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Sgt Pepper a visité l'Expo avant le reste de l'Amérique

Sylvain Cormier   2 juin 2007  Musique
Hier, il y a très exactement 40 ans, avait lieu la première audition publique de l'album mythique Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band en Amérique. Non pas à San Francisco, la mecque des hippies, non plus qu'à Los Angeles ou New York, mais bien à... Montréal, sur la pelouse du légendaire Pavillon de la jeunesse à l'Expo. Gracieuseté d'une hôtesse d'Air Canada.

En vérité, quelques privilégiés avaient déjà entendu l'album, pendant les semaines précédant la sortie officielle, le 1er juin en Angleterre et le 2 en Amérique, mais en privé. Ainsi, le musicien David Crosby, qui rendit visite au studio n° 2 dans la grande maison d'enregistrement des disques EMI sur Abbey Road pendant que les Beatles y gravaient pour l'éternité — à l'aide de trois pianos — l'accord de 53 secondes qui clôt A Day In The Life, revint en Californie avec un pressage d'essai de la chanson et le fit jouer aux autres Byrds et à tous leurs amis ébahis. Paul McCartney visita lui-même San Francisco en avril, une fois la dernière session d'enregistrement de Pepper complétée, de sorte que les membres du Grateful Dead, du Jefferson Airplane, des Beach Boys et The Mamas & The Papas en eurent la primeur. Derek Taylor, un intime des Beatles, alors relationniste des Beach Boys, l'entendit dans la Rolls psychédélique de Lennon au début de mai et en rapporta une copie à Los Angeles, laquelle joua sans interruption dans le bureau où l'on préparait le festival pop de Monterey.

Mais c'est d'abord à Montréal que le grand public américain reçut la grande invitation des Beatles, telle que chantée en intro de l'album: «You're such a lovely audience / We'd like to take you home with us.» En 1992, à l'occasion des 25 ans de l'Expo et de Sgt. Pepper, Le Devoir rassemblait les témoins. Gilles Gougeon, aujourd'hui journaliste à Radio-Canada, organisait les débats publics quotidiens au Pavillon de la jeunesse pendant l'été de l'Expo, en plus de produire des émissions de radio et de télévision sur place. Il se souvient avec une émotion non dissimulée de ce 1er juin 1967. «Nous avions demandé à une hôtesse d'Air Canada de nous rapporter le disque le jour même de sa mise en vente à Londres. À son arrivée à Dorval, le disque fut immédiatement apporté à l'Expo. Nous avons largement annoncé l'audition publique du disque. Il y avait des milliers de jeunes [et moins jeunes] assis partout sur les terrains du pavillon dès l'heure du lunch. Vers 16h, nous avons fait tourner le disque dans des haut-parleurs installés partout.»

Et l'ambiance? «C'était comme une cérémonie religieuse. Le silence, l'émerveillement, le délire: toute la gamme des émotions a fait frissonner cette foule bigarrée qui comprenait de nombreux draft-dodgers américains fuyant à Montréal l'obligation de faire la guerre au Vietnam, des gens de tous les pays, des centaines de jeunes Québécois et des Canadiens anglophones, etc. Après une première audition, il a fallu évidemment remettre ça. Le disque a ainsi tourné sans interruption jusqu'à 2h du matin, heure à laquelle l'Expo fermait ses portes. Le lendemain, le disque tournait à la radio.»

Yves Laferrière, compositeur des trames sonores de Jésus de Montréal et de La Femme de l'hôtel, mais aussi bassiste de Contraction et du Ville-Émard Blues Band au début des années 70, s'occupait quant à lui de la programmation des spectacles en anglais au pavillon. «C'est un phénomène qui n'existe plus. La surproduction musicale actuelle banalise tout. En 1967, tout le monde attendait le nouveau Beatles. Qu'allaient-ils faire? On avait appris qu'ils prenaient de l'acide, on savait qu'ils préparaient quelque chose de révolutionnaire. On ne tenait plus en place tellement on avait hâte.»

De fait, les Beatles de 1967 n'avaient plus rien des quatre garçons dans le vent de 1964. Ils arboraient des moustaches victoriennes, portaient de vieux uniformes militaires, ne donnaient plus de spectacles et passaient le plus clair de leur temps en studio. Trois mois et demi de sessions pour un seul album, c'était inouï! À une époque où les microsillons étaient mis en boîte en une semaine, voire une journée, à une époque où l'on enregistrait seulement pendant les heures ouvrables, voilà que les Beatles élevaient la musique populaire au rang d'art, que les sons devenaient leurs palettes et que la volonté de créer une oeuvre valable et durable prenait le pas sur les horaires et les budgets. «Pop music is the classical music of now», affirmait McCartney à la télé. Toute l'industrie musicale en fut transformée.

Gilles Valiquette, déjà fan des Beatles mais pas encore le Gilles Valiquette de Je suis cool, était l'un des auditeurs à l'extérieur du Pavillon de la jeunesse en ce premier après-midi de juin et il ne s'en est jamais remis. «C'était pendant la période des examens à l'école, mais il fallait que je sois là. Personne n'a été déçu. Il y avait tellement de choses à découvrir là-dessus: Sgt Pepper nous a tenus occupés pendant tout l'été 67. Tu l'entendais partout. C'étaient les Beatles à leur maximum, en parfait équilibre entre les performances individuelles et les performances de groupe.»

