Le Festival d'été de Québec célèbre en force ses 40 ans
Québec — Ce soir, au moment de brancher les amplis et d'allumer les premiers projecteurs qui éclaireront Pépé, Renaud et les Cowboys Fringants, le Festival d'été de Québec (FEQ) célébrera en force ses 40 ans. Première manifestation du genre à atteindre cet âge dans la province, le festival amorce cette nouvelle décennie en pleine possession de ses moyens.
«40 ans, ce n'est pas rien!», résume à juste titre Louis-Philippe Baillargeon, le tout nouveau président de l'organisation.
«Chaque année, on doit relever l'immense défi de séduire le public», précise Jean Beauchesne, grand architecte de la programmation depuis le début des années 80. «Avec le temps, on s'est construit un important capital de sympathie à travers la province. Mais il ne faut jamais rien tenir pour acquis. On doit continuellement se réinventer.»
C'est en toute connaissance de cause que le directeur de la programmation parle de capacité de se réinventer puisque le festival a connu une période plus difficile au cours des dernières années. À l'image des jeunes trentenaires préoccupés par leurs REER, le FEQ a traversé la trentaine déchiré entre son désir d'expansion et une situation budgétaire rendue fragile, notamment par les lois sur la publicité du tabac.
«À force de vouloir grossir, le FEQ s'est tourné vers une approche plus populaire», explique Lwazo, membre de CEA, un groupe de hip-hop de Québec. En effet, les spectacles de type «hommage», les star-académiciens et autres prestations de la famille Dion au début des années 2000 ont été vertement critiqués par les observateurs et les mélomanes.
En 2004, la création du Festival Off a catalysé la grogne dans le milieu musical. Spectacles gratuits, programmation audacieuse, découvertes musicales, ambiance décontractée: le Off a offert une avenue alléchante à ceux qui trouvaient que le FEQ s'était coupé de ses racines. Du même coup, le nouveau-né a permis à l'équipe du Festival d'été de prouver sa capacité de se «réinventer».
«Le Off a aussi eu un véritable effet positif auprès du festival», poursuit Lwazo. «Il a poussé l'organisation à offrir une contrepartie aux gros shows populaires en faisant de la place à la musique émergente.» Depuis deux ans, de l'avis général, le FEQ est parvenu à trouver une approche qui lui permet de contenter tous ses publics en faisant place à des machines internationales comme Nickleback et Manu Chao tout en prenant soin d'intégrer des artistes de la scène locale comme La Reine du mambo et Slipmat.
Horizon historique
Ce délicat équilibre entre programmation et organisation est le fruit d'une longue évolution. À ses premiers pas, la formule était loin de celle qu'on connaît de nos jours. «En 1967, l'événement était multidisciplinaire», se remémore Jean Beauchesne. «L'idée de départ était de créer de la vie dans le Vieux-Québec. L'événement comportait une série de volets qui proposaient de la musique, bien sûr, mais aussi du théâtre, du cinéma et même un concours équestre!»
C'est vers le milieu des années 70 que le festival a dévoilé sa véritable personnalité. «Dans ces années-là, le Québec était en pleine ébullition. Le PQ venait de prendre le pouvoir; on sortait tout juste de la Superfrancofête. C'est à ce moment que le festival a pris un virage important en choisissant de se consacrer à la chanson d'expression française, à la musique classique, aux musiques du monde et aux arts de la rue.»
Le nerf de la guerre!
La dernière grande étape traversée par le festival survient à la fin des années 80, alors qu'on décide d'accorder une plus grande place au rock et à la musique pop. «Déjà, la situation du Festival d'été avait commencé à changer», explique Marcel Dallaire, directeur général de 1987 à 1992, maintenant responsable des Grands Feux Loto-Québec. «Notre programmation nous forçait à avoir des moyens techniques et logistiques imposants... Du coup, la question budgétaire est devenue de plus en plus importante.»
À la même époque, le FEQ obtient la permission de vendre de l'alcool sur ses sites. «À mon avis, c'est un tournant majeur dans l'histoire du festival», commente Marcel Dallaire. «Non seulement la vente de bière assurait des revenus substantiels à l'événement, elle nous a forcés à clôturer les sites. Pour la première fois, on était en mesure d'instaurer un ticket modérateur.» Le macaron, jusque-là un simple appui symbolique au festival, est devenu obligatoire pour assister aux spectacles.
En une quinzaine d'années, le droit d'entrée est ainsi passé de 5 $ à 30 $, suscitant à chaque hausse certaines remontrances de la part des festivaliers. «Je comprends la réaction des gens» , commente le président Baillargeon. «Mais le soutien du public est extrêmement important pour la survie du festival. Quand on y pense — et quand on se compare aux autres événements du genre dans la province —, une trentaine de dollars, ce n'est pas très cher pour onze jours de plaisir musical!»
