Keith Jarrett - La grande classe
Keith Jarrett, lors d’une de de ses visitesw au Festival de jazz de Montréal.
Keith Jarrett s'est levé pour tourner frénétiquement la roulette qui ajuste la hauteur de son banc de piano. Gary Peacock (contrebasse) et Jack DeJohnette (batterie) assuraient rythmique et solos pendant l'intervalle. Le foule, elle, gardait le silence en se demandant peut-être: et si Jarrett balance encore son banc hors scène, comme il l'a fait en 1987?
La diva masculine du jazz s'est toutefois rassis pour reprendre le cours de son chorus. On a respiré d'aise. Peut-être ont-ils perfectionné le mécanisme d'ajustement du banc au fil des ans? Ou bien serait-ce simplement que le caractère du pianiste s'est adouci?
Un peu des deux, avancerons-nous. Parce que Jarrett a quand même exigé sèchement à la fin du spectacle que tous les flashs de photos cessent immédiatement. «Sinon, on s'en va.» On précise que c'était pendant les applaudissements, et non durant la performance.
Mais il en va ainsi avec Keith Jarrett: on lui pardonne son caractère exécrable et ses exigences infinies parce que, bon, n'est-il pas le pianiste jazz le plus respecté et adulé dans le monde? Ne dirige-t-il pas le trio le mieux soudé et le plus efficace que compte le jazz contemporain? Un quart de siècle de scènes partagées à relire des classiques avec une approche qui est elle-même devenue un classique, ça compte. Et, en fin de compte, Jarrett ne livre-t-il pas toujours la prestation qu'on attend de lui?
En tout cas, ce qu'on a vu (1h30) de son spectacle de dimanche à la salle Wilfrid-Pelletier fut à la hauteur. Le grande classe. Des solos brillants du pianiste, une rythmique absolument parfaite, une sono sans reproche, une qualité d'écoute du public aussi (pas le choix!), tout était là. La quintessence artistique de l'art du trio proposée par un trio qui fait finalement ce qu'il veut des standards qu'il touche, et qui donne un sens à l'expression «progressiste-conservateur»...
Bref, une bonne soirée. Et elle résume bien ce qu'on ressent depuis jeudi. Vraiment pas de quoi se plaindre. C'est parti avec Wynton Marsalis et son formidable concert d'ouverture: tellement black, tellement jazz, tellement blues, tellement afro-américain, tellement festif et tellement classe. On était encore sous le choc quand on s'est arrêté apprécier le quintette de Dave Holland au Spectrum. Encore ici, un groupe parfaitement uni, efficace à tous égards — composition et improvisation —, qui trace un sillon central et majeur dans le champ du jazz contemporain.
Samedi, premier contact en ce qui nous concerne avec le saxophoniste Joshua Redman. Qui nous a... soufflé. Vous direz que c'est normal pour un souffleur, mais encore faut-il savoir souffler. On veut dire : correctement. Produire un son qui a... un son. Unique. Ce que Redman possède, et qu'il exploite de mieux en mieux avec l'expérience. Son trio (saxophone, basse et batterie) a proposé du jazz explosif, puissant, un pied dans la tradition, l'autre en 2007. Sans le support harmonique d'un piano, Redman sait remplir l'espace sonore: il a de l'ampleur. Dans le son, et la prestance.
Quoi d'autre? Le vieux batteur Roy Haynes nous a fait douter de son âge (82 ans) au Spectrum, samedi. Dieu qu'il était bop! Ça n'arrêtait pas, sax, piano, basse, batterie, ça bopait dans tous les coins, et on s'est pris d'une nostalgie préventive pour ce bon vieux Spectrum qui n'entendra bientôt plus ces notes bleues incandescentes. Alors une petite froide pour passer ça.
