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Classique - BRAHMS. Ein Deutsches Requiem. Dorothea Röschmann, Thomas Quasthoff, Choeur de la Radio de Berlin et Orchestre philharmonique de Berlin, Simon Rattle. EMI 3 65393 2.

Le Requiem allemand de Brahms est l'une des oeuvres les plus incomprises du répertoire. Presque tous les chefs passent à côté de l'espoir et de l'élan qui sont l'essence même d'une partition abordée en général de manière trop éplorée, lente et grandiloquente. Simon Rattle n'est pas le seul, mais, dans les 50 dernières années, il est le premier «grand chef» à la tête d'une «grande formation» à avoir compris la pulsation, les tempos et leurs rapports hiérarchiques. Le dosage de la pédale et la puissante fugue du 3e mouvement, le doux balancement du 4e, la vraie sensation de marche du début du 6e: voici tant de choses évidentes qu'on n'entend presque jamais. Sauf que... Il manque la force enthousiaste du Verbe, il manque l'humanité et la foi, il manque beaucoup de douceur dans le consolateur solo de soprano. Essai plus que méritoire, mais finalement aussi inabouti que ceux de Corboz, Herreweghe et Gardiner, qui laisse la voie libre à Frieder Bernius, dont le disque Carus, lumineux et révélateur, est distribué au Canada par Pelléas. - Christophe Huss

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Classique - BEETHOVEN

Concertos pour piano nos 1 et 2: Yefim Bronfman, Tonhalle-Orchester Zurich, David Zinman. Arte Nova ANO 825870 (Allegro) nos 1 et 3: Mikhaïl Pletnev, Orchestre national de Russie, Christian Gansch. DG 477 6415.

Une révélation et une farce... Bronfman et Zinman n'en finissent pas de nous éblouir dans leur intégrale des Concertos de Beethoven reposant sur une savante relecture. Articulés, détaillés, lumineux, heureux de dépoussiérer des partitions trop connues, les deux artistes ouvrent un livre d'images sonores. Écoutez les interventions de l'orchestre au début des mouvements finaux. Zinman mesure le juste poids des dynamiques et, avec une approche ludique, crée de la transparence. Pletnev, lui aussi, s'amuse. Mais il s'amuse à faire mousser son ego. Petits coups de patte à droite et à gauche, petits effets de manche. Tout cela vire au show pianistique de mauvais goût, soutenu dans son inculture de la tradition allemande par un chef qui ne met pas l'orchestre sur les rails de la noblesse. Ce qu'on entend dans ces deux disques est assez neuf. Mais nouveauté n'est pas forcément synonyme de pertinence. Pletnev se fourvoie là où Bronfman et Zinman nous ouvrent des horizons.

C. H.

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Folk-rock - Hudon-Placard

Hudon-Placard, Disques Fruit

Carl-Éric Hudon et Dany Placard ensemble sur un même disque? Le Placard qui nous avait charmés, fin 2005, avec son disque solo Rang de l'église? Le Hudon qui s'est logé dans notre top-10 l'an dernier avec son album Les tempêtes que l'on avale? Joie, plaisir et allégresse! Sous le vocable Hudon-Placard, les deux auteurs-compositeurs-interprètes ont mis en commun sept chansons inédites entrecoupées de cinq intermèdes musicaux, le tout durant une trentaine de minutes bien trop courte. Si le style de chacun est bien reconnaissable, le folk atmosphérique de Hudon y prend un virage plus poussiéreux alors que le country de Placard prend une nouvelle ampleur, surtout grâce au violon de Julie Brunet et à la guitare de Benoît Fréchette, les potes de Carl-Éric. La fusion se fait donc sans heurt et a même permis la création de quelques petits bijoux, dont Repentigny, Lanternes chinoises et Seul avec mon cheval. Ce petit disque n'a pas la prétention d'en être un grand — on entend les musiciens déconner à quelques reprises — et c'est pour ça qu'on l'aime. À se procurer en spectacle, sur Internet et chez les disquaires indépendants pour une poignée de dollars.

