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Les Rita perdent Fred - Fred Chichin s'éteint à 53 ans

Philippe Papineau   29 novembre 2007  Musique
Catherine et Fred fondent Spratz en 1979, puis les Rita Mitsouko. Rita pour Rita Hayworth et Mitsouko pour le parfum de Guerlin. Une autre hypothèse voudrait que «Rita» ait été choisie pour ses consonances sud-américaines et «Mitsouko» parce
 qu
Photo : Agence France-Presse
Catherine et Fred fondent Spratz en 1979, puis les Rita Mitsouko. Rita pour Rita Hayworth et Mitsouko pour le parfum de Guerlin. Une autre hypothèse voudrait que «Rita» ait été choisie pour ses consonances sud-américaines et «Mitsouko» parce qu
«Les histoires d'amour finissent mal... en général.» Pour les nombreux fans du groupe français Les Rita Mitsouko, ces célèbres paroles de la chanson Les Histoires d'A ont pris hier un goût un peu plus amer que d'habitude. Le guitariste de la formation, Fred Chichin, est décédé dans un hôpital parisien des suites d'un cancer fulgurant qui l'a terrassé en deux mois. Il était âgé de 53 ans.

L'état de santé du grand dandy au visage émacié, qui arborait souvent une barbe de trois jours ou une fine moustache, avait déjà forcé le duo qu'il formait avec sa conjointe Catherine Ringer à annuler plusieurs concerts ces derniers jours, dont l'un était prévu hier soir à l'Olympia. Pour d'autres spectacles récents, comme celui du 13 novembre, encore à l'Olympia, Ringer avait chanté sans Fred Chichin, simplement accompagnée du groupe de musiciens qui suivait le duo. «C'était le voeu de Fred», a déclaré leur maison de disques par voie de communiqué.

Depuis leur union, en 1979, les deux «Rita» formaient un des groupes les plus créatifs de la scène française. Chichin et Ringer ont été les auteurs de nombreux succès, dont Marcia Baïla, Y a d'la haine, Andy, Les Histoires d'A ou C'est comme ça, des titres qui résonnent encore régulièrement sur les pistes de danse.

Presque toujours aussi kitsch qu'innovateur et provocateur, le duo a su mélanger de nombreux registres très différents, du latino-rock au disco, au funk ou même au hip-hop ou au techno, dans un style unique marqué autant par la présence et les effets vocaux de Catherine Ringer que par les parties de guitare de Fred Chichin. Le plus souvent, il s'occupait également de l'essentiel de la production, de l'enregistrement en studio. Ensemble, Catherine Ringer et Fred Chichin ont eu trois enfants.

Le duo compte onze disques à son actif, dont sept de matériel original, le plus récent étant Variety, paru en avril en version française et anglaise. Leur dernier passage à Montréal remonte à 2003, au Métropolis.

Le guitariste de la diva rebelle

Né le 1er mai 1954 à Clichy, Fred Chichin est le fils d'un critique de cinéma communiste exclu du Parti en 1967 pour cause de... maoïsme. «Ça aide ensuite à se méfier des doctrines et de l'embrigadement», racontait-il à notre collègue Christian Rioux lors d'une entrevue réalisée en avril 2000.

Nourri de rock américain et anglo-saxon et de rhythm'n'blues, allergique aux variétés françaises dominées à l'époque par Claude François et compagnie, il quitte l'école à 16 ans et part en tournée avec un marionnettiste pour lequel il joue de la guitare et fait des décors. Dans les années 70, avec son frère et Jean Neplin, il anime les nuits du Gibus, le temple parisien des années punk.

Il rencontre Catherine Ringer après quelques mois de prison pour une affaire de drogue, en 1979. La jeune beauté au tempérament explosif a fréquenté l'école de spectacle de Tania Balachova. Elle a pris des cours de chant avant de jouer dans quelques troupes d'avant-garde (notamment sous la direction de Iannis Xenakis).

Catherine et Fred fondent Spratz en 1979, puis les Rita Mitsouko. Rita pour Rita Hayworth et Mitsouko pour le parfum de Guerlin. Une autre hypothèse voudrait que «Rita» ait été choisie pour ses consonances sud-américaines et «Mitsouko» parce que le mot signifie «mystère» en japonais.

Fred se défonce dans les mélanges musicaux et elle prend des poses provocantes sur scène, mettant parfois la main dans sa culotte. Il leur faudra quatre ans pour vaincre les résistances des producteurs, qui ne voulaient rien entendre, pas même Marcia Baïla, qui se vendra à près d'un million d'exemplaires. «C'était l'époque qui bougeait, dit Fred Chichin. C'est vrai que la France avait beaucoup copié la chanson américaine avant. Dans les années 70, il n'y avait pas grand-chose de passionnant.»

Réactions politiques

Hier, la ministre française de la Culture, Christine Albanel, a rendu hommage à Fred Chichin. «Avec lui, les mots "diversité" et "variété" prenaient tout leur sens, a-t-elle déclaré dans un communiqué. Il était un artiste aux talents multiples, créateur d'un univers musical d'une grande richesse et d'une grande originalité, que servaient parfaitement la voix et la présence, l'énergie de Catherine Ringer.» Pour la ministre Albanel, Chichin «était réellement ouvert à toutes les influences musicales, à toutes les cultures, toutes les traditions», et il «savait merveilleusement les faire dialoguer pour les adapter au mieux à la fantaisie, à l'humour, au non-conformisme des Rita Mitsouko».

Un des prédécesseurs de Christine Albanel, le député socialiste Jack Lang, a salué dans les Rita «un des groupes de rock les plus décapants de ces vingt dernières années».

Plusieurs radios et télévisions de l'Hexagone rendront hommage à Fred Chichin en diffusant chansons, vidéoclips et reportages.

***

Avec l'Agence France-Presse et Associated Press






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  • SADAY Céline
    Inscrite
    jeudi 29 novembre 2007 10h55
    Les histoires d'amour finissent mal... en général
    « Mais c'est l'amour qui t'a assassiné Fred, c'est le cancer que tu as pris sous ton bras...

    Je suis tout de même heureuse que le groupe continue. »

  • Francois Piazza
    Inscrit
    jeudi 29 novembre 2007 11h22
    Une grosse perte pour la musique, par François Piazza
    « Les Rita Mitsouko sont morts en même temps que Fred Chinchin. Certes Catherine Ringer continuera ,tôt ou tard, dans le métier ; c'est une bête de scène, au sens noble du mot, avec trois enfants à nourrir mais ça ne sera plus jamais ce miracle musical, unique par son métissage des genres, flamboyant d'insolences mais aussi de poésie brute, crée par ce couple fusionné. Tôt ou tard, ils deviendront un classique de référence.
    Dommage pour nous, mais aussi pour Catherine Ringer qui a donné un bel exemple de courage, en assurant le show sur l'ordre de Fred Chinchin pendant qu'il mourait »

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    jeudi 29 novembre 2007 11h56
    La mort est un révélateur...
    « La mort est un révélateur...

    J'ai été ébranlée en apprenant cette nouvelle. J'en ai pleuré. Ce couple faisait partie de ma vie sans que je m'en rende vraiment compte.

    La mort est un révélateur...tardif. »

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