Montréal arc-en-ciel!
«Montréal arc-en-ciel, débarrassé de ses peurs». L'expression, qui nous fut ramenée par Abd al Malik lors de son concert extérieur, résume fort bien l'orientation de la programmation «monde» offerte aux Francos: peu de découvertes internationales, un seul artiste venu d'Afrique, mais l'affirmation d'un vivre-ensemble artistiquement plus assumé que jamais par une quinzaine d'artistes immigrants présents. À commencer par la Grande Fête multiculturelle qui ouvrait les cérémonies avec convivialité.
Si l'Afrique n'occupait pas cette année la tête d'affiche, on a pu constater en revanche que l'âme créole s'est exprimée au pluriel. Scintillante, par le million de lumières d'une Emeline Michel portée par les tambours qui n'arrêtent jamais; mordante dans la prière pour la liberté scandée par le Réunionnais Davy Sicard à travers son blues rythmé des champs de canne à sucre; touchante d'humanité, même en dépit de quelques folk-pop un brin convenues, lorsque le Guyanais Chris Combette a vibré en couleurs doucement brésiliennes et en reggae
mélodique.
Et Bélo, révélation d'un nouveau monde, à la plainte ragga soul, malheureusement sans ses musiciens. Et Kassav', encore et toujours maître du zouk. N'en déplaise à ses détracteurs, le carnaval, c'est son affaire! Parlant de fiesta, Colectivo, un véritable collectif, a brassé le mexicano avec une flamboyante mixture de nuevo latino et de ska reggae vitaminée par la vigoureuse Chantal Arroyo et un guitariste monté sur des échasses.
Que d'ivresses exubérantes, contrairement à celles, intérieures, livrées par la Brésilienne Bïa et la Portugaise Misia. La première qui ouvrait pour l'autre, en duo avec le guitariste Yves Desrosiers, a soulevé l'assistance en parlant feutré et en posant ses douces errances multilingues jusqu'au pays de Brassens et de Ferland. Quant à la fadiste Misia, elle s'est révélée à la hauteur de ses qualités d'interprète non orthodoxe, portant le Lisbonne des cafés littéraires, faisant rayonner la délicatesse aussi bien que la griffe d'un sentiment.
À l'image de la nouvelle langue de la ville, trois artistes montréalais d'obédience maghrébine, qui ont démontré la vivacité d'une scène locale en réelle émergence, pourraient grimper au firmament artistique. D'abord Lynda Thalie, sur une lancée, fin prête à exporter les arabesques qu'elle fait puissamment survoler sur la chanson finement texturée. Puis Labess, à l'inspiration aussi grande que la Méditerranée, et Maktoub, au moins autant d'Amérique que de Maroc, beau de poésie naïve et pourtant rassembleuse.
Et la musique trad là-dedans? Depuis la suppression de la série «L'Heure trad», on est loin de l'abondance, les organisateurs préférant s'en remettre à quelques valeurs sûres. Les Charbonniers de l'enfer n'ont pas fait rire autant que d'habitude. Jouaient-ils devant un nouveau public trop concentré sur leurs splendides harmonies vocales ou la précision métronomique de leur podorythmie? Ne restait donc que l'énergique Mauvais Sort avec son trad à batterie, puis Michel Faubert, toujours inspiré, dans un trad à clavier, pour un avant-dernier concert sous les étoiles murales du Spectrum. Avant que les grues ne démolissent un pan de notre tradition...
Collaborateur du Devoir
Si l'Afrique n'occupait pas cette année la tête d'affiche, on a pu constater en revanche que l'âme créole s'est exprimée au pluriel. Scintillante, par le million de lumières d'une Emeline Michel portée par les tambours qui n'arrêtent jamais; mordante dans la prière pour la liberté scandée par le Réunionnais Davy Sicard à travers son blues rythmé des champs de canne à sucre; touchante d'humanité, même en dépit de quelques folk-pop un brin convenues, lorsque le Guyanais Chris Combette a vibré en couleurs doucement brésiliennes et en reggae
mélodique.
Et Bélo, révélation d'un nouveau monde, à la plainte ragga soul, malheureusement sans ses musiciens. Et Kassav', encore et toujours maître du zouk. N'en déplaise à ses détracteurs, le carnaval, c'est son affaire! Parlant de fiesta, Colectivo, un véritable collectif, a brassé le mexicano avec une flamboyante mixture de nuevo latino et de ska reggae vitaminée par la vigoureuse Chantal Arroyo et un guitariste monté sur des échasses.
Que d'ivresses exubérantes, contrairement à celles, intérieures, livrées par la Brésilienne Bïa et la Portugaise Misia. La première qui ouvrait pour l'autre, en duo avec le guitariste Yves Desrosiers, a soulevé l'assistance en parlant feutré et en posant ses douces errances multilingues jusqu'au pays de Brassens et de Ferland. Quant à la fadiste Misia, elle s'est révélée à la hauteur de ses qualités d'interprète non orthodoxe, portant le Lisbonne des cafés littéraires, faisant rayonner la délicatesse aussi bien que la griffe d'un sentiment.
À l'image de la nouvelle langue de la ville, trois artistes montréalais d'obédience maghrébine, qui ont démontré la vivacité d'une scène locale en réelle émergence, pourraient grimper au firmament artistique. D'abord Lynda Thalie, sur une lancée, fin prête à exporter les arabesques qu'elle fait puissamment survoler sur la chanson finement texturée. Puis Labess, à l'inspiration aussi grande que la Méditerranée, et Maktoub, au moins autant d'Amérique que de Maroc, beau de poésie naïve et pourtant rassembleuse.
Et la musique trad là-dedans? Depuis la suppression de la série «L'Heure trad», on est loin de l'abondance, les organisateurs préférant s'en remettre à quelques valeurs sûres. Les Charbonniers de l'enfer n'ont pas fait rire autant que d'habitude. Jouaient-ils devant un nouveau public trop concentré sur leurs splendides harmonies vocales ou la précision métronomique de leur podorythmie? Ne restait donc que l'énergique Mauvais Sort avec son trad à batterie, puis Michel Faubert, toujours inspiré, dans un trad à clavier, pour un avant-dernier concert sous les étoiles murales du Spectrum. Avant que les grues ne démolissent un pan de notre tradition...
Collaborateur du Devoir
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