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Jazz - Sonny Rollins n'est pas prêt à souffler sa dernière note Charles J. Gans

7 mai 2007  Musique
Germantown, New York — Les photos de Charlie Parker, Thelonious Monk, Miles Davis et d'autres musiciens qui décorent le studio de la résidence de Sonny Rollins sont tellement nombreuses que l'on a l'impression d'entrer dans un Panthéon du jazz. Mais aux yeux du saxophoniste ténor, ces photos sont une façon de se souvenir d'amis et mentors décédés avec qui il a déjà partagé la scène.

À titre de l'un des derniers survivants de l'âge d'or du jazz — les années 1940 jusqu'au début des années 1960 —, Sonny Rollins tient absolument à poursuivre la tradition et à éviter de décevoir son public.

«Durant un concert, je suis très conscient du fait que je dois tenter d'aller chercher les gens, dit-il. Je dois jouer d'une façon qui, selon moi, est digne du vrai Sonny Rollins et du vrai jazz, à un niveau qui soit le meilleur possible.»

Encore à 76 ans, Sonny Rollins continue d'accepter de nouveaux défis. Son récent disque appelé Sonny, Please, en lice pour un trophée Grammy, est son premier en cinq ans. Le titre a été inspiré par les mots que prononçait souvent sa défunte épouse Lucille quand elle était exaspérée par son comportement. L'album comprend des chansons originales et des reprises, un amalgame des différents thèmes qui ont marqué sa carrière.

Le festif morceau jazz calypso Park Palace Parade, baptisé en l'honneur de la salle de danse de Harlem où il a entendu jouer des musiciens des Caraïbes durant son enfance, met en relief ses racines antillaises. Son air populaire, St. Thomas, inspiré d'une chanson calypso traditionnelle que lui chantait sa mère, avait d'abord été présenté sur l'album qui l'avait fait connaître en 1956, Saxophone Colossus.

Dans son morceau de blues Remembering Tommy, Sonny Rollins rend hommage au défunt pianiste Tommy Flanagan, qui l'a accompagné lors de l'enregistrement de plusieurs albums, dont Saxophone Colossus.

Un regard rapide sur les photos dans son studio, qui se trouvent à quelques pas de sa maison de ferme du XIXe siècle, rappelle que Sonny Rollins est sans doute l'un des rares saxophonistes encore vivants à avoir joué avec les autres saxophonistes ténors qui ont fortement marqué la façon de jouer l'instrument archétypal du jazz moderne: Coleman Hawkins, dont l'enregistrement Body and Soul a inspiré l'adolescent Rollins, l'amenant à adopter le saxophone ténor; Lester Young; Ben Webster; et son ami intime John Coltrane, qui était un instrumentiste d'appoint peu connu quand Sonny Rollins l'a invité à mener un duel énergique sur la chanson titre de l'album Tenor Madness, distribué en 1956.

Sonny Rollins s'arrête, caresse sa barbe grisonnante de ses longs doigts, puis avec son habituel humour modeste il fait remarquer: «Vous m'avez fait penser à quelque chose. Je devrais jouer mieux que je ne le fais maintenant après avoir joué avec tous ces gars-là... Vaudrait mieux que je me remette au travail.»

De tels commentaires surprendront peut-être les fans du saxophoniste, qui le considèrent comme le plus grand improvisateur de jazz encore vivant. Mais c'est la propension de Sonny Rollins à s'autoflageller — il trouve «insoutenable» d'écouter ses anciens enregistrements parce qu'il y trouve sans cesse des défauts — qui l'amène à jouer à tous les jours, et donc à rester encore aujourd'hui l'un des piliers du monde du jazz.

«Je ne considère pas encore que j'en ai assez appris, il m'en reste encore bien plus à apprendre», dit-il.

Ce que recherche Sonny Rollins, ce sont ces rares moments de grâce, où il a le sentiment d'être au sommet de sa créativité.

«Tu as comme l'impression de sortir de ton corps, tente-t-il d'expliquer. Le vide se fait dans ma tête. Quand je sens que ça y est vraiment... Je suis simplement là et je suis presque en mesure de me regarder jouer.»

L'an dernier, Rollins a été élu l'artiste jazz par excellence et meilleur saxophoniste ténor par les lecteurs des revues Downbeat et Jazz Times.
 
 
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