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Entrevue avec Garth et Maud Hudson - Le doux génie du Band est heureux: il crée

Sylvain Cormier   4 juillet 2007  Musique
Maud et Garth proposent un spectacle de jazz et de blues, au Savoy du Métropolis, ce soir à 19h.
Photo : Pascal Ratthé
Maud et Garth proposent un spectacle de jazz et de blues, au Savoy du Métropolis, ce soir à 19h.
Parfois, au milieu d'une phrase, Garth Hudson ferme les yeux. Cinq secondes, dix secondes. C'est long, mesuré en secondes d'entrevue, plus denses que les secondes ordinaires. J'en jurerais, dans ces moments-là, il y a de la musique qui joue dans sa tête. C'est fou comme il ressemble alors au Garth Hudson qui me fascina tant à la fin des années 70 quand je le découvris dans le film de Martin Scorsese, The Last Waltz, fameux document témoin du concert d'adieu du non moins fameux groupe The Band. The Band! Le groupe roots le plus important de l'histoire du rock! Les meilleurs musiciens à avoir jamais accompagné Dylan! The Band, dont Garth Hudson était le claviériste et génie en résidence!

Là, devant moi, en plein foyer du Hyatt, à dix mètres de la salle de presse du FIJM, c'est le même Garth, la même barbe de savant fou (version blanchie), la même impression de concentration absolue quand il ferme les yeux. Le même Garth, à cela près que, dans le film, ses mains incroyablement libres jouaient des notes magiques sur plusieurs claviers à la fois, un orgue Hammond, un synthé. Yeux fermés, hier comme aujourd'hui, je suis certain qu'il échappe à la réalité ambiante et qu'il crée. Chez cet homme-là, la création est prioritaire, l'a toujours été et le sera toujours. Il n'y a qu'à réécouter la fabuleuse intro qu'il improvisa pour la chanson Chest Fever en 1968 ou Every Time I See The Sun, l'extraordinaire pièce de piano solo qui ouvre le tout récent Live At The Wolf, l'album du spectacle de jazz et de blues que Garth propose en duo avec sa compagne, la très soulful Maud Hudson.

Maud et Garth sont mariés depuis 27 ans. Elle se déplace en fauteuil roulant, résultat d'un grave accident de voiture. Ils ne sont pas moins de joyeux tourtereaux, lui à presque 70 ans, elle dans la mi-cinquantaine. Elle rit aux éclats et Garth se marre en douce quand je leur demande pourquoi diable on les a tous deux retenus aux douanes lundi, alors qu'ils étaient attendus à Montréal pour participer au spectacle des Cowboy Junkies. Maud se contente de dire que «les douaniers nous ont trouvés tellement sympathiques qu'ils nous ont gardés avec eux un peu trop longtemps... ».

Maud, aussi gérante et publiciste de Garth, se considère comme «son accompagnatrice» même si elle occupe désormais le centre de la scène. «C'est lui, le centre. La force créatrice. Depuis que je suis avec lui, il n'a jamais cessé de créer.» Garth maugrée. «C'est pas vrai que je crée tout le temps. Je bûche du bois aussi. Et je pêche. Et je chasse.» Il sourit d'un bon sourire. La création a surtout lieu chez les Hudson, dans leur splendide cabane en bois rond des Catskills, pas loin de Woodstock, pas loin de la maison rose où The Band enregistra Music From Big Pink. «Cette période de piano jazz qui commence pour lui, ajoute Maud, il la prépare depuis des années.» Garth lui sourit affectueusement. «C'est pour ainsi dire une deuxième vie pour moi, le jazz. Sans paraître prétentieux, je considère que mon jeu à la main gauche s'est considérablement amélioré depuis que j'ai amorcé cette phase de jazz. Je me sens comme à 19 ou 20 ans, quand on a ce sentiment que toute l'information pénètre en même temps. C'est un vrai renouveau pour moi. Tout me semble possible.» Maud tient à préciser qu'il y a tout de même quelques chansons du Band dans le spectacle. «Ça fera toujours partie de Garth.» Du nombre, It Makes No Difference est dédiée à Richard Manuel et Rick Danko, les deux disparus du Band. «Je m'ennuie d'eux», lâche Garth, qui semble tout à coup perdu dans ses pensées.

Maud le ramène à l'entrevue. Maud est la prise à la terre de Garth. Lorsqu'il se lance dans de complexes explications sur les processus d'apprentissage, elle traduit. Lui parle comme il joue. En explorant à mesure. En circonlocutions où lui seul se retrouve et où seuls les autres musiciens le comprennent. «Nous sommes en train de créer le Garth Hudson Institute, mentionne Maud, un lieu où des musiciens de tous les âges et de toutes les provenances pourront justement bénéficier de toutes ces techniques d'apprentissage que Garth a développées... »

Ils iront «voir Bob» après leur spectacle. «C'est parfait, on finit en même temps que sa première partie», se réjouit Maud. Auront-ils été saluer Van Morrison, sur scène à Wilfrid quelques heures après l'entrevue? «Van est à Montréal?», s'étonnent-ils. Eh oui. C'est presque la réunion des anciens du Last Waltz au FIJM. «Il y a si longtemps qu'on s'est vus... », soupire Garth. J'ai transmis le souhait. La magie de la musique aura fait le reste.

Garth & Maud Hudson, en spectacle au Savoy du Métropolis, ce soir à 19h.

***

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