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Salle de l'OSM: PPP sans appel d'offres

Antoine Robitaille   16 mai 2007  Musique
Monique Jérôme-Forget s’est déjà prononcée contre «le gré à gré» en matière de PPP.
Photo : Clément Allard
Monique Jérôme-Forget s’est déjà prononcée contre «le gré à gré» en matière de PPP.
Québec — L’Agence des partenariats public-privé du Québec a accordé à la firme Price Waterhouse Coopers des contrats sans appel d’offres public pour des sommes totalisant quelque 430 000$ à l’automne 2006, dans le cadre du projet de la salle de l’orchestre symphonique, un PPP actuellement en préparation.

La notion d’appel d’offres est pourtant au coeur des principes mis en avant par la ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. Dans une récente entrevue au Devoir, où elle dénonçait l’absence d’appel d’offres dans le cadre du projet Îlot voyageur de l’UQAM, Mme Jérôme-Forget lançait: «nous, on est contre le gré à gré». Le président de l’Agence des PPP, Pierre Lefebvre, lui-même un ancien de Price Waterhouse Coopers (PWC), a aussi souligné, lors d’un entretien avec Le Devoir que l’appel d’offres était un des «principes directeurs de la Politique-cadre sur les PPP»: «il faut qu’il y ait un marché concurrentiel, pour que le gouvernement ait le meilleur prix. S’il n’y a pas de marché concurrentiel, c’est qu’il y a un contrat de gré à gré», a-t-il expliqué.

Or, lors de la préparation de «l’appel de qualification» du PPP de la salle de l’OSM, qui a été lancé le 15 décembre en grande pompe à Montréal, l’Agence des PPP a embauché à prix fort l’ancien employeur de M. Lefebvre pour préparer l’appel de qualification, première étape d’un PPP. Selon des documents obtenus par Le Devoir en vertu de la loi d’accès à l’information, la firme Price Waterhouse Coopers a facturé à l’Agence des PPP 48 697,50 $ au mois d’août, 98 957,50 $ au mois de septembre et 278 632,50 $ aux mois d’octobre et novembre. Pour le mois de novembre seulement, un «chargé de projet/professionnel sénior» a facturé 234,5 heures à l’agence au taux horaire de 325 $, pour la rondelette somme de 76 212,50 $. Pour le même mois, des «spécialistes processus PPP» ont facturé 357,3 heures au taux horaire de 225 $, pour une facture totale de 80 392,50 $ notamment pour la «modélisation financière, dossier d’affaires et préparation de la présentation relative au dossier d’affaires». En octobre, PWC avait facturé 120 887,50 $.

Selon M. Lefebvre ces chiffres sont normaux: «On était dans une période que j’appellerais un “crunch” où plusieurs personnes, tant chez Price Waterhouse qu’au ministère de la Culture, ont travaillé d’arrache-pied pour faire en sorte que l’on soit prêt à lancer un appel de qualification».

Des raisons
Le règlement sur les contrats d’approvisionnement, de construction et de services des ministères et des organismes publics est formel: «Un contrat ne peut être conclu que s’il a été précédé d’un appel d’offres, sauf lorsque le montant du contrat est inférieur à:
1) 5000 $ pour un contrat d'approvisionnement;
2) 10 000 $ pour un contrat de services auxiliaires;
3) 25 000 $ pour un contrat de construction ou de services professionnels.» Mais le président de l’Agence des PPP, M. Lefebvre, a demandé — et obtenu — une dérogation au Conseil du trésor pour PWC. Selon lui, «il y a de très bonnes raisons» qui militaient en faveur de cette dérogation. La première est que PWC avait travaillé, il y a quelques années, dans une autre version du dossier de l’OSM, un projet bien antérieur à la création de l’Agence des PPP. Selon M. Lefebvre, «aller en appel d’offres [en 2006] et changer de firme en plein milieu [du processus] aurait pu occasionner des coûts supplémentaires parce qu’il aurait fallu que les firmes réapprennent totalement le dossier». Des mois «auraient été perdus», a-t-il fait valoir. Or, le gouvernement Charest, qui voyait les élections approcher, tenait à faire une annonce pour la métropole en décembre, a-t-on appris.

