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Jazz - L'hameçon de Yannick Rieu

Serge Truffaut   3 novembre 2007  Musique
Parfois, lorsqu'on écoute pour la première fois un album, il arrive qu'on joue à... saute-mouton. Qu'on zappe un morceau parce que la curiosité pour le suivant est plus marqué. Parfois, c'est tout le contraire. Dès les premières notes du premier morceau, on est happé, ferré, accroché.

Ce fut le cas cette semaine lorsqu'on a entendu la nouvelle production du saxophoniste ténor Yannick Rieu, intitulée Saint-Gervais. Enregistrée en public dans un petit club parisien baptisé Les 7 Lézards, elle a paru sur étiquette Justin Time. Bon, cela précisé, reprenons le fil de notre propos.

Non seulement on a été capté dès l'introduction, mais on l'a écoutée, savourée plusieurs fois d'affilée. Comme si on voulait ausculter cet objet sonore dans ses moindres détails. On était à l'affût. Comme si on voulait débusquer chacune de ses qualités.

Chose étonnante, le tout a été accompli avec un coefficient de difficulté élevé. De-que-cé? Ils sont trois, juste trois. On insiste: il n'y a ni piano, ni guitare, ni trompette, ni oud, ni accordéon, ni trombone, ni cor anglais, le bien nommé French horn en verlan. Ils sont trois: Rieu, Nicolas Rageau à la contrebasse et Philippe Soirat à la batterie.

Et alors? Eh bien, qui dit trois signifie qu'il faut se débrouiller avec trois fois rien. Qui dit trois implique la comparaison avec d'autres trois parce que les trois dans l'histoire du jazz sont rares. On pense évidemment à Sonny Rollins et sa Freedom Suite, on pense également à Teddy Edwards et à l'aventure qu'il a menée avec Billy Higgins et Christian McBride. Puis? Rieu et ses comparses renouvellent le genre. C'est tout ce qu'il y a de sérieux.

Parce qu'ils ont un sens de la mélodie, une maîtrise de la mélodie, de la lenteur, de la volupté, aussi étonnant que séduisant. Si vous aimez les ballades revues et corrigées par Stan Getz, vous adorerez ce Saint-Gervais. Si vouz aimez les développements qui ont fait la réputation de Dexter Gordon, celui des enregistrements Steeple-Chase/Inner City, vous serez comblés.

Car outre l'ampleur de son son, Rieu décline son discours sur le mode de la finesse. Comme s'il tenait mordicus à rendre hommage aux beautés composées par autrui. Il interprète du Rollins, du Sammy Cahn et Johnny Burke. Lorsqu'il ne prend pas à sa charge les thèmes écrits par ces messieurs, il nous propose ses propres visions musicales du monde. Et alors? Elles tiennent drôlement la comparaison. C'est très sérieux. Tellement qu'on souhaite que son prochain opus soit fait uniquement de ses compositions. Tout est dit. En fait, pas tout à fait: achetez-le. Nom dé diou!

En rafales

Le 8 novembre prochain, le big-band du trompettiste et compositeur Joe Sullivan, sans contredit un des meilleurs du genre au Canada, se produira au Mojito, situé rue Université. Notons que les excellents Rémi Bolduc au saxophone, Aaron Doyle à la trompette, André White au piano, Alec Walkington à la contrebasse et Dave Laing à la batterie en sont membres.

***

Ce soir, au Upstair's, le quartet du pianiste François Bourassa défendra les couleurs de son très bon album Rasstones édité par Effendi. Outre le contrebassiste Guy Boisvert et le batteur Greg Ritchie, le saxophoniste André Leroux sera de la partie.

***

Le dernier Down Beat est avant tout un hommage au batteur Max Roach, décédé récemment. Pour ce faire, beaucoup de rythmiciens de la planète jazz ont été invités.






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