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Concerts classiques - Deuxième soirée riche en lumières

François Tousignant   30 novembre 2002  Musique
On ne saurait trouver de tel contraste qu'entre la terne soirée initiale de mercredi du Forum 2002 du Nouvel Ensemble moderne (NEM) et le deuxième volet de la compétition de jeudi soir. Si, mercredi, on nageait dans la grisaille, jeudi, musique il y a eu, surtout la découverte de vrais compositeurs qui écrivent de vraies oeuvres.

Le concert commence avec Il magnifico burattinaio, de l'Italien Luca Antignani. Tout est abouti dans cette musique, tout y prend son sens; le compositeur sait trouver le juste poids de chacun des événements, maîtrise l'art du dosage et de l'écriture. Ce ne sont que prolégomènes à l'art qu'il nous invite à découvrir. Sa musique s'inscrit dans la lignée des Berio et Bussotti sans jamais plagier ou copier le modèle. On tient là un esprit hautement original dont la musique fascine, séduit et comble à tous les niveaux de l'écoute. Sans même connaître un signe de la partition, on sait qu'on pourrait la recopier en dictée tant elle est non pas triviale mais seulement et absolument essentielle. De ce jeune compositeur (il n'a que 26 ans!), on veut entendre encore bien des oeuvres.

Antignani commande une intensité d'écoute assez remarquable. Ce qui fait raffinement chez bien d'autres devient, sous sa plume, nécessité. On suit la progression du son, son développement (à ne pas confondre avec son exploitation), devenant de plus en plus intrigué au fur et à mesure que la pièce avance. Jamais l'attention n'a d'endroit pour chuter; on trouve donc l'oeuvre courte tant on en redemande, tout en se rendant compte qu'Antignani a trouvé ici exactement les justes proportions pour que la musique soit... la musique, tout simplement.

Vient ensuite la pire proposition de ce forum. Alain Beauchesne a commis un amalgame des plus triviaux qui allie gauchement le Petrouchka de Stravinski avec la Short Ride In A Fast Machine de John Adams. C'était de trop et, surtout, trop vain pour qu'on s'y penche un tant soit peu.

La grande surprise du concert est venue d'Al umbra del abismo, du Colombien Luis Rizo-Salom. Voilà une oeuvre accomplie, peut-être parfois un peu trop débordante mais dont le tourbillon imaginatif est irrésistible. Une note, oui, une note, tourne partout, suscite des commentaires, se déguise en divers timbres, s'accapare des harmonies et nous cloue sur notre fauteuil.

Les musiciens du NEM triment avec plaisir. Le percussionniste a fort à faire dans cette sorte d'esquisse de concerto pour piano solaire, et tous sont fouettés par cette partition sans merci — dans le sens où elle ne fait que diffuser la joie de vivre. Certes, il y a bien de petits moments d'imprécision d'ensemble, mais la musique est tellement forte que cela importe peu. Ici encore, on sent qu'on tient une oeuvre et un compositeur.

On remercie alors le NEM de pouvoir nous faire entendre tout cela, si bien fait. L'écriture de Rizo-Salom impose aux musiciens du NEM un sens du ludique auquel ils ne sont pas trop habitués. La force du compositeur est qu'il arrive à les faire se plonger — comme nous surtout — dans un monde aussi irrésistible qu'inconnu (qui a jamais entendu des steel drums dans une formation de musique contemporaine?). Vivement le disque pour qu'on puisse réentendre cette pièce débordante de sève.

Pour finir, la Taïwanaise Kueiju Lin proposait son When Night Is Falling. Retour à la case départ et à l'univers sonore du soir précédent. Il y a cependant là de bien belles intuitions, mais elles n'arrivent jamais à s'épanouir. Cela signifie que les diverses périodes de son oeuvre commencent toujours bien, retiennent l'attention pour nous laisser en plan aussitôt, sans qu'on sache trop pourquoi. Cela reste correct, assurément, et d'assez bonne tenue, redorant le genre esthétique si galvaudé le soir précédent, mais cela pâlit devant les deux moments forts de cette édition du Forum. On attend avec impatience le résultat des délibérations du jury.
 
 
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