L'entrevue - Percutante M.I.A.
La chanteuse et féministe Mathangi Arulpragasam, alias M.I.A.
La musique pop n'a pas à être niaise. Et la musique du monde n'a pas à être calquée sur la tradition. C'est le pari qu'a fait la musicienne londonienne d'origine sri-lankaise M.I.A. En plus de son regard politique percutant, la chanteuse est aussi styliste, vidéaste et artiste visuelle. Féministe au parcours unique, cette fille d'un rebelle tamoul est en voie de devenir l'une des chanteuses internationales les plus influentes des années 2000.
En raison de la guerre civile sévissant dans leur région, sa mère, sa grande soeur et M.I.A. ont dû quitter le Sri Lanka dans les années quatre-vingt pour s'installer à Madras, en Inde. Les membres de sa famille ont ensuite été reçus comme réfugiés politiques en Angleterre où, après un retour avorté au Sri Lanka vers l'âge de 11 ans, elle a appris l'anglais. Exposée au nouveau pan de la musique pop, elle s'initie, entre autres choses, au hip-hop états-unien.
«J'ai parfois l'impression d'avoir été dépossédée, confie Mathangi Arulpragasam. En raison de la guerre, je n'ai pas eu accès aux traditions [tamoules] et à leurs enseignements. Je me sens comme si un inconnu avait détruit ma maison à l'âge de dix ans: je vais tout de même continuer à avancer, parce que, de toute façon, c'est le seul parcours possible.»
Arulpragasam a été interdite de séjour aux États-Unis l'année dernière, pour une raison qu'elle ne s'explique toujours pas puisqu'elle n'est plus en relation avec son père maquisard depuis plusieurs années. Elle a aussi été obligée de masquer une référence au Front de libération de la Palestine dans une de ses chansons pour que MTV accepte de la diffuser. Pourtant, elle ne veut être le porte-étendard d'aucun militantisme.
«La moitié du pays veut maintenant que je parte sauver le Sri Lanka, raconte-t-elle à la blague. Ma mère veut que je sauve mon pays, alors que certaines personnes me détestent et me traitent de terroriste. Au Sri Lanka, la guerre a duré 25 ou 30 ans, il y a eu un tsunami en 2004, mais je ne veux pas devenir la représentante de toutes ces tragédies sur les couvertures des magazines ou à la télévision. À cause de mes origines, le simple fait de recevoir un respect égal aux autres a été un processus plus lent que la normale. Je veux avant tout avoir les mêmes occasions que les autres artistes et, par la suite, nous irons travailler sur les problèmes du monde.»
Un mélange de pop et de rap
Devant chaque salle de sa première tournée aux États-Unis en 2005, des manifestants, surtout des membres de la majorité ethnique cinghalaise du Sri Lanka, indiquaient leur indignation devant sa présence en terre états-unienne.
«Ils avaient l'impression que j'avais beaucoup d'influence et que je poursuivais les enseignements d'un grand manifeste des tigres tamouls. Je suis avant tout une créatrice. La politique est un sujet dont personne ne devrait avoir peur. C'est de cette manière que l'on pourra mieux la contrôler. J'ai le sentiment que je dois maintenant laisser les conflits éclater dans toute cette histoire de Sri Lanka. C'est en fait très délicat.»
Sa musique engagée lui a d'ailleurs valu l'offre de la couverture de l'édition spéciale antiraciste et antinazi du magazine britannique NME, la bible musicale londonienne. «J'ai refusé. J'ai été impliquée dans tellement de sphères culturelles à Londres. Pourquoi choisir une personne [à la peau] brune pour illustrer la couverture d'un numéro antiraciste? Ils savent que je pose des petites et grandes questions sur le monde, mais je ne ferai pas la couverture de l'édition spéciale antiraciste parce que cela détruirait justement ce que j'ai tenté de construire. À mes débuts, plusieurs disaient que je jouais ma carte ethnique, ou que je n'étais qu'une réfugiée sri-lankaise parmi tant d'autres.»
Le premier album de M.I.A., Arular, du nom de son père, a connu en 2005 un énorme succès en Angleterre. Il a aussi été le deuxième disque pour le nombre de citations dans les palmarès de fin d'année aux États-Unis. Toujours aussi vindicatif, son deuxième album expose des positions moins fermes sur le monde. Du nom de sa mère, Kala, ce deuxième album a reçu à sa sortie, en août dernier, un accueil encore plus enthousiaste de la part des critiques. L'artiste y est partie à la rencontre de musiciens sur plusieurs continents.
