Musique classique - Festival de Lanaudière 2007:l'année des records?
Le Festival de Lanaudière célèbre son 30e anniversaire. Il s'ouvre ce soir de manière monumentale avec le Te Deum de Berlioz et l'Ouverture 1812 de Tchaïkovski. Les organisateurs espèrent des cieux cléments pour couvrir la pelouse de l'amphithéâtre, car les places couvertes sont toutes réservées depuis cinq semaines. Pour le festival, l'année 2007 pourrait bien être l'année des records.
Le père Fernand Lindsay, initiateur de cette manifestation estivale devenue incontournable, ne cache pas sa fierté: les billets ne se sont jamais aussi bien vendus. Il estime «à plus de 40 %» l'augmentation des réservations par rapport à la moyenne des dernières années, phénomène qu'il ne saurait attribuer à un événement en particulier: «Cette année, c'est comme un recommencement, il y a une atmosphère d'enthousiasme qu'on sent un peu partout. On ne sait pas exactement de quoi cela dépend. C'est sûr qu'on profite de l'effet Nagano, mais ce n'est pas seulement ça; l'engouement est manifeste pour l'ensemble du festival.» Chose atypique: le fameux week-end Beethoven, lors duquel Paavo Järvi dirigera l'intégrale des Symphonies de Beethoven, n'est en rien la locomotive mais un simple wagon du train «Lanaudière 2007».
Le fait de voir le porte-parole, le pianiste Alain Lefèvre, sur tous les fronts médiatiques n'est peut-être pas non plus étranger à l'attention accrue envers le festival. Depuis trois ans, le musicien est un ardent défenseur de ce rendez-vous, qui l'accueillera pour un récital vendredi.
On ne peut que constater, s'agissant du millésime 2007, une élégante alchimie d'éléments variés qui jalonnent les fins de semaine: un spectaculaire programme d'ouverture avec deux orchestres et 300 musiciens sur scène, Alain Lefèvre, puis James Ehnes le week-end prochain, suivis de deux concerts de Kent Nagano (les 20 et 21 juillet), du week-end Beethoven (quatre concerts les 27, 28 et 29 juillet) et, pour finir, les Violons du Roy le 3 août et la représentation de concert d'Eugène Onéguine de Tchaïkovski le lendemain. Le tout dans des programmes fidèles au credo du père Lindsay, qui oeuvre depuis les débuts en tant que directeur artistique du festival et qui veut «faire entendre de belles choses».
Deux modèles
Le site Internet du Festival de Lanaudière est sans doute un des seuls du genre à ne pas présenter l'historique de cette manifestation. Trente ans après les débuts, Le Devoir a demandé au père Lindsay de rassembler ses souvenirs. Il raconte: «J'ai suivi des études de philosophie à Montréal. En 1963, je suis allé poursuivre mes études en Europe, mais j'ai trouvé l'occasion trop belle et suis parti un peu plus tôt pour aller dans des festivals, à Bayreuth, Munich et Salzbourg», raconte-t-il. «J'ai eu beaucoup de chance. À Salzbourg, un pianiste a réussi à me permettre d'avoir des billets pour 30 concerts en 25 jours. J'étais seul et j'étais là pour cela: ça faisait bien mon affaire! À Bayreuth aussi, j'ai vu six des sept productions de cette année-là, dont le Ring avec Rudolf Kempe.»
Le fait que les grands festivals d'Europe se déroulent en dehors des grands centres urbains n'a pas manqué de frapper le père Lindsay. Il se prend à rêver: «Je me suis dit que Joliette, ce n'était pas trop loin de Montréal... Mais à mon retour, j'ai attendu le bon moment.»
En rentrant d'Europe, Fernand Lindsay organise des activités musicales dans la région: un concours de musique ou un camp musical. Le bon moment se présente 14 ans plus tard, en 1977. «L'OSM avait perdu un contrat de concerts dans les parcs et l'administrateur de l'époque m'avait téléphoné pour me demander s'il n'y avait pas possibilité de donner quelques concerts de l'OSM dans le coin. On a organisé trois concerts dans la cathédrale et ç'a bien marché. J'étais sceptique, car à Joliette on me disait toujours: "L'été, il n'y a personne, tout le monde est sur le bord des lacs", mais je me suis rendu compte qu'il restait quand même du monde! L'année suivante, ce furent nos débuts, avec un festival autour de l'anniversaire de Schubert», se rappelle le père Lindsay.