Un mot sur le pianiste italien Stefano Bollani, en solo au Gésu dimanche: il est facile d'impressionner un public en piano solo. Beaucoup de notes, croisement de mains, finale en cascade... Mais il est plus difficile d'en dégager un véritable langage, de dire quelque chose et, c'est là le plus grand talent de Bollani, d'évoquer, de suggérer, de murmurer, de raconter. La grande classe, encore.
La diva masculine du jazz s'est toutefois rassis pour reprendre le cours de son chorus. On a respiré d'aise. Peut-être ont-ils perfectionné le mécanisme d'ajustement du banc au fil des ans? Ou bien serait-ce simplement que le caractère du pianiste s'est adouci?
Un peu des deux, avancerons-nous. Parce que Jarrett a quand même exigé sèchement à la fin du spectacle que tous les flashs de photos cessent immédiatement. «Sinon, on s'en va.» On précise que c'était pendant les applaudissements, et non durant la performance.
Mais il en va ainsi avec Keith Jarrett: on lui pardonne son caractère exécrable et ses exigences infinies parce que, bon, n'est-il pas le pianiste jazz le plus respecté et adulé dans le monde? Ne dirige-t-il pas le trio le mieux soudé et le plus efficace que compte le jazz contemporain? Un quart de siècle de scènes partagées à relire des classiques avec une approche qui est elle-même devenue un classique, ça compte. Et, en fin de compte, Jarrett ne livre-t-il pas toujours la prestation qu'on attend de lui?
En tout cas, ce qu'on a vu (1h30) de son spectacle de dimanche à la salle Wilfrid-Pelletier fut à la hauteur. Le grande classe. Des solos brillants du pianiste, une rythmique absolument parfaite, une sono sans reproche, une qualité d'écoute du public aussi (pas le choix!), tout était là. La quintessence artistique de l'art du trio proposée par un trio qui fait finalement ce qu'il veut des standards qu'il touche, et qui donne un sens à l'expression «progressiste-conservateur»...
Bref, une bonne soirée. Et elle résume bien ce qu'on ressent depuis jeudi. Vraiment pas de quoi se plaindre. C'est parti avec Wynton Marsalis et son formidable concert d'ouverture: tellement black, tellement jazz, tellement blues, tellement afro-américain, tellement festif et tellement classe. On était encore sous le choc quand on s'est arrêté apprécier le quintette de Dave Holland au Spectrum. Encore ici, un groupe parfaitement uni, efficace à tous égards — composition et improvisation —, qui trace un sillon central et majeur dans le champ du jazz contemporain.
Samedi, premier contact en ce qui nous concerne avec le saxophoniste Joshua Redman. Qui nous a... soufflé. Vous direz que c'est normal pour un souffleur, mais encore faut-il savoir souffler. On veut dire : correctement. Produire un son qui a... un son. Unique. Ce que Redman possède, et qu'il exploite de mieux en mieux avec l'expérience. Son trio (saxophone, basse et batterie) a proposé du jazz explosif, puissant, un pied dans la tradition, l'autre en 2007. Sans le support harmonique d'un piano, Redman sait remplir l'espace sonore: il a de l'ampleur. Dans le son, et la prestance.
Quoi d'autre? Le vieux batteur Roy Haynes nous a fait douter de son âge (82 ans) au Spectrum, samedi. Dieu qu'il était bop! Ça n'arrêtait pas, sax, piano, basse, batterie, ça bopait dans tous les coins, et on s'est pris d'une nostalgie préventive pour ce bon vieux Spectrum qui n'entendra bientôt plus ces notes bleues incandescentes. Alors une petite froide pour passer ça.
Un mot sur le pianiste italien Stefano Bollani, en solo au Gésu dimanche: il est facile d'impressionner un public en piano solo. Beaucoup de notes, croisement de mains, finale en cascade... Mais il est plus difficile d'en dégager un véritable langage, de dire quelque chose et, c'est là le plus grand talent de Bollani, d'évoquer, de suggérer, de murmurer, de raconter. La grande classe, encore.
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