Collaborateur du Devoir
«40 ans, ce n'est pas rien!», résume à juste titre Louis-Philippe Baillargeon, le tout nouveau président de l'organisation.
«Chaque année, on doit relever l'immense défi de séduire le public», précise Jean Beauchesne, grand architecte de la programmation depuis le début des années 80. «Avec le temps, on s'est construit un important capital de sympathie à travers la province. Mais il ne faut jamais rien tenir pour acquis. On doit continuellement se réinventer.»
C'est en toute connaissance de cause que le directeur de la programmation parle de capacité de se réinventer puisque le festival a connu une période plus difficile au cours des dernières années. À l'image des jeunes trentenaires préoccupés par leurs REER, le FEQ a traversé la trentaine déchiré entre son désir d'expansion et une situation budgétaire rendue fragile, notamment par les lois sur la publicité du tabac.
«À force de vouloir grossir, le FEQ s'est tourné vers une approche plus populaire», explique Lwazo, membre de CEA, un groupe de hip-hop de Québec. En effet, les spectacles de type «hommage», les star-académiciens et autres prestations de la famille Dion au début des années 2000 ont été vertement critiqués par les observateurs et les mélomanes.
En 2004, la création du Festival Off a catalysé la grogne dans le milieu musical. Spectacles gratuits, programmation audacieuse, découvertes musicales, ambiance décontractée: le Off a offert une avenue alléchante à ceux qui trouvaient que le FEQ s'était coupé de ses racines. Du même coup, le nouveau-né a permis à l'équipe du Festival d'été de prouver sa capacité de se «réinventer».
«Le Off a aussi eu un véritable effet positif auprès du festival», poursuit Lwazo. «Il a poussé l'organisation à offrir une contrepartie aux gros shows populaires en faisant de la place à la musique émergente.» Depuis deux ans, de l'avis général, le FEQ est parvenu à trouver une approche qui lui permet de contenter tous ses publics en faisant place à des machines internationales comme Nickleback et Manu Chao tout en prenant soin d'intégrer des artistes de la scène locale comme La Reine du mambo et Slipmat.
Horizon historique
Ce délicat équilibre entre programmation et organisation est le fruit d'une longue évolution. À ses premiers pas, la formule était loin de celle qu'on connaît de nos jours. «En 1967, l'événement était multidisciplinaire», se remémore Jean Beauchesne. «L'idée de départ était de créer de la vie dans le Vieux-Québec. L'événement comportait une série de volets qui proposaient de la musique, bien sûr, mais aussi du théâtre, du cinéma et même un concours équestre!»
C'est vers le milieu des années 70 que le festival a dévoilé sa véritable personnalité. «Dans ces années-là, le Québec était en pleine ébullition. Le PQ venait de prendre le pouvoir; on sortait tout juste de la Superfrancofête. C'est à ce moment que le festival a pris un virage important en choisissant de se consacrer à la chanson d'expression française, à la musique classique, aux musiques du monde et aux arts de la rue.»
Le nerf de la guerre!
La dernière grande étape traversée par le festival survient à la fin des années 80, alors qu'on décide d'accorder une plus grande place au rock et à la musique pop. «Déjà, la situation du Festival d'été avait commencé à changer», explique Marcel Dallaire, directeur général de 1987 à 1992, maintenant responsable des Grands Feux Loto-Québec. «Notre programmation nous forçait à avoir des moyens techniques et logistiques imposants... Du coup, la question budgétaire est devenue de plus en plus importante.»
À la même époque, le FEQ obtient la permission de vendre de l'alcool sur ses sites. «À mon avis, c'est un tournant majeur dans l'histoire du festival», commente Marcel Dallaire. «Non seulement la vente de bière assurait des revenus substantiels à l'événement, elle nous a forcés à clôturer les sites. Pour la première fois, on était en mesure d'instaurer un ticket modérateur.» Le macaron, jusque-là un simple appui symbolique au festival, est devenu obligatoire pour assister aux spectacles.
En une quinzaine d'années, le droit d'entrée est ainsi passé de 5 $ à 30 $, suscitant à chaque hausse certaines remontrances de la part des festivaliers. «Je comprends la réaction des gens» , commente le président Baillargeon. «Mais le soutien du public est extrêmement important pour la survie du festival. Quand on y pense — et quand on se compare aux autres événements du genre dans la province —, une trentaine de dollars, ce n'est pas très cher pour onze jours de plaisir musical!»
Collaborateur du Devoir
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