Il se dit heureux d'avoir débuté modestement et d'avoir fait évoluer le festival, avec ses divers collaborateurs, selon les moyens du bord, sans prendre trop de risques: «On ne programmait pas au-delà de nos moyens.» L'angle artistique était limpide: «J'avais toujours mes souvenirs; il fallait que cela soit beau et important, surtout qu'à l'époque, il n'y avait pas grand-chose à Montréal. Ainsi, dès les débuts, c'est comme si, à Montréal, on nous avait adoptés.»
La seule zone d'ombre autour du festival, Fernand Lindsay l'a connue après la construction de l'amphithéâtre: «La souscription n'a pas donné tout à fait ce à quoi on s'attendait. Il y a eu quelques problèmes à ce moment-là et on a eu la chance d'obtenir une aide conjointe de Québec et d'Ottawa. L'affaire a été réglée: l'équipement est devenu propriété du gouvernement et Québec en a conféré l'administration à la Place des Arts. C'est la meilleure chose qui pouvait nous arriver, car, pour entretenir l'équipement, il nous aurait fallu des subventions supplémentaires, ce qui est toujours délicat à obtenir, notamment quand on est en région.»
Pour son directeur artistique, l'esprit du festival reste fidèle aux rêves de ce jeune Fernand Lindsay ébloui par les grands festivals européens en 1963. Mais il a gardé ses rêves vivants aujourd'hui. Il aimerait tellement pouvoir programmer davantage d'opéras: «Nous avons déjà programmé des événements comme la juxtaposition des deux Manon, celle de Massenet et celle de Puccini, ou de trois Faust [Berlioz, Gounod, Boïto]. Cette année, nous avons Eugène Onéguine. Ce serait formidable de pouvoir en faire plus, mais les moyens manquent.» Avis aux intéressés, notamment ceux qui pourront constater la baisse de soutien, en dollars constants, à l'échelon fédéral depuis dix ans.
Collaborateur du Devoir
Le père Fernand Lindsay, initiateur de cette manifestation estivale devenue incontournable, ne cache pas sa fierté: les billets ne se sont jamais aussi bien vendus. Il estime «à plus de 40 %» l'augmentation des réservations par rapport à la moyenne des dernières années, phénomène qu'il ne saurait attribuer à un événement en particulier: «Cette année, c'est comme un recommencement, il y a une atmosphère d'enthousiasme qu'on sent un peu partout. On ne sait pas exactement de quoi cela dépend. C'est sûr qu'on profite de l'effet Nagano, mais ce n'est pas seulement ça; l'engouement est manifeste pour l'ensemble du festival.» Chose atypique: le fameux week-end Beethoven, lors duquel Paavo Järvi dirigera l'intégrale des Symphonies de Beethoven, n'est en rien la locomotive mais un simple wagon du train «Lanaudière 2007».
Le fait de voir le porte-parole, le pianiste Alain Lefèvre, sur tous les fronts médiatiques n'est peut-être pas non plus étranger à l'attention accrue envers le festival. Depuis trois ans, le musicien est un ardent défenseur de ce rendez-vous, qui l'accueillera pour un récital vendredi.
On ne peut que constater, s'agissant du millésime 2007, une élégante alchimie d'éléments variés qui jalonnent les fins de semaine: un spectaculaire programme d'ouverture avec deux orchestres et 300 musiciens sur scène, Alain Lefèvre, puis James Ehnes le week-end prochain, suivis de deux concerts de Kent Nagano (les 20 et 21 juillet), du week-end Beethoven (quatre concerts les 27, 28 et 29 juillet) et, pour finir, les Violons du Roy le 3 août et la représentation de concert d'Eugène Onéguine de Tchaïkovski le lendemain. Le tout dans des programmes fidèles au credo du père Lindsay, qui oeuvre depuis les débuts en tant que directeur artistique du festival et qui veut «faire entendre de belles choses».