Mélange de pop et de rap aux rythmes entraînants, ce disque a été enregistré avec des artistes à Londres, à Madras, au Liberia et en Australie. Arulpragasam a par exemple collaboré sur la pièce Boyz avec des percussionnistes urmi qui s'inspirent du gaana, un genre musical du sud de l'Inde, en plus de reprendre un classique de bollywood qu'elle écoutait durant son enfance, Jimmy Jimmy Aaja. Elle a aussi travaillé avec un rappeur à Monrovia pour la chanson Hussel.
«Il faut simplement faire en sorte que ces points de vue existent et que des artistes puissent faire des spectacles à Londres ou ailleurs. Ça rend la musique plus vivante et ça prouve qu'on peut peut-être, finalement, changer des choses. Je ne veux pas parler à la place de qui que ce soit. Je désire simplement construire des ponts afin que les artistes parlent d'eux-mêmes. Il s'agit peut-être d'une certaine conception de l'avenir, où l'on verra de plus en plus de musiques différentes s'intégrer dans le marché. Je veux que ma musique soit une star vivante, non pas seulement une musique traditionnelle.»
Des références diverses
Arulpragasam ne fait pas d'appels à l'aide pour les démunis. Elle intègre des références diverses, souvent dans une même chanson, aux relations humaines, aux enjeux du quotidien londonien, aux AK-47 vendus en Afrique ou à la guerre des diamants. «J'aime faire côtoyer des visions diverses en abordant la mode, la vie ou encore le coût d'un sac de riz.»
«J'imagine que c'était une mode dans les années quatre-vingt, mais j'étais aussi, chez moi, ce petit enfant qui regardait les spectacles LiveAid sur l'Afrique. Jamais je n'aurais pu imaginer que j'étais dans une situation similaire. Nous n'avions pas de nourriture quand j'étais au Sri Lanka et pourtant ma mère disait toujours: "Finis tout ce qu'il y a dans ton assiette, il y a des enfants qui meurent de faim en Afrique".»
M.I.A. célèbre le monde. Sa musique aux rythmiques originales et aux thèmes simples et vindicatifs mène à la danse. «Si tu vas en Palestine, tu n'entends jamais ce qu'a à dire un garçon de quatre ans qui lance des pierres, raconte-t-elle. C'est la même chose pour les tamouls du Sri Lanka. La première chose à dire est qu'on aime s'amuser.»
Collaborateur du Devoir
***
M.I.A. sera en concert ce soir au Métropolis de Montréal.
En raison de la guerre civile sévissant dans leur région, sa mère, sa grande soeur et M.I.A. ont dû quitter le Sri Lanka dans les années quatre-vingt pour s'installer à Madras, en Inde. Les membres de sa famille ont ensuite été reçus comme réfugiés politiques en Angleterre où, après un retour avorté au Sri Lanka vers l'âge de 11 ans, elle a appris l'anglais. Exposée au nouveau pan de la musique pop, elle s'initie, entre autres choses, au hip-hop états-unien.
«J'ai parfois l'impression d'avoir été dépossédée, confie Mathangi Arulpragasam. En raison de la guerre, je n'ai pas eu accès aux traditions [tamoules] et à leurs enseignements. Je me sens comme si un inconnu avait détruit ma maison à l'âge de dix ans: je vais tout de même continuer à avancer, parce que, de toute façon, c'est le seul parcours possible.»
Arulpragasam a été interdite de séjour aux États-Unis l'année dernière, pour une raison qu'elle ne s'explique toujours pas puisqu'elle n'est plus en relation avec son père maquisard depuis plusieurs années. Elle a aussi été obligée de masquer une référence au Front de libération de la Palestine dans une de ses chansons pour que MTV accepte de la diffuser. Pourtant, elle ne veut être le porte-étendard d'aucun militantisme.
«La moitié du pays veut maintenant que je parte sauver le Sri Lanka, raconte-t-elle à la blague. Ma mère veut que je sauve mon pays, alors que certaines personnes me détestent et me traitent de terroriste. Au Sri Lanka, la guerre a duré 25 ou 30 ans, il y a eu un tsunami en 2004, mais je ne veux pas devenir la représentante de toutes ces tragédies sur les couvertures des magazines ou à la télévision. À cause de mes origines, le simple fait de recevoir un respect égal aux autres a été un processus plus lent que la normale. Je veux avant tout avoir les mêmes occasions que les autres artistes et, par la suite, nous irons travailler sur les problèmes du monde.»