«Pour ma génération, le 45-tours, le long-jeu, c'était le point de ralliement. Aujourd'hui, les gens sont divertis et sollicités par toutes sortes de choses, mais à ce moment-là, c'est la musique qui était le dénominateur commun. Et le point culminant de toute cette période, ç'a été Sgt Pepper. Quand le disque est sorti, on ne pouvait pas vivre si on ne l'avait pas, c'était pire que n'importe quelle drogue.»

Comme tout le monde, Valiquette a racheté Sgt Pepper en CD, mais il a conservé sa copie originale. «La pochette est tellement usée qu'on peut rentrer le disque par les huit côtés.» Faut-il rappeler que la pochette multicolore s'ouvrait, émerveillement supplémentaire, et contenait une feuille de dessins pop-art à découper? «C'est un des seuls disques de ma collection dont l'étiquette a blanchi à force de chercher le trou.»

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  • Ginette Bertrand
    Inscrite
    samedi 2 juin 2007 03h21
    Quels merveilleux souvenirs!
    « La journée où nous nous sommes procurés le disque, mon copain et moi avons roulé en voiture de 17h à 6h du matin le lendemain à l'écouter sans discontinuer. Il a par la suite servi de toile de fond à d'innombrables soirées et week-ends bien arrosés et "enfumés" pendant tout l'automne et l'hiver qui ont suivi. Nous avons encore la pochette originale qui est la prumelle de nos yeux.

    Le genre de coup de coeur qui arrive une fois dans une vie... où on a l'impression d'entrer dans un portion d'éternité. »

  • Pierre Castonguay
    Inscrit
    samedi 2 juin 2007 03h27
    Sur le riff de guitare de l'avant dernière chanson
    « «So Seargeant Pepper took you by surprise» affirmait John Lennon dans How do you sleep at night en solo au temps d'Imagine.

    Ma cousine Nicole 13 ans, victime d'inceste, m'expliquait en détail les symboles funèbres disséminés au dessus de cette immense fosse fleurie de la pop et tentait quelques semaines plus tard, de se suicider en se jetant devant une auto. Elle réussira lorsqu'elle le fera devant le métro Sauvé six années plus tard.

    C'était pour moi la première prise de conscience d'un pré adolescent avec le potentiel destructeur des guerres et la vanité des victoires militaires : «I saw a film today oh boy, the english army has just won the war»...

    C'était la prise de conscience du libre arbitre : «it's all within yourself no one else can make you change»

    C'était la prise de conscience de ma capacité de survivre aux angoisses existentielles : «I'm fixing a hole when the rain gets in»...

    C'était la prise de conscience de ma sexualité : «What do you see when you turn out the light : I can't tell you but I know it's mine» et mes premières approches auprès des filles et les nombreuses frustrations d'un jeune homme face aux occasions ratées: «took her out and nearly made it...sitting on a sofa with a sister or two»

    La prise de conscience que certains ados qui n'en pouvaient plus fuguaient : «she's leaving home bye bye ...»

    Et cette immense marche sur un fil de fer en équilibre entre las spiritualité des upanishads et ce gouffre du dernier accord conclusif de l'album au piano, entre la désinvolture satyrique d'un Good Morning, et l'affirmation de la fin proche d'un musicien : «Sgt Pepper ... is getting very near the end» préfigurant la dernière question new yorkaise à l'ouverture d'une portière d'automobile: Mister Lennon? Puis une détonation sourde...

    J'attendrai toute une décennie avant que Joni Mitchell ne résume toute cette réflexion dans Hejira : «between the forceps and the stone».

    Dans le paysage d'expo 67, nous marchions toutes ailes déployées, prêt à nous envoler sur les accords de Lucy in the Sky with Diamonds pour apprendre que seul Montréal diffusait la chanson à la radio car LSD était bannie des ondes américaines pour les raisons que l'on connaît.

    Je n'ai jamais touché aux drogues, je trippais tout seul en écoutant Sgt Pepper, ce fut ainsi l'émancipation de mes facultés à plonger dans l'imaginaire sans béquilles sur le riff de guitare de l'avant dernière chanson.

    Pierre Castonguay »

  • Normand Roy
    Abonné
    samedi 2 juin 2007 07h28
    Vraiment révolutionnaire?
    « En 1967, Frank Zappa ant the Mothers of Invention parodiait Sargent Pepper
    avhec leur disque We're only in it for the money avec une musique drôlement plus révolutionnaire et qui ne se prenait pas au sérieux. »

  • Gérard Boutet
    Inscrit
    samedi 2 juin 2007 09h02
    Ah! Quelle époque!...
    « Malgré ce titre assez nostalgique, faut-il admettre, ce disque a été, et est encore un monument de la musique, et plus, du climat de ces grandes années. J'ai aussi usé à la corde ce vinyle que j'avais acheté un peu plus tard. Et quelle ne fut pas ma surprise de constater que la seconde édition diffère légèrement de la première. Alors, si vous avez l'oreille attentive, et que vous possédez encore votre vieux vinyle de la première édition, jouissez-en encore!!! Il vaut sûrement bien plus que vous ne le pensez!!! Sentimentalement parlant!!! Et puis, 40 ans, ça vaut bien la peine de souligner ça en le faisant écouter à nos ados!!! Ça leur fera changement de la médiocrité qu'ils écoutent régulièrement... »

  • Normand Chaput
    Abonné
    samedi 2 juin 2007 11h04
    vieux radoteux
    « je ne me souvient plus de ce que je voulais dire, moi meme etant atteint de la meme maladie »

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