Vitrine du disque
Compilation
A TRIBUTE TO JONI MITCHELL
Artistes divers
Nonesuch - Warner
En 1992, on avait déjà fait le coup de l'album-hommage à Joni Mitchell: le disque, intitulé Back To The Garden, n'était pas trop dommageable, affaire modeste n'incriminant que des artistes canadiens alors inconnus ou montants (Sloan, Spirit Of The West). Ce nouvel hommage a de l'ambition et de gros noms: ça part mal.
De fait, ça part dans toutes les directions, bonnes et mauvaises. Cela va de l'amusant exercice de style (Free Man In Paris, pétaradant de cuivres, par Suftan Stevens) à l'irritation cutanée (The Boho Dance, déconstruite pour rien par Björk) en passant par la grande classe (Don't Interrupt The Sorrow, revisitée sans effraction par l'exceptionnel Brad Meldhau au piano solo). Entre les trop nombreuses génuflexions (Sarah McLachlan rééditant Blue à l'identique, k.d. Lang se prenant carrément pour Joni, Emmylou Harris agréable mais sans éclat) et les trop rares véritables réinventions (notamment Prince, tout à fait brillant et soulful dans A Case Of You), on n'arrive pas indemne au bout de l'album. Joni Mitchell non plus: elle méritait plus de constance.
Sylvain Cormier
Rock
TWELVE
Patti Smith
Columbia - Sony-BMG
En 1975, enragée punk, elle nous crachait My Generation (The Who) et Gloria (Them) à la figure: manifeste d'existence en forme d'agression. En 1978, elle chantait Springsteen — définitive version de Because The Night — tout aussi passionnément mais sans hargne: elle avait sa place. On allait dorénavant la suivre, chaque nouveau disque attendu comme un repère nécessaire. Pas de trahison, pas de déception: toujours la même rigueur, la même pertinence, la même voix tranchant dans le gras. En cela, cet album de reprises n'est pas différent des onze précédents: il s'agit pour Patti Smith d'approfondir, d'enlever aux chansons les vieilles couches de vernis appliquées par mille millions de diffusions dans les stations oldies but goodies et d'en révéler la vérité oubliée. Ainsi avons-nous l'impression d'entendre Within You Without You (des Beatles), Soul Kitchen (des Doors) et même l'hymne national grunge Smells Like Teen Spirit (de Nirvana) pour la première vraie, intelligible fois. Chanter autrui, comprend-on, c'est aussi se chanter soi-même. Admirable.
S. C.
Monde
COLOMBIA
The Golden Age of Discos Fuentes - The Powerhouse of Colombian Music, 1960-76
Artistes Variés
Discos Fuentes - Soundway
Le producteur Miles Cleret cherche les étoiles mais découvre les éclairs de génie et le tonnerre qui grondait sur les percussions d'une époque révolue: des musiques afro vintage, partiellement dépoussiérées, aux rythmiques redoutables. Après avoir livré les richesses des trésors cachés dans les rues de Lagos et d'Accra, il concentre ici ses efforts sur le label Fuentes, figure de proue de la cumbia, cette mythique musique nationale colombienne au tempo modéré, à la syncope engageante et aux arrangements jadis inspirés des big bands de jazz qui, dans les années 60 et 70, a maintes fois rappelé l'énergie de la salsa. On y découvre de tout: l'histoire de son héros, Fruko, sa basse qui traînasse grassement, un son cru, du piano percussif à la métrique irrégulière, volontairement décalée, des attaques parfois hésitantes, de la musique de carnaval désaccordée, de la flûte au son tellement poétique qu'elle pourrait évoquer celui des synthés vieillots, de l'afro funk et du montuno improvisé avec éclat.
Yves Bernard
Monde
TODAVIA
Intakto
Justin Time - Fusion III
Prendre dans mes bras les étoiles en dormant avec toi... Devenir le troubadour de ton amour libérateur... Des frontières, ne retenir que l'air... Alejandro Venegas, interprète à la voix fluide, laisse couler en espagnol ces éclairs de poésie. Issu de la mouvance de la nueva canción chilienne, période Allende, le Montréalais navigue depuis toujours entre tango-passion et chanson à texte, une chanson romantique aux mots universels, non dénués de portée sociale. Alejandro chante sensuellement alors que son comparse Simon Claude, violoniste de formation classique, confère une forte dose de lyrisme rappelant parfois la blessure tzigane, compose dans l'esprit piazzollien et prend plaisir à confronter les rêveries du premier avec des élans plus intenses. Pour ce deuxième album, le groupe montréalais accorde plus de place au piano et aux percussions. S'en dégagent des arrangements plus fins, des boléros qui ramènent à une certaine douceur, deux classiques du grand Astor qui mènent à une déchirure moins violente que les versions de l'auteur, une guajira déconstruite, et toujours cette rondeur sonore et cette homogénéité de plus en plus accomplie.
