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Festival d'été de Québec - CEA prend le festival d'assaut

Patrick Caux   7 juillet 2007  Musique
Le groupe CEA
Le groupe CEA
Lundi soir, sur la scène de l'Impérial, la communauté hip-hop se réunit pour offrir Le Son de la capitale, un spectacle entièrement made in Québec. Aux côtés de Classick, Webster, Sagacité et Accrophone, on pourra entendre CEA, la nouvelle coqueluche du rap dans la province.

Québec — «Pour nous, le rap est avant toute chose un acte de parole, lance Bigg Lou en toute fin d'entrevue. Nous sommes conscients du privilège que nous avons de tenir le micro et de la responsabilité que ça implique.»

C'est à dessein que CEA a choisi de rencontrer Le Devoir comme digestif d'une journée meublée d'entrevues. «On aime bien la télé, mais le format force à compresser les idées», explique le rappeur issu des Saules, une banlieue comme tant d'autres à Québec. «Avec les médias écrits, on peut prendre le temps de réfléchir, de faire les nuances qui s'imposent.»

D'accord, le groupe est jeune — la formation a lancé son premier album, C'est ça le fun!?, en novembre —, mais la réflexion sur leur art, sur leur place dans l'industrie et sur la présence de la culture du hip-hop dans la province est déjà bien amorcée. «Aujourd'hui, tous les médias nous demandent comment se porte le hip-hop à Québec, relate Lwazo, un des MC du groupe. Comme si c'était encore une curiosité, un mouvement marginal. Il est temps qu'ils se rendent compte que la culture est bien implantée.» À preuve, une communauté d'artistes prolifiques et talentueux émerge depuis quelques années de la région. Bigg Lou le démontre en pointant le doigt: «Tu vois là-bas, c'est l'appartement des gars d'Accrophone. Les 2 Toms habitent juste en bas. En face, c'est Lakomod [une boutique de vêtements liée à la scène musicale].» On le sent, le réseau des collaborations artistiques est en pleine santé.

«On se considère comme chanceux d'arriver maintenant, alors que d'autres groupes ont ouvert le chemin pour nous», explique Bob Bouchard, le troisième rappeur présent — le groupe en compte cinq, mais Marième et Scoul étaient retenus par d'autres entrevues. «L'autre chose qui nous agace avec les médias, c'est leur habitude de nous parler de la violence et des gangs de rue. On fait du rap en y mettant nos expériences personnelles, nos préoccupations et nos opinions. Tous les cinq, on a eu des vies bien différentes. C'est la rencontre de ces mondes qui crée la richesse de notre univers.»

C'est d'ailleurs quand on leur parle de la musique et des mots que les yeux des trois comparses s'allument. Avec CEA, pas de guns, de chars «pimpés» ou de pitounes en bikini. Leur manière de travailler la langue et de triturer les mots sur des rythmes bien balancés est à la fois habile et originale. «On a écouté beaucoup de rap français et américain, souligne Lwazo. Des Français, on a gardé l'intérêt pour la poésie, mais avec une langue d'ici. Des Américains, on a voulu conserver l'efficacité des rythmiques.» L'album possède d'ailleurs une sonorité bien funky qui dévoile quelques influences de la côte Ouest. Plus on écoute leurs compositions (de préférence à haut volume!), plus le cocktail se montre savoureux. Il reste maintenant à les découvrir sur scène.

Pour son passage au Festival d'été, la formation a décidé d'inviter de nombreux musiciens. «L'aspect live est très important pour nous, précise Bigg Lou. La complicité sur scène des rappeurs avec les musiciens risque de donner un mélange pas mal intéressant! On est très heureux que le festival fasse une place importante au hip-hop cette année. On va leur en donner pour leur argent!» «L'an prochain, complète Bob Bouchard, on espère que la scène locale va être assez reconnue pour que tout ça se passe sur une scène extérieure!»
 
 
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