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Beverly Sills, 1929-2007 - Mort de la diva de l'Amérique

Christophe Huss   4 juillet 2007  Musique
Beverly Sills apparaissant sur une publicité du Metropolitain Opera de New York
Photo : Agence Reuters
Beverly Sills apparaissant sur une publicité du Metropolitain Opera de New York
La célèbre soprano américaine Beverly Sills est décédée lundi à New York des suites d'un cancer du poumon à l'âge de 78 ans. La «reine américaine de l'opéra», comme l'avait qualifiée Time Magazine sur sa couverture du 22 novembre 1971, avait été admise à l'hôpital après qu'on eut diagnostiqué un cancer du poumon il y a quatre semaines, alors qu'elle était venue consulter pour une simple fracture.

La figure de Beverly Sills était bien connue et appréciée du grand public. Présidente du conseil d'administration du Metropolitan Opera jusqu'en 2005, nous l'avions interviewée alors qu'elle était chef de file de la croisade lancée pour sauver les fameuses retransmissions en direct du Met le samedi après-midi. Le Met a non seulement sauvé ces émissions radiophoniques, il a aussi, sous la houlette du nouveau directeur, Peter Gelb, connu un succès sans précédent en mettant sur pied, lors de la saison 2006-07, la retransmission en direct de spectacles dans les salles de cinéma.

C'est tout naturellement que l'avenante Beverly Sills, jamais avare d'anecdotes, avait été intronisée présentatrice de ces après-midis, interrogeant avec bonne humeur les artistes lors des entractes. Une de ses dernières facéties — involontaire — aura été de demander à Placido Domingo, amateur de soccer et directeur de l'Opéra de Los Angeles, si l'arrivée de David Beckham dans la ville des anges allait accroître l'intérêt du public pour le hockey! Domingo avait quelque peu bafouillé avant de recadrer, en souriant, le sujet autour du ballon rond... On pardonnait tout à Bubbles.

Une chanteuse pour tous

Née à Brooklyn en 1929, sous le nom de Belle Silverman, d'un père roumain et d'une mère ukrainienne, Beverly Sills aura en effet porté son surnom de Bubbles — donné par sa mère, qui l'avait vue naître une bulle de salive à la bouche — de sa plus tendre enfance jusqu'au faîte de sa gloire.

Son autobiographie parue en 1976 s'intitule d'ailleurs Bubbles: A Self-Portrait. Paraphrasant le célèbre titre de «princesse du peuple» inventé pour Diana, le Boston Globe qualifiait hier Bubbles de «diva du peuple».

Il est vrai que Beverly Sills avait tout pour toucher un vaste public. C'était une voix spectaculaire de soprano colorature, c'est-à-dire une chanteuse particulièrement agile dans des vocalises sur des notes élevées. Sa plus célèbre consoeur dans ce créneau était l'Australienne Joan Sutherland et leur terrain de jeu commun dans les années 60 et 70 fut constitué des opéras de Gaetano Donizetti.

Beverly Sills a forgé une bonne partie de sa légende dans trois rôles de reine dans des oeuvres lyriques de Donizetti: Marie Stuart, Anne Boleyn dans les opéras éponymes et Elizabeth Ire dans Roberto Devereux. Elle a enregistré ces trois rôles — pourtant très lourds pour sa voix — entre 1969 et 1973 dans des disques Westminster devenus légendaires et réunis dans un coffret de CD par Universal, qui a édité, au printemps dernier, un album d'airs intitulé Beverly Sills And Friends.

Coups du sort

Beverly Sills, qui avait pratiqué le chant très tôt, fit ses débuts à Philadelphie en 1947 puis au New York City Opera en 1955. Contrairement à ce qu'on pense, elle est bien plus liée à cette institution, qu'elle dirigea entre 1980 et 1989, qu'au Metropolitan Opera, où elle ne fit ses débuts qu'en 1975, cinq ans avant sa retraite vocale.

Le destin frappa durement la chanteuse, qui donna naissance, en 1959 et 1961, à une fille sourde et à un fils déficient mental, ce qui l'amena à se produire la plupart du temps au cours de ces années à la Boston Opera Company, ville où elle avait élu résidence avec son mari, Peter Greenough, journaliste et riche copropriétaire du quotidien de Cleveland The Plain Dealer. À Boston, elle chanta beaucoup sous la direction de la légendaire Sarah Caldwell.

Parmi les rôles importants de la carrière de Beverly Sills, il y a Cléopâtre dans le Giulio Cesare de Haendel en 1965 à New York, Manon de Massenet au même endroit et Lucia di Lammermoor (Donizetti) à Londres. Elle fit ses débuts à la Scala de Milan et au Met dans le même opéra rare de Rossini, Le Siège de Corinthe, et chanta finalement La Traviata au Met en 1976. L'éditeur VAI a publié en DVD une présentation de La Traviata à San Diego datant de la même année. On trouve sur cette étiquette plusieurs opéras en DVD avec Beverly Sills, hélas enregistrés dans des conditions techniques assez précaires.

Après avoir pris sa retraite des scènes en 1980, Sills s'était totalement arrêtée de chanter et aimait à dire: «Ma voix a eu une longue carrière ininterrompue. Elle mérite de se reposer tranquillement et dignement, sans ressortir du placard de temps en temps, juste pour vérifier ce qu'elle est encore capable de faire.»

La reconversion de la chanteuse en directrice de New York City Opera fut spectaculaire. En dix ans, elle en tripla le budget et réussit à convertir un trou de trois millions en surplus équivalent tout en subissant les contrecoups d'un incendie qui détruisit le matériel scénique de plus de 70 productions.

Surmontant avec humour toutes les adversités de la vie, populaire et proche des gens, toujours prête à aider une oeuvre de charité, Beverly Sills fut aussi la seule diva de l'opéra invitée (en 1979) des célèbres Muppets. Elle y avait chanté, entourée de Miss Piggy et de ses amis porcins, une parodie de Rigoletto, intitulée Pigoletto.

Sur tous les terrains, Bubbles a su mettre en application une de ses devises: «Si vous échouez, vous pouvez être déçu, mais si vous ne tentez rien, vous êtes condamné.»

***

Collaborateur du Devoir






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  • Line Gingras
    Abonné
    mercredi 4 juillet 2007 01h59
    Beau portrait
    « Quel portrait attachant. Je ne connaissais que le nom, vaguement; je veux découvrir la chanteuse. »

  • gilles-benoît thériault
    Inscrit
    mercredi 4 juillet 2007 10h04
    La Reine est morte,Vive la Reine !
    « Une grande perte pour le monde de l'Opéra.Femme et artiste extraordinaire elle laissera le souvenir d'une femme qui n'a jamais baissé les bras face aux différents défis que la vie lui a servie.Prima Donna Assoluta ! »

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