Y. B.
Classique
FAURÉ
Requiem. Ave Verum. Ave Maria.
Tantum ergo. Messe des pêcheurs de Villerville. Ana Quintans (soprano), Peter Harvey (baryton), Ensemble vocal de Lausanne, Sinfonia Varsovia, Michel Corboz. Mirare MIR 028 (SRI)
Michel Corboz, pourtant auteur d'une version dite de référence du Requiem de Fauré, parue chez Erato, revient pour la troisième fois au disque vers cette partition. Mais cette fois-ci, c'est enfin vers la version originale de 1893 que Corboz se tourne. Restaurée par le musicologue Jean-Michel Nectoux, cette mouture, présentée par Jean Marie Zeitouni à Lanaudière en 2006, s'impose d'évidence par son intimisme, sa sobre beauté et ses couleurs automnales. À l'exception d'un solo dans le Sanctus, il n'y a pas de violons et les dimensions sont plus humaines: une chapelle musicale face à la cathédrale symphonique bien connue, boursouflée pour les besoins d'une exécution au Trocadéro lors de l'Exposition universelle de 1900 à Paris. Ce «vrai» Requiem de Fauré a été enregistré par Philippe Herreweghe, hélas lesté d'une soprano maniérée. Le CD de Corboz devient la nouvelle référence, car c'est un enregistrement poignant, culminant dans un Libera me lent et déchirant.
Christophe Huss
Classique
BACH
Variations Goldberg (version pour trio). Julian Rachlin (violon), Nonuko Imai (alto), Micha Maisky (violoncelle). DG 477 6378
Voici une nouveauté sur laquelle je me suis précipité tant la découverte, en 1985, de la transcription pour trio à cordes des Variations Goldberg par Dmitri Sitkovetski (dédiée à la mémoire de Glenn Gould) fut un des chocs musicaux les plus mémorables de ma vie. Contrairement à ce qu'écrit DG, cette adaptation ne peut pas dater de 1985 puisque le disque Orfeo, avec le transcripteur au violon et Gérard Caussé à l'alto, a été enregistré en novembre 1984. Mischa Maisky était déjà de cette première formation, dignement concurrencée en 1998 par un CD du Trio Gaede chez Tacet. Il est dommage que Maisky n'ait pas retenu davantage de leçons de la simplicité lumineuse de son premier enregistrement. Ce nouveau disque déçoit par la manière alambiquée de vouloir faire de chaque variation un «tableau sonore» dans une approche musicale outrancièrement romantique. Si l'énergie des mouvements vifs est souvent plaisante, le côté larmoyant des mouvements lents (Aria, Variations XIII et XV) finit vite par agacer.
C. H.
A TRIBUTE TO JONI MITCHELL
Artistes divers
Nonesuch - Warner
En 1992, on avait déjà fait le coup de l'album-hommage à Joni Mitchell: le disque, intitulé Back To The Garden, n'était pas trop dommageable, affaire modeste n'incriminant que des artistes canadiens alors inconnus ou montants (Sloan, Spirit Of The West). Ce nouvel hommage a de l'ambition et de gros noms: ça part mal.
De fait, ça part dans toutes les directions, bonnes et mauvaises. Cela va de l'amusant exercice de style (Free Man In Paris, pétaradant de cuivres, par Suftan Stevens) à l'irritation cutanée (The Boho Dance, déconstruite pour rien par Björk) en passant par la grande classe (Don't Interrupt The Sorrow, revisitée sans effraction par l'exceptionnel Brad Meldhau au piano solo). Entre les trop nombreuses génuflexions (Sarah McLachlan rééditant Blue à l'identique, k.d. Lang se prenant carrément pour Joni, Emmylou Harris agréable mais sans éclat) et les trop rares véritables réinventions (notamment Prince, tout à fait brillant et soulful dans A Case Of You), on n'arrive pas indemne au bout de l'album. Joni Mitchell non plus: elle méritait plus de constance.
