Eleni Mandell au Club Soda - Une chanteuse nommée désir
À lire l'entrevue d'Eleni Mandell hier en ces pages, on ne pouvait pas éviter de comprendre que la Californienne, ces jours-ci, est heureuse en amour. Inquiétude. Heureuse, la reine du film noir en chanson? Contentée, la torch singer du country alternatif? Était-ce une bonne nouvelle? Oui, nous nous réjouissions pour elle, mais pour nous? Allait-elle encore être la chanteuse nommée désir que nous aimons depuis 1998 et l'album Wishbone, un brin Tammy Wynette dans l'attitude, un chouia désespérée, toujours menacée de trahison, d'abandon, de solitude imbuvable? Vérification faite hier soir au Club Soda, on n'avait rien à craindre. Bien au contraire. Rasséréné, le désir n'était que plus affiché. Hier, Eleni Mandell rayonnait, resplendissait, irradiait de désir.
Et toutes ses chansons, celles d'avant et celles d'après l'amoureuse heureuse, semblaient danser la même valse autour de la piste de danse, avec Eleni dans sa robe à jupons rose et blanche de bal de graduation des années 50. Auparavant, elle se languissait dans des chansons d'amours fantasmées, pour ne pas dire fantasques, aux titres parlants: Dreamboat, Nickel Plated Man, Afternoon (« I want to be your afternoon / I wanna be your good-time girl / I wanna be your all day, too»). Les chansons du nouvel album Miracle Of Five sont des fanstames réalisés, qui s'intitulent Wings In His Eyes, Perfect Stranger, Make-Out King («The make-out king / Is in my bed / And I'm so tired / I think I'm a junkie»). La différence n'est pas grande. Qu'Eleni Mandell désire quelqu'un qui l'a délaissée, ou quelqu'un qu'elle a tellement hâte de retrouver que c'en est insupportable, c'est le même yodel qui fêle son timbre, la même ironie fine qui perce la détresse.
Car Eleni Mandell n'est pas Tammy Don't Touch Me If You Don't Want Me, Sweetheart Wynette et sa détresse est toujours un peu jouée. Exquisement jouée. Sulfureusement jouée. Quand elle professe son amour de manière presque trop candide, c'est exprès. Sa candeur est de la sorte qu'on se fabrique, après des années de cynisme. Dans sa petite robe de bal, elle a volontairement l'allure ingénue de Shelley Fabares en 1963 dans Papa a raison, chantant Johnny Angel. Sauf qu'elle n'est pas en 1963, elle le sait et on le sait. Pas ingénue pour deux sous. Candide à la fois pour rire et pour vrai.
Dans ce qu'elle donne à voir comme à entendre, il y a toujours chez Eleni Mandell un certain décalage. Un jeu de faux-semblant dont nous sommes conscients, complices. Quand elle chante du country, son guitariste Jeremy Drake se livre à des arpèges étranges aux sonorités bizarres qui vont à l'encontre du country. Lorsque la chanteuse serine Perfect Stranger comme s'il s'agissait d'un thème de western (ça ressemble beaucoup à My Rifle, My Pony And Me, que chantaient Dean Martin et Ricky Nelson dans Rio Bravo), on frôle la parodie. Tout en s'offrant la totale western. Coquine Eleni. Avec elle, on ne sait jamais. On sait seulement qu'on est aussi amoureux d'elle qu'elle est amoureuse de son amoureux, et qu'on ira la revoir en octobre au Cabaret Juste pour rire.
Collaborateur du Devoir
Et toutes ses chansons, celles d'avant et celles d'après l'amoureuse heureuse, semblaient danser la même valse autour de la piste de danse, avec Eleni dans sa robe à jupons rose et blanche de bal de graduation des années 50. Auparavant, elle se languissait dans des chansons d'amours fantasmées, pour ne pas dire fantasques, aux titres parlants: Dreamboat, Nickel Plated Man, Afternoon (« I want to be your afternoon / I wanna be your good-time girl / I wanna be your all day, too»). Les chansons du nouvel album Miracle Of Five sont des fanstames réalisés, qui s'intitulent Wings In His Eyes, Perfect Stranger, Make-Out King («The make-out king / Is in my bed / And I'm so tired / I think I'm a junkie»). La différence n'est pas grande. Qu'Eleni Mandell désire quelqu'un qui l'a délaissée, ou quelqu'un qu'elle a tellement hâte de retrouver que c'en est insupportable, c'est le même yodel qui fêle son timbre, la même ironie fine qui perce la détresse.
Car Eleni Mandell n'est pas Tammy Don't Touch Me If You Don't Want Me, Sweetheart Wynette et sa détresse est toujours un peu jouée. Exquisement jouée. Sulfureusement jouée. Quand elle professe son amour de manière presque trop candide, c'est exprès. Sa candeur est de la sorte qu'on se fabrique, après des années de cynisme. Dans sa petite robe de bal, elle a volontairement l'allure ingénue de Shelley Fabares en 1963 dans Papa a raison, chantant Johnny Angel. Sauf qu'elle n'est pas en 1963, elle le sait et on le sait. Pas ingénue pour deux sous. Candide à la fois pour rire et pour vrai.
Dans ce qu'elle donne à voir comme à entendre, il y a toujours chez Eleni Mandell un certain décalage. Un jeu de faux-semblant dont nous sommes conscients, complices. Quand elle chante du country, son guitariste Jeremy Drake se livre à des arpèges étranges aux sonorités bizarres qui vont à l'encontre du country. Lorsque la chanteuse serine Perfect Stranger comme s'il s'agissait d'un thème de western (ça ressemble beaucoup à My Rifle, My Pony And Me, que chantaient Dean Martin et Ricky Nelson dans Rio Bravo), on frôle la parodie. Tout en s'offrant la totale western. Coquine Eleni. Avec elle, on ne sait jamais. On sait seulement qu'on est aussi amoureux d'elle qu'elle est amoureuse de son amoureux, et qu'on ira la revoir en octobre au Cabaret Juste pour rire.
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