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Bob Dylan à la salle Wilfrid-Pelletier; Garth et Maud Hudson au Savoy - La pertinence chevillée au corps

Sylvain Cormier   5 juillet 2007  Musique
Il n’y a pas de hasard. Il y a qu’hier soir, Garth Hudson était au Savoy du Métropolis et explorait les possibilités de sa main gauche au piano droit, et trouvait encore le moyen d’aller là où il n’était jamais allé. Il y a qu’hier soir, quelques centaines de mètres plus à l’ouest, il y avait Bob Dylan dans la grande salle Wilfrid-Pelletier, la même salle Wilfrid-Pelletier où, en 1966, le même Garth Hudson et les autres Hawks — The Band en devenir — accompagnaient Dylan dans sa quête de renouvellement de la forme folk par voie d’électrification. Hier soir, cette quête se poursuivait pour Dylan et pour Hudson, chacun à sa façon, dans le même esprit d’absolue liberté.

Hudson se produisait devant une petite centaine d’aficionados et de nostalgiques du Band avec sa femme Maud et trois musiciens, dont le très grand bassiste Marty Ballou (acolyte de John Hammond Jr.). Dylan, nouveau récipiendaire du Montreal Jazz Festival Spirit Award, avait bien sûr rempli Wilfrid, l’habituelle cohorte d’irréductibles cotoyant les amateurs de légendes vivantes. Mais qu’importe le nombre, qu’importe ce qui amenait à l’un ou l’autre endroit l’acheteur de billet, la démonstration était tout aussi convaincante.
Ce qui avait uni Hudson et Dylan lors de la fameuse tournée «électrifiée» de 1966, puis à Woodstock durant l’enregistrement des Basement Tapes, puis durant la tournée The Band-Dylan de 1974 (qui nous donna le double album Before The Flood) les réunissait à nouveau, presque à portée d’amplification: les deux têtes chercheuses cherchaient encore. Et de manière bigrement intéressante, chacun semblait trouver l’essence de leur art dans le retour à des formes anciennes. Hudson intégrait des polkas, des relents de Gershwin, des arpèges de Horace Silver à sa tambouille de jus de racines. Dylan réinventait I’ll Be Your Baby Tonight en rockabilly estampillé Elvis, et Spirit On The Water trouvait sa raison d’être du côté du ragtime et du swing.

Pour qui avait la chance d’assister à des portions de l’un et l’autre spectacles — nous étions quelques-uns —, le constat était évident: Hudson et Dylan semblent avoir compris le même truc, à savoir qu’on a beau chercher à refaire le monde, on en revient toujours à l’origine. Aux formes de base de la musique. À entendre Dylan brasser Rollin’ And Tumblin’, l’une de ses chansons du récent album Modern Times, on ne pouvait pas ne pas entendre le groupe Canned Head au festival pop de Monterey en 1967 brassant un boogie également intitulé Rollin’ And Tumblin’, déniché à la source même du boogie afro-américain. Dylan et son orchestre, comprenait-on, trouvent là-dedans source de modernité.

Ainsi Dylan revisitait-il comme d’habitude son catalogue sans gêne aucune, et j’avais enfin l’impression de comprendre où il voulait en venir. Les Rainy Day Woman #12 & 35, Highway 61 Revisited et autres Chimes Of Freedom étaient littéralement extirpées du contexte folk-rock des versions enregistrées, et Dylan leur redonnait en lieu et place la fraîcheur plus intemporelle du rockabilly, du swing et du boogie. Les chansons en étaient libérées, leur bail renouvelé. Belle boucle bouclée.

Et bel écrin. Assister à un spectacle de Dylan dans le velours de Wilfrid était un privilège, et nous en jouissions manifestement, à cela près que le son était moins bon qu’en novembre dernier au Centre Bell, surtout à pleine puissance. Constat conséquent: le Dylan d’aujourd’hui, cet aventurier digne d’un Spirit Award, n’est décidément pas l’homme des lieux confortables.

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