C’est pour éviter qu’une nouvelle firme prenne le dossier que M. Lefebvre a pris la décision de «demander une dérogation au Conseil du trésor». Pourtant, de l’aveu de M. Lefebvre, il a fallu «tout annuler et tout recommencer» concernant le processus d’appel d’offres lancé en 2002 par le gouvernement Landry, dans une ère pré-PPP. Autrement dit, une bonne partie du travail effectué à cette époque où la Société Immobilière du Québec était maître d’oeuvre du projet avait été jeté au panier.
Outre le fait que PWC connaissait le dossier, M. Lefebvre a indiqué que «deux ou trois autres raisons» avaient été invoquées pour réclamer la dérogation. Mais l’Agence a refusé de transmettre au Devoir la correspondance relative à cette demande. M. Lefebvre affirme que l’Agence «s’est assurée que […] les taux horaires représentaient le marché. Ce n’était pas une entente qui était inhabituelle au niveau des taux».

L’agence des consultants
Par ailleurs, selon les documents obtenus par Le Devoir, l’Agence des PPP a dépensé plus que prévu en 2006-07 pour ce qui est des contrats avec les consultants externes qu’elle a embauchés dans les PPP qu’elle est en train de préparer. Outre la salle de l’OSM, il y a les autoroutes 25 et 30, sept haltes routières et les mégaprojets du CHUM et du CUSM. Dans les prévisions budgétaires de l’Agence des PPP pour l’exercice financier 2006-07 (qui s’est terminé en avril), l’Agence prévoyait dépenser 2,8 millions $ pour embaucher des consultants externes. Or, selon une compilation effectuée par Le Devoir, l’Agence a dépensé plus de 3 067 780,90 $. Ce chiffre, selon les informations obtenues à l’Agence, n’est pas complet. Plusieurs factures des premiers mois de l’année 2007 n’étaient pas disponibles. La raison: les factures étaient étudiées par le Vérificateur général du Québec (VGQ), qui a entrepris l’an dernier une vaste «vigie» relative aux projets de modernisation des CHU. Le 3 juillet 2006, au terme d’un appel d’offres cette fois, l’Agence des PPP annonçait qu’elle retenait deux firmes pour «l’élaboration des dossiers d’affaires initiaux des composantes des projets envisagés en PPP». Notons que Price Waterhouse Coopers a reçu le mandat d’effectuer «l’analyse comparative des coûts et bénéfices du mode PPP et de l’approche conventionnelle pour la réalisation de certaines composantes des projets de modernisation du CUSM». Jusqu’à maintenant, la firme a facturé 708 500,50 $, sans compter les montants manquants en raison de la vigie du VGQ.






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  • Guillaume Boucher
    Inscrit
    mercredi 16 mai 2007 07h46
    Conflit d'intérêts
    « "Notons que Price Waterhouse Coopers a reçu le mandat d'effectuer «l'analyse comparative des coûts et bénéfices du mode PPP et de l'approche conventionnelle pour la réalisation de certaines composantes des projets de modernisation du CUSM»"
    Comment peut-on s'attendre à un rapport objectif sur l'efficacité des PPP quand c'est un client potentiel (ou actuel dans ce cas-ci) qui analyse la situation?
    Et comment peut-on croire à l'intégrité du président de l'Agence quand celui-ci
    1) fait appel dès que possible à son ancien employeur;
    2) facilite dès que possible la dérgogationm en faveur du même employeur sous des prétextes plus que douteux?
    La crédibilité des PPP, déjà chancelante lors de leur première exposition au public, vient de s'affaiblir davantage. Peut-on sincèrement croire que le gouvernement Charest oeuvre en fonction du bien du Québec et non d'un patronnat qui place ses pions au coeur même de l'appareil d'état?
    Vivement les prochaines élections!
    Guillaume Boucher »

  • Robert Bordeleau
    Inscrit
    mercredi 16 mai 2007 07h54
    Plus çà change plus c'est pareil
    « Encore une fois on joue avec notre argent, il y a continuellement des dépassements de coût et ce toujours pour favoriser NOS amis .... je suis d'accord de favoriser nos amis lorsqu'ils ont l'expérience et l'expertise nécessaires à effectuer le boulot, mais pas à n'importe quel prix.

