La musique en DVD - 2 - Les extras, c'est extra quand il y en a
Poursuivons notre petit inventaire maison de la musique en DVD, commencé il y a deux semaines en cette page. Pigeons gaiement, il y a de tout et il y en a de trop: des concerts pop filmés sans art avec des moyens, ou alors avec l'oeil mais sans le sou, et puis des tas de bios de groupes rock où il manque le rock. Heureusement qu'il y a aussi des cavernes d'Ali Baba. Explorons.
The Mccartney Years
Paul McCartney, DVD triple; Rhino - Warner
Six heures de matériel. Des dizaines de clips que l'on peut visionner selon la playlist de Paul ou dans l'ordre chronologique. Des extras jusque dans les pages mêmes des menus. De grands segments de spectacles de toutes les époques: la tournée de Wings en 1976, le récent tabac au festival de Glastonbury, la finale de Live Aid, la mi-temps triomphale du Superbowl, etc. Des passages notables à la télé britannique. Des pistes de commentaires farcies d'anecdotes rigolotes, touchantes, éclairantes. Mot d'ordre: en donner plus, toujours plus. Les langues sales diront que c'est l'ego de sir Popaul qui le rend si généreux, qu'il aime intégralement ce qu'il a produit en 37 ans de carrière en solo. Les amateurs de bonne pop conviendront qu'il n'a pas tort, que le niveau de qualité maintenu dans la confection est ahurissant. Les fans, eux, exulteront: voilà dix ans, vingt ans qu'on attendait une telle compilation, qu'on se consolait avec des montages maison. Exaucés, nous le sommes au-delà de nos listes de souhaits, même les plus pointues. Il y a là-dessus du connu, du méconnu, de l'inconnu. De l'espéré, de l'inespéré, et même un peu d'inimaginable. La session d'enregistrement de Rockestra, par exemple. Ou le clip de Heart Of The Country, rendue à la splendeur du métrage en 16 mm d'origine. Comme quoi l'essentiel, parfois, c'est la totale.
***
Queen Rock Montreal & Live Aid
Queen, DVD double; Eagle Vision
Ce n'est pas un spectacle formidable parce qu'enregistré les 24 et 25 novembre 1981 au Forum de Montréal, même si ça fait un p'tit velours. Ce n'est pas le show définitif de Queen parce qu'il a été filmé en 35 mm (assez ordinairement, d'ailleurs, rien à voir avec les cadrages d'un Scorsese pour The Last Waltz, fameux concert final de The Band). Ce n'est même pas le fait que le groupe nous soit montré à son apogée: à vrai dire, on oublie que Queen est un groupe, tellement ce DVD est à la seule gloire de feu Freddie Mercury. Ce type était un monstre de scène. Plus démentiellement impérial, plus dangereusement magnétique devant une foule, tu présides des rallyes à Nuremberg. Jamais machisme gai ne fut plus assumé: il faut voir ce grand gaillard en hot pants blancs, pieds nus, petit foulard rouge à pois blancs autour du cou, casquette du Canadien sur le chef, arpentant les planches à grandes enjambées, jouant du micro comme d'une cravache, dominant totalement la situation, transformant la bébête Another One Bites The Dust en une sorte d'hymne national totalitaire. Constat plus fort encore sur le second DVD, où l'on a eu la bonne idée d'ajouter la prestation de Queen à Live Aid, cinq ans plus tard. Incroyablement, Mercury y est encore meilleur, encore plus en contrôle: dans la clarté crue de l'après-midi, la foule de Wembley et lui ne font qu'un. «We are the champions, my friends», scandaient-ils. Un peu plus et ils sauvaient le monde.
***
Classic Artists
The Moody Blues, Yes, Cream, etc. Justin Time - Emperor - Impact
Le fan des Moody Blues croit obtenir «their full story in a 3 disc deluxe set». Le fan de Yes se voit promettre le «definitive fully authorised story in a 2 disc deluxe set» et n'en revient pas de sa bonne fortune. Les fadas de Cream et autres groupes majeurs des années 60 et 70 sont ainsi alléchés. Et pareillement déçus. Oui, on narre bel et bien dans chacun de ces coffrets, des heures durant, la petite et grande histoire de l'orchestre en question, on convoque tous les témoins nécessaires, on aligne les anecdotes, on analyse en profondeur, on dévoile les conflits internes, on fait le tour du propriétaire. Seulement voilà, un défilé de têtes parlantes ne suffit pas: il faut illustrer. Ces documentaires sont cruellement déficitaires en films d'archives. Jugez plutôt: dans les deux premières heures du Yes, j'ai compté en tout et partout deux séquences d'époque: une apparition à la télé allemande et un extrait de spectacle. Question d'acquisition de droits de diffusion, suppose-t-on. Trop cher. Dans les extras, c'est toujours le matériel récent — le plus facilement disponible et le moins intéressant, par définition — que l'on privilégie. C'est radin, et c'est dommage: l'occasion d'en donner le maximum ne survient généralement qu'une fois. C'est ce que McCartney a compris.