Philippe Papineau

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Chanson - DUOS DUBOIS

Claude Dubois et ses invités, Pingouin - Zone 3 - Sélect

Être doté d'une voix si formidable. Avoir créé tant de grandes chansons. Et se montrer ainsi capable d'une telle petitesse. Ce disque de duos destiné au marché français est une honte. C'est comme si Dubois se crachait dessus: c'est affirmer que ses chansons et sa voix ne valent que cette pochette indigente, cette prise de son bon marché, ces collages d'harmonies vite faits mal faits, ces arrangements si paresseux qu'on jurerait des pistes d'accompagnement de karaoké. Pingre Dubois! Égoïste Dubois! Trouver le moyen de gâcher Le Labrador en imposant sa tonalité à ses «invités» Richard Desjardins et Gilles Vigneault. Indécent. Avilir une chanson aussi essentielle qu'Artistes en laissant André-Philippe Gagnon y faire son Iglesias et son Michael Jackson. Tant de mauvais choix: Corneille s'égosillant dans J'ai besoin pour vivre, Lynda Lemay nivelant d'ennui Comme un million de gens, etc. Tout n'est pas désastreux: Bruel, Cabrel, Céline même, font l'impossible pour relever le niveau. Ça ne lave pas l'affront. Si vous avez un jour aimé Claude Dubois, de grâce, n'achetez pas ce disque.

Sylvain Cormier

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Rock'n'roll - LAST MAN STANDING LIVE CD + DVD

Jerry Lee Lewis & Guests, Shangri-La - Koch

Il devrait être mort. Cent fois. Mais cent vies en 71 ans, ça use un homme, fût-il le Killer pas tuable du rock'n'roll. Remarquez, ça s'entend moins que ça se voit: c'est bien pourquoi Last Man Standing, l'incroyable album de duos paru l'an dernier, impressionne plus que Last Man Standing Live, le spectacle de l'album en CD + DVD. La voix est pareillement ferme, le phrasé tout aussi pile poil, les doigts pas moins lestes, mais voir ainsi Jerry Lee bouffi, le regard vide, désespérément assis (sauf à la toute fin, titre oblige), crève le coeur. Ça n'enlève rien à tous ces gens de qualité venus chanter avec lui, à Norah Jones qui lui tend Crazy Arms avec toute la tendresse du monde, à John Fogerty qui lui rappelle le temps d'un Good Golly Miss Molly ce que c'était que du rock'n'roll dans le tapis, à Tom Jones qui offre son Green Green Grass Of Home comme un cadeau pour services rendus, aux Chris Isaak, Willie Nelson, Buddy Guy, etc. Le band est formidable (Kim Keltner, Ivan Neville, Nils Lofgren, entre autres), presque tout le monde est à la hauteur. Il n'y a que les caméras en trop.

S. C.

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Monde - DJIN DJIN

Angélique Kidjo, Razor & Tie - Sony BMG

La Kidjo, c'est d'abord une voix: une voix de convictions qui explose en puissance, mais une voix souple et sensuelle qui chante en choeur ses racines partagées. Une voix de tripes, qui grince, qui déchire, et pour laquelle tant de tambours ne cesseront de battre. De celles qui à elles seules soufflent sur des continents entiers. À cause de cela, on lui pardonne volontiers la direction artistique inégale de ses plus récentes réalisations. Si chacun de ses disques propose un rendez-vous avec la vérité de l'artiste, on ne sait toujours pas résister à la tentation du formaté, du prévu, version américaine. Et c'est encore le cas ici. Après une trilogie black américaine plurielle, revoici Kidjo dans un répertoire plus proche de celui de ses sources béninoises, et cela lui convient à merveille. Mais on a voulu envelopper le projet de la participation d'une pléiade de pointures: Alicia Keys, Brandford Marsalis, Peter Gabriel, Amadou et Mariam, Ziggy Marley, Carlos Santana et Josh Groban. S'en dégagent toutefois de formidables duos vocaux, des pièces bellement sautillantes ou plus funky ainsi que cette version de Gimme Shelter, des Stones.

Yves Bernard






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