Un mélange de pop et de rap
Devant chaque salle de sa première tournée aux États-Unis en 2005, des manifestants, surtout des membres de la majorité ethnique cinghalaise du Sri Lanka, indiquaient leur indignation devant sa présence en terre états-unienne.
«Ils avaient l'impression que j'avais beaucoup d'influence et que je poursuivais les enseignements d'un grand manifeste des tigres tamouls. Je suis avant tout une créatrice. La politique est un sujet dont personne ne devrait avoir peur. C'est de cette manière que l'on pourra mieux la contrôler. J'ai le sentiment que je dois maintenant laisser les conflits éclater dans toute cette histoire de Sri Lanka. C'est en fait très délicat.»
Sa musique engagée lui a d'ailleurs valu l'offre de la couverture de l'édition spéciale antiraciste et antinazi du magazine britannique NME, la bible musicale londonienne. «J'ai refusé. J'ai été impliquée dans tellement de sphères culturelles à Londres. Pourquoi choisir une personne [à la peau] brune pour illustrer la couverture d'un numéro antiraciste? Ils savent que je pose des petites et grandes questions sur le monde, mais je ne ferai pas la couverture de l'édition spéciale antiraciste parce que cela détruirait justement ce que j'ai tenté de construire. À mes débuts, plusieurs disaient que je jouais ma carte ethnique, ou que je n'étais qu'une réfugiée sri-lankaise parmi tant d'autres.»
Le premier album de M.I.A., Arular, du nom de son père, a connu en 2005 un énorme succès en Angleterre. Il a aussi été le deuxième disque pour le nombre de citations dans les palmarès de fin d'année aux États-Unis. Toujours aussi vindicatif, son deuxième album expose des positions moins fermes sur le monde. Du nom de sa mère, Kala, ce deuxième album a reçu à sa sortie, en août dernier, un accueil encore plus enthousiaste de la part des critiques. L'artiste y est partie à la rencontre de musiciens sur plusieurs continents.
Mélange de pop et de rap aux rythmes entraînants, ce disque a été enregistré avec des artistes à Londres, à Madras, au Liberia et en Australie. Arulpragasam a par exemple collaboré sur la pièce Boyz avec des percussionnistes urmi qui s'inspirent du gaana, un genre musical du sud de l'Inde, en plus de reprendre un classique de bollywood qu'elle écoutait durant son enfance, Jimmy Jimmy Aaja. Elle a aussi travaillé avec un rappeur à Monrovia pour la chanson Hussel.
«Il faut simplement faire en sorte que ces points de vue existent et que des artistes puissent faire des spectacles à Londres ou ailleurs. Ça rend la musique plus vivante et ça prouve qu'on peut peut-être, finalement, changer des choses. Je ne veux pas parler à la place de qui que ce soit. Je désire simplement construire des ponts afin que les artistes parlent d'eux-mêmes. Il s'agit peut-être d'une certaine conception de l'avenir, où l'on verra de plus en plus de musiques différentes s'intégrer dans le marché. Je veux que ma musique soit une star vivante, non pas seulement une musique traditionnelle.»
Des références diverses
Arulpragasam ne fait pas d'appels à l'aide pour les démunis. Elle intègre des références diverses, souvent dans une même chanson, aux relations humaines, aux enjeux du quotidien londonien, aux AK-47 vendus en Afrique ou à la guerre des diamants. «J'aime faire côtoyer des visions diverses en abordant la mode, la vie ou encore le coût d'un sac de riz.»
«J'imagine que c'était une mode dans les années quatre-vingt, mais j'étais aussi, chez moi, ce petit enfant qui regardait les spectacles LiveAid sur l'Afrique. Jamais je n'aurais pu imaginer que j'étais dans une situation similaire. Nous n'avions pas de nourriture quand j'étais au Sri Lanka et pourtant ma mère disait toujours: "Finis tout ce qu'il y a dans ton assiette, il y a des enfants qui meurent de faim en Afrique".»
M.I.A. célèbre le monde. Sa musique aux rythmiques originales et aux thèmes simples et vindicatifs mène à la danse. «Si tu vas en Palestine, tu n'entends jamais ce qu'a à dire un garçon de quatre ans qui lance des pierres, raconte-t-elle. C'est la même chose pour les tamouls du Sri Lanka. La première chose à dire est qu'on aime s'amuser.»
Collaborateur du Devoir
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M.I.A. sera en concert ce soir au Métropolis de Montréal.
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