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Enjouée, l'enjôleuse

Sylvain Cormier   14 mai 2007  Musique
Samedi soir, Norah Jones n’a pas caressé que les touches du piano, mais elle a aussi gratouillé la guitare électrique: une Stratocaster rouge, qui lui va à ravir.
Photo : Pascal Ratthé
Samedi soir, Norah Jones n’a pas caressé que les touches du piano, mais elle a aussi gratouillé la guitare électrique: une Stratocaster rouge, qui lui va à ravir.
Il paraît qu'elle endormait ses auditoires, vissée sur son banc de piano, pas causante, intimidée, réfugiée dans sa bulle. Il faut croire que la bulle a pété. Et Norah Jones semble si contente d'en être sortie qu'elle s'aventure jusque dans la première partie de ses spectacles. Samedi soir au Saint-Denis, même pas assez sage pour attendre son tour, elle a rejoint l'excellent guitariste-chanteur M. Ward. Pour trois chansons. De toute évidence, sa partie à elle n'allait pas être soporifique. Les préjugés allaient tomber comme les bouseux dans les films de Leone.

D'abord, la station assise. Sachez que Norah Jones ne caresse pas que ses ivoires, mais gratouille de la guitare. Électrique: une Stratocaster rouge, qui lui va à ravir. Avec un capo rouge assorti. Tout est rouge (rouge baiser? rouge passion?) dans le nouveau monde de Norah Jones: la jolie robe, le plancher de scène, jusqu'aux moniteurs qui sont drapés de rouge.

Et puis ouste la frigorifiante à la voix calorifère (il paraît que l'on chopait des rhumes, avant, vu l'écart de température). Juré craché, Norah Jones est capable de s'amuser sur scène. De sautiller de plaisir, telle Reese Whitherspoon incarnant June Carter dans Walk The Line. De glousser, même. Samedi, Norah-la-pas-drôle a rigolé comme une gamine (de 28 ans qui en paraît seize) avec sa copine choriste et multi-instrumentiste Daru Oda (elles sont copines depuis l'adolescence, nous a confié Norah-la-jasante). Et elle a dit des bêtises. Exemple: en intro de la splendide Sunrise, tout un petit laïus sur les après-midi des vedettes pop qui sont les matins des autres, si j'ai bien compris.

On se dit que cette Norah Jones plus confiante, plus dégourdie, a bénéficié de ses récentes escapades. Avec son groupe punk, El Madmo, et son groupe de willienelsonophiles, The Little Willies, elle s'est lâchée lousse. Et une fois lâchée lousse, même ses 30 millions d'albums ne l'écrasent plus. Mais attention! Relativisons. Norah Jones, c'est encore la douceur incarnée, c'est encore cette qui susurre Those Sweet Words, The Sun Doesn't like You, Thinking About You et toutes ces ballades délicieusement feutrées, données en versions lentes à la limite de l'immobilisme, gouttes d'eau sur peau brûlante. Mais Norah Jones est dorénavant une country-girl qui s'assume, fille de Ravi certes, mais surtout fille du Texas, swinguant Creepin' In en quasi rockabilly, clapotant d'aise dans une version marécageuse à souhait du Green River de Creedence Clearwater Revival, se noyant presque dans Sinkin' Soon (évocation de La Nouvelle-Orléans inondée) bref, baignant la plupart du temps dans la grande marmite de jus de racines du Sud.

Elle a aussi chanté du Willie Nelson (Hands on the Wheel) et du Tom Waits (Long Way Home, du récent coffret Orphans): comprenez que Norah Jones s'est fait plaisir. Qu'elle a pris du bon temps avec son Handsome Band. Et avec nous. Et que nous avons été, pour la première fois en sa compagnie, non seulement charmés, mais inclus dans le party.






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