls le grand ballet du Venusberg et la mort des deux protagonistes ont vu leur intelligibilité dramatique vraiment diminuée. Pour ce qui est de l'orchestre, très mobilisé autour de son chef, on suggère, avant les voyages à Carnegie Hall et au Japon, un sérieux coup de vis sur le code vestimentaire. Les jupes gris foncé très échancrées en bord de rangée, cela ne fait pas très world class.
Collaborateur du Devoir
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SOIRÉE SIGNATURE
Wagner: Tannhauser (version de concert). Stephen Gould (Tannhauser), Jennifer Wilson (Élisabeth), Yvonne Naef (Vénus), Bartlomiej Misiuda (Wolfram), Franz-Josef Selig (Landgrave), Gordon Gietz (Heinrich der Schreiber), Johannes Mannov (Biterolf), Sani Muliaumaseali'i (Walther), Phillip Addis, (Reimar), Aline Kutan (pâtre). Choeur et Orchestre symphonique de Montréal. Dir.: Kent Nagano. Le mardi 22 janvier 2008. Reprise demain, 25 janvier.
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