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Van Morrison à la salle Wilfrid-Pelletier - Justes noces

Sylvain Cormier   4 juillet 2007  Musique
D'entrée de jeu, à la teneur de la pièce instrumentale qui préparait l'arrivée de George Ivan Morrison sur la grande scène de la salle Wilfrid-Pelletier, on savait. Ce spectacle allait être une communion. Une union bénie des dieux. Ce type à l'orgue Hammond, qui répondait si naturellement à cette fille à la pedal steel, c'était déjà l'amour fou. Ces instruments-là, qui se connaissent si peu, l'orgue rhythm'n'blues et la pedal steel country si habituellement étrangères, semblaient tout à coup faits l'un pour l'autre, cela s'entendait, cela se mariait. Et de fait, orgue et pedal steel ont convolé hier en justes noces, lors d'une cérémonie présidée par le plus américain des Irlandais, à la manière de son plus récent album, le bien-nommé Pay The Devil. Diable d'homme.

Van Morrison, souverain sous son panama blanc et chic comme pas un dans son costard sombre jamais déboutonné, a ainsi refait à sa façon le coup de Ray Charles, du temps que celui-ci osait révolutionner la musique populaire en fondant soul et country dans son album Modern Sounds In Country And Western Music, paru en 1962. Il y avait I Can't Stop Loving You là-dessus: Van The Man l'a justement reprise hier. Ainsi que Gloria On My Mind. Moins pour fins de démonstration qu'en hommage à feu Ray, et par pur amour pour cet hybride musical élégantissime. On avait ainsi droit au meilleur des deux mondes: le violon, les trois choristes et la pedal steel de la blanche famille country, et le saxo rock'n'roll, l'harmonica blues (joués par Van), l'orgue r'n'b et les guitares syncopées de la famille afro-américaine, sur des rythmes de shuffle, de spirituals, de swing, de ballade doo-wop et même de ska. Et tout ça se mêlait, se mêlait! Chaleureusement, simplement, corporellement. Magnifiquement.

Tout le répertoire de Van Morrison en était, c'est le mot, magnifié. Toutes époques confondues. Qu'il s'agisse de Moondance ou de Precious Time, de Back On Top ou de Magic Time, de Raincheck ou de Stranded (augmentée d'une délicieuse citation de Sleep Walk, merveille instrumentale de Santo & Johnny, à la pedal steel), et même la chère vieille Gloria de l'époque à gogo du groupe Them, ça fonctionnait. Le mariage était consommé, et bien consommé. Toute la salle avait ses morceaux de gâteau, le crémage était juste assez sucré.

Et qui plus est, Van était en voix, et Van en voix, c'est quelque chose, peu importe l'approche stylistique. Il grimaçait à souhait, mâchouillait ses phonèmes que c'en était un bonheur, pétrissait sa pâte jusqu'à ce que ça lève. Et ça levait. Dans All Saints Day, il en trépignait, et tout son orchestre avec lui. À un certain moment, il s'est offert un solo de guitare et un solo de piano à la suite, rien que parce qu'il en avait envie. Oserais-je? Parce qu'il était content. Dire à quel point nous l'étions, nous, est impossible. Nous, on était comme les mariés, on disait oui.
 
 
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  • Réjean Martin
    Abonné
    mercredi 4 juillet 2007 13h42
    Georgia!
    N'est-ce pas plutôt Georgia. Mais peu importe, vos textes sont délicieux, M.Cormier RÉJEAN MARTIN TROIS-RIVIÈRES rejean_martin@cgocable.ca

  • Pierre Lafrance
    Abonné
    samedi 14 juillet 2007 11h43
    Gloria et Giorgia
    Dans l'urgence de rédiger son article, Sylvain Cormier a confondu momentanément la Giorgia de Carmichael et Gorrell chantée par Ray Charles (Giorgia on my mind) et la Gloria de Van Morrison (Gloria).

    J'ai lu l'article plusieurs fois et je n'avais même pas remarqué!!!

    J'étais au spectacle. Excellent! Mais Sylvain Cormier le dit beaucoup mieux que moi.

    Pierre Lafrance
    Sherbrooke

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