***
Collaborateur du Devoir
The Mccartney Years
Paul McCartney, DVD triple; Rhino - Warner
Six heures de matériel. Des dizaines de clips que l'on peut visionner selon la playlist de Paul ou dans l'ordre chronologique. Des extras jusque dans les pages mêmes des menus. De grands segments de spectacles de toutes les époques: la tournée de Wings en 1976, le récent tabac au festival de Glastonbury, la finale de Live Aid, la mi-temps triomphale du Superbowl, etc. Des passages notables à la télé britannique. Des pistes de commentaires farcies d'anecdotes rigolotes, touchantes, éclairantes. Mot d'ordre: en donner plus, toujours plus. Les langues sales diront que c'est l'ego de sir Popaul qui le rend si généreux, qu'il aime intégralement ce qu'il a produit en 37 ans de carrière en solo. Les amateurs de bonne pop conviendront qu'il n'a pas tort, que le niveau de qualité maintenu dans la confection est ahurissant. Les fans, eux, exulteront: voilà dix ans, vingt ans qu'on attendait une telle compilation, qu'on se consolait avec des montages maison. Exaucés, nous le sommes au-delà de nos listes de souhaits, même les plus pointues. Il y a là-dessus du connu, du méconnu, de l'inconnu. De l'espéré, de l'inespéré, et même un peu d'inimaginable. La session d'enregistrement de Rockestra, par exemple. Ou le clip de Heart Of The Country, rendue à la splendeur du métrage en 16 mm d'origine. Comme quoi l'essentiel, parfois, c'est la totale.
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Queen Rock Montreal & Live Aid
Queen, DVD double; Eagle Vision
Ce n'est pas un spectacle formidable parce qu'enregistré les 24 et 25 novembre 1981 au Forum de Montréal, même si ça fait un p'tit velours. Ce n'est pas le show définitif de Queen parce qu'il a été filmé en 35 mm (assez ordinairement, d'ailleurs, rien à voir avec les cadrages d'un Scorsese pour The Last Waltz, fameux concert final de The Band). Ce n'est même pas le fait que le groupe nous soit montré à son apogée: à vrai dire, on oublie que Queen est un groupe, tellement ce DVD est à la seule gloire de feu Freddie Mercury. Ce type était un monstre de scène. Plus démentiellement impérial, plus dangereusement magnétique devant une foule, tu présides des rallyes à Nuremberg. Jamais machisme gai ne fut plus assumé: il faut voir ce grand gaillard en hot pants blancs, pieds nus, petit foulard rouge à pois blancs autour du cou, casquette du Canadien sur le chef, arpentant les planches à grandes enjambées, jouant du micro comme d'une cravache, dominant totalement la situation, transformant la bébête Another One Bites The Dust en une sorte d'hymne national totalitaire. Constat plus fort encore sur le second DVD, où l'on a eu la bonne idée d'ajouter la prestation de Queen à Live Aid, cinq ans plus tard. Incroyablement, Mercury y est encore meilleur, encore plus en contrôle: dans la clarté crue de l'après-midi, la foule de Wembley et lui ne font qu'un. «We are the champions, my friends», scandaient-ils. Un peu plus et ils sauvaient le monde.
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Classic Artists
The Moody Blues, Yes, Cream, etc. Justin Time - Emperor - Impact
Le fan des Moody Blues croit obtenir «their full story in a 3 disc deluxe set». Le fan de Yes se voit promettre le «definitive fully authorised story in a 2 disc deluxe set» et n'en revient pas de sa bonne fortune. Les fadas de Cream et autres groupes majeurs des années 60 et 70 sont ainsi alléchés. Et pareillement déçus. Oui, on narre bel et bien dans chacun de ces coffrets, des heures durant, la petite et grande histoire de l'orchestre en question, on convoque tous les témoins nécessaires, on aligne les anecdotes, on analyse en profondeur, on dévoile les conflits internes, on fait le tour du propriétaire. Seulement voilà, un défilé de têtes parlantes ne suffit pas: il faut illustrer. Ces documentaires sont cruellement déficitaires en films d'archives. Jugez plutôt: dans les deux premières heures du Yes, j'ai compté en tout et partout deux séquences d'époque: une apparition à la télé allemande et un extrait de spectacle. Question d'acquisition de droits de diffusion, suppose-t-on. Trop cher. Dans les extras, c'est toujours le matériel récent — le plus facilement disponible et le moins intéressant, par définition — que l'on privilégie. C'est radin, et c'est dommage: l'occasion d'en donner le maximum ne survient généralement qu'une fois. C'est ce que McCartney a compris.
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Collaborateur du Devoir
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