    Quand va-t-on avoir des gouvernements responsables qui vont gérer notre argent comme si c'était le leur? »

  • Alexandre Guité
    Inscrit
    mercredi 16 mai 2007 09h12
    Un cas typique de gaspillage de fond public.
    « Quelqu'un voudrait me faire croire qu'il était essentiel de payer 300$ de l'heure pour monter un document d'appel d'offres?

    C'est ridicule, une honte. Suivez la traqce de cet argent et vous trouverez de belles contributions au parti.

    Oui, oui tout est légal, bien sûr.

    je suis écoeuré, déprimé, j'ai mal à la tête, J'ai mal au derrière, y a t'il quelqu'un qui va nous sortir de là?

    Et pas un chroniqueur de La Presse pour voir quelques chose d'anormal là-dedans n'est-ce pas? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 16 mai 2007 09h30
    PAS PAYANT PANTOUTE ?
    « Notre bon gouvernement nous assure que les PPP vont lui faire économiser de l'argent. Ça veut dire que si ça va lui coûter moins cher qu'avant pour un contrat donné, ça veut aussi dire moins de profit pour les contracteurs.

    Question : Est-ce que les contracteurs en mettaient trop dans leurs poches dans le bon vieux temps "avant les PPP" ou s'ils vont devoir faire faïllite maintenant que ça sera moins "payant" pour eux ?

    Question un peu délicate et réponse encore plus difficile ! »

  • Benoit Coté
    Inscrit
    mercredi 16 mai 2007 09h58
    PPP... promoteur - promoteur - promoteur
    « Les ppp sont une manière détournée pour réaliser des projets, qui au bout du compte, permet à des promoteurs privés de s'en mettre plein le poches. On a déjà dépensé plus de 700 000.00 pour le projet de l,OSM et les professionnels ne sont même pas encore engagés. C'est anormal, c'est une vision que le projet va couter un montant seulement, mais on ne comptabilise pas les coûts paralèlles qui sont exhorbitants et qui permettent à bien des gens de se faire de l'argent. De plus, il est grand temps que le gouvernement réalise qu'un promoteur construit pour faire de l'argent seulement, donc bien souvent avec des manières moins durables, qui finalement seront plus couteuse pour le gouvernement. »

  • Denis Rousseau
    Inscrit
    mercredi 16 mai 2007 11h51
    Salle de l'OSM et enrichissement du privé
    « À voir comment ce projet évolue, à constater les sommes énormes qui y sont déjà investies alors que la première "pelletée de terre" est encore loin d'être faite, on a mal au coeur et on devient comme révolté de voir nos gouvernements se pourfendre de grandiloquentes déclarations à l'endroit des plus démunis, tandis qu'en même temps ils garochent littéralement notre, oui notre argent à leurs amis du privé qui pigent à pleines mains dans la manne ... Toutes les raisons sont bonnes!! Et pendant ce temps, on ergote sur les prestations aux assistés sociaux qu'on trouve trop élevées !C'est de la vraie merde ! Il n'y a pas d'autre qualificatif à utiliser ! »

  • Dominique Gervais
    Inscrit
    vendredi 18 mai 2007 11h02
    On se fait fourer joyeusement.
    « Moi y a une affaire que je comprends pas... Tout est chiffré, et avec la commission d'accès à l'information, on a accès à tout ce qu'il faut pour démontrer qu'on se fait fourrer en quelque part. Comment ça que ces gens là continuent à faire ça tout en sachant les risques qu'ils prennent ? Ils pensent que le monde vont gober tout ce qu'ils disent, malgré les mensonges et les contradictions, et qu'ils vont s'en calisser ?? Sûrement... parce ça passe sous le nez de la population et elle semble s'en fouttre pas mal. Malgré que c'est pas plus médiatisé qu'il le faut quand on y pense, et c'est assez complexe à comprendre, c'est prend du temps et une bonne tête pour bien comprendre comment on se fait avoir là-dedans. »

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