Deux modèles
Le site Internet du Festival de Lanaudière est sans doute un des seuls du genre à ne pas présenter l'historique de cette manifestation. Trente ans après les débuts, Le Devoir a demandé au père Lindsay de rassembler ses souvenirs. Il raconte: «J'ai suivi des études de philosophie à Montréal. En 1963, je suis allé poursuivre mes études en Europe, mais j'ai trouvé l'occasion trop belle et suis parti un peu plus tôt pour aller dans des festivals, à Bayreuth, Munich et Salzbourg», raconte-t-il. «J'ai eu beaucoup de chance. À Salzbourg, un pianiste a réussi à me permettre d'avoir des billets pour 30 concerts en 25 jours. J'étais seul et j'étais là pour cela: ça faisait bien mon affaire! À Bayreuth aussi, j'ai vu six des sept productions de cette année-là, dont le Ring avec Rudolf Kempe.»
Le fait que les grands festivals d'Europe se déroulent en dehors des grands centres urbains n'a pas manqué de frapper le père Lindsay. Il se prend à rêver: «Je me suis dit que Joliette, ce n'était pas trop loin de Montréal... Mais à mon retour, j'ai attendu le bon moment.»
En rentrant d'Europe, Fernand Lindsay organise des activités musicales dans la région: un concours de musique ou un camp musical. Le bon moment se présente 14 ans plus tard, en 1977. «L'OSM avait perdu un contrat de concerts dans les parcs et l'administrateur de l'époque m'avait téléphoné pour me demander s'il n'y avait pas possibilité de donner quelques concerts de l'OSM dans le coin. On a organisé trois concerts dans la cathédrale et ç'a bien marché. J'étais sceptique, car à Joliette on me disait toujours: "L'été, il n'y a personne, tout le monde est sur le bord des lacs", mais je me suis rendu compte qu'il restait quand même du monde! L'année suivante, ce furent nos débuts, avec un festival autour de l'anniversaire de Schubert», se rappelle le père Lindsay.
Il se dit heureux d'avoir débuté modestement et d'avoir fait évoluer le festival, avec ses divers collaborateurs, selon les moyens du bord, sans prendre trop de risques: «On ne programmait pas au-delà de nos moyens.» L'angle artistique était limpide: «J'avais toujours mes souvenirs; il fallait que cela soit beau et important, surtout qu'à l'époque, il n'y avait pas grand-chose à Montréal. Ainsi, dès les débuts, c'est comme si, à Montréal, on nous avait adoptés.»
La seule zone d'ombre autour du festival, Fernand Lindsay l'a connue après la construction de l'amphithéâtre: «La souscription n'a pas donné tout à fait ce à quoi on s'attendait. Il y a eu quelques problèmes à ce moment-là et on a eu la chance d'obtenir une aide conjointe de Québec et d'Ottawa. L'affaire a été réglée: l'équipement est devenu propriété du gouvernement et Québec en a conféré l'administration à la Place des Arts. C'est la meilleure chose qui pouvait nous arriver, car, pour entretenir l'équipement, il nous aurait fallu des subventions supplémentaires, ce qui est toujours délicat à obtenir, notamment quand on est en région.»
Pour son directeur artistique, l'esprit du festival reste fidèle aux rêves de ce jeune Fernand Lindsay ébloui par les grands festivals européens en 1963. Mais il a gardé ses rêves vivants aujourd'hui. Il aimerait tellement pouvoir programmer davantage d'opéras: «Nous avons déjà programmé des événements comme la juxtaposition des deux Manon, celle de Massenet et celle de Puccini, ou de trois Faust [Berlioz, Gounod, Boïto]. Cette année, nous avons Eugène Onéguine. Ce serait formidable de pouvoir en faire plus, mais les moyens manquent.» Avis aux intéressés, notamment ceux qui pourront constater la baisse de soutien, en dollars constants, à l'échelon fédéral depuis dix ans.
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