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Entrevue avec Sylvie Paquette - Mes chansons folk, ta signature pop, notre petit miracle

Sylvain Cormier   16 novembre 2007  Musique
L’auteure-compositrice-interprète Sylvie Paquette lance son quatrième album intitulé Tam-Tam.
Photo : Pascal Ratthé
L’auteure-compositrice-interprète Sylvie Paquette lance son quatrième album intitulé Tam-Tam.
Et tchac! Le grand coup d'orchestre, comme une gifle de géant. La grande claque! Et puis une mélodie douce, aérienne, qui fait pop pop pop: c'est beau comme du Burt Bacharach qui serait chanté par Françoise Hardy et arrangé par George Martin et joué par les Beatles. Et puis un autre tchac! On est secoué, puis transporté. Sublime jouissance d'écoute, je ne saurais mieux dire.

Il n'a pas fallu dix secondes du premier titre, le bien-nommé Sur nous deux, pour qu'en dedans, là où ça vibre, l'impression se mue en certitude: ce quatrième album de Sylvie Paquette allait être délicieux, somptueux, gracieux, infiniment agréable et beau, une brise de bonheur sur la grisaille ambiante. Tout le reste de l'album a renforcé la conviction: le pari fou avait donc payé! Sylvie-la-courageuse avait eu raison de faire confiance à Michel-Bélanger-le-patron-d'Audiogram et de confier la réalisation de son disque au fameux frérot dudit, Daniel-le-génial. Que dis-je, confier la réalisation! Sylvie Paquette a littéralement abandonné une douzaine d'enregistrements guitare-voix de ses chansons à Daniel Bélanger, qui en a fait — chez lui, tout seul, tranquillement, puis en studio avec ses musiciens habituels — ce qu'il voulait. Arrangements, instrumentation, réalisation. Totale liberté d'action. Indépendance absolue.

Et angoisse en proportion. Imaginez. Une auteure-compositrice-interprète respectée, établie, qui a un style affirmé, 20 ans de chansons dans le corps, osant s'en remettre si totalement à autrui, et pas n'importe quel autrui: un génie de la confection pop. Un gentil monstre sacré. «Ça n'a pas de bon sens, hein, dit comme ça?», reconnaît volontiers la chanteuse, ravie et fébrile à ma table. «Moi, depuis toujours, je faisais mes démos avec un cassettophone Canadian Tire. [Elle s'esclaffe.] Audiogram m'a équipée d'un ordinateur. J'enregistrais mes chansons, avec l'aide de Paul Pagé, je les envoyais par courriel à Daniel. Et puis j'attendais. J'attendais la récolte. J'attendais les courriels de Daniel avec le résultat. J'en avais des palpitations!»

Collaborer ne lui était pas nouveau. De Luc de Larochellière à Jean Fauque, elle a souvent travaillé avec des paroliers. Encore cette fois-ci, nombre de ses musiques soutenaient des textes venus d'ailleurs, signés Martine Coupal, Fred Baron, Dave Richard et même le chanteur culte français Allain Leprest (à partir d'une rencontre «arrangée» par l'animatrice Monique Giroux dans le cadre d'une expérience radiophonique, La Mélodie du facteur). Avec Daniel Bélanger, elle avait déjà chanté en duo. Ils sont amis, de la même génération. Mais de là à lui laisser les coudées aussi franches, au risque de disparaître, au risque de n'être plus que la Mary Hopkin d'un McCartney (c'est-à-dire le prétexte d'un trip ne la concernant qu'accessoirement), il y avait un grand saut dans l'inconnu. «La seule assurance que j'avais, c'est que si ça ne fonctionnait pas, ça ne sortirait pas. Et ça, il n'y a qu'un Michel Bélanger pour te le garantir.»

Mais d'emblée, au premier essai, l'exquise Puisque, c'était gagné. «J'avais quand même confiance. Daniel avait tellement envie d'essayer! Quand il a su que j'avais signé avec Audiogram, il m'a dit: "Bienvenue chez vous!" Ça m'a émue. Je me suis sentie bien tout de suite. Et puis quand j'ai reçu Puisque et que j'ai entendu les vents, la chorale des voix de Daniel, le coussin de claviers sous la guitare, le côté britannique de l'ambiance, j'ai capoté. J'hallucinais. C'était tellement beau. C'était tellement ailleurs et quand même moi. Ça marchait!»

C'est bien là l'exploit. Ça sonne indéniablement comme du Daniel Bélanger et c'est encore intrinsèquement Sylvie Paquette. Rien de trahi. Rien d'amoindri dans l'intensité: Sylvie, dans la vie comme dans la chanson, est dangereusement intense. Une émotion forte sur deux pattes. «Je me reconnais partout, c'est ma voix, ce sont mes mélodies, c'est ma façon de composer, mais en même temps, je trippe sur mon album comme si c'était celui de ma chanteuse préférée. J'adore, j'adhère. Deux fois seulement, j'ai trouvé ce que Daniel avait fait trop flyé pour moi: ça m'a traumatisée pendant des jours, j'osais pas lui dire. Et finalement, ça ne l'a pas démonté deux secondes, il a recommencé. Et c'était encore aussi flyé, mais autrement, et ça marchait! C'est fou, hein? Quand je pense que ça aurait pu ne pas marcher... »

La voilà qui s'inquiète a posteriori, comme si elle mesurait seulement maintenant, devant la mine à la fois ahurie et réjouie du journaliste, l'improbabilité de l'entreprise. «Écoute, je ne suis plus jeune!», constate la quadragénaire en riant comme une fillette trop heureuse pour se contenir. «Fallait que ce soit bon, ou bien je m'en retournais chanter toute seule avec ma guitare dans les cafés.» Ça n'arrivera pas. Daniel Bélanger a confectionné à Sylvie Paquette un album... plus réussi encore que son propre Échec du matériel. On appelle ça de la générosité. Et Sylvie Paquette, la chanteuse folk, signe l'album pop de l'année. Sans se dénaturer. Oui, un petit miracle.

Collaborateur du Devoir

***

TAM-TAM

Sylvie Paquette, Audiogram - Sélect
 
 
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