Sylvain Cormier
Rock
TWELVE
Patti Smith
Columbia - Sony-BMG
En 1975, enragée punk, elle nous crachait My Generation (The Who) et Gloria (Them) à la figure: manifeste d'existence en forme d'agression. En 1978, elle chantait Springsteen — définitive version de Because The Night — tout aussi passionnément mais sans hargne: elle avait sa place. On allait dorénavant la suivre, chaque nouveau disque attendu comme un repère nécessaire. Pas de trahison, pas de déception: toujours la même rigueur, la même pertinence, la même voix tranchant dans le gras. En cela, cet album de reprises n'est pas différent des onze précédents: il s'agit pour Patti Smith d'approfondir, d'enlever aux chansons les vieilles couches de vernis appliquées par mille millions de diffusions dans les stations oldies but goodies et d'en révéler la vérité oubliée. Ainsi avons-nous l'impression d'entendre Within You Without You (des Beatles), Soul Kitchen (des Doors) et même l'hymne national grunge Smells Like Teen Spirit (de Nirvana) pour la première vraie, intelligible fois. Chanter autrui, comprend-on, c'est aussi se chanter soi-même. Admirable.
S. C.
Monde
COLOMBIA
The Golden Age of Discos Fuentes - The Powerhouse of Colombian Music, 1960-76
Artistes Variés
Discos Fuentes - Soundway
Le producteur Miles Cleret cherche les étoiles mais découvre les éclairs de génie et le tonnerre qui grondait sur les percussions d'une époque révolue: des musiques afro vintage, partiellement dépoussiérées, aux rythmiques redoutables. Après avoir livré les richesses des trésors cachés dans les rues de Lagos et d'Accra, il concentre ici ses efforts sur le label Fuentes, figure de proue de la cumbia, cette mythique musique nationale colombienne au tempo modéré, à la syncope engageante et aux arrangements jadis inspirés des big bands de jazz qui, dans les années 60 et 70, a maintes fois rappelé l'énergie de la salsa. On y découvre de tout: l'histoire de son héros, Fruko, sa basse qui traînasse grassement, un son cru, du piano percussif à la métrique irrégulière, volontairement décalée, des attaques parfois hésitantes, de la musique de carnaval désaccordée, de la flûte au son tellement poétique qu'elle pourrait évoquer celui des synthés vieillots, de l'afro funk et du montuno improvisé avec éclat.
Yves Bernard
Monde
TODAVIA
Intakto
Justin Time - Fusion III
Prendre dans mes bras les étoiles en dormant avec toi... Devenir le troubadour de ton amour libérateur... Des frontières, ne retenir que l'air... Alejandro Venegas, interprète à la voix fluide, laisse couler en espagnol ces éclairs de poésie. Issu de la mouvance de la nueva canción chilienne, période Allende, le Montréalais navigue depuis toujours entre tango-passion et chanson à texte, une chanson romantique aux mots universels, non dénués de portée sociale. Alejandro chante sensuellement alors que son comparse Simon Claude, violoniste de formation classique, confère une forte dose de lyrisme rappelant parfois la blessure tzigane, compose dans l'esprit piazzollien et prend plaisir à confronter les rêveries du premier avec des élans plus intenses. Pour ce deuxième album, le groupe montréalais accorde plus de place au piano et aux percussions. S'en dégagent des arrangements plus fins, des boléros qui ramènent à une certaine douceur, deux classiques du grand Astor qui mènent à une déchirure moins violente que les versions de l'auteur, une guajira déconstruite, et toujours cette rondeur sonore et cette homogénéité de plus en plus accomplie.
Y. B.
Classique
FAURÉ
Requiem. Ave Verum. Ave Maria.
Tantum ergo. Messe des pêcheurs de Villerville. Ana Quintans (soprano), Peter Harvey (baryton), Ensemble vocal de Lausanne, Sinfonia Varsovia, Michel Corboz. Mirare MIR 028 (SRI)
Michel Corboz, pourtant auteur d'une version dite de référence du Requiem de Fauré, parue chez Erato, revient pour la troisième fois au disque vers cette partition. Mais cette fois-ci, c'est enfin vers la version originale de 1893 que Corboz se tourne. Restaurée par le musicologue Jean-Michel Nectoux, cette mouture, présentée par Jean Marie Zeitouni à Lanaudière en 2006, s'impose d'évidence par son intimisme, sa sobre beauté et ses couleurs automnales. À l'exception d'un solo dans le Sanctus, il n'y a pas de violons et les dimensions sont plus humaines: une chapelle musicale face à la cathédrale symphonique bien connue, boursouflée pour les besoins d'une exécution au Trocadéro lors de l'Exposition universelle de 1900 à Paris. Ce «vrai» Requiem de Fauré a été enregistré par Philippe Herreweghe, hélas lesté d'une soprano maniérée. Le CD de Corboz devient la nouvelle référence, car c'est un enregistrement poignant, culminant dans un Libera me lent et déchirant.
Christophe Huss
Classique
BACH
Variations Goldberg (version pour trio). Julian Rachlin (violon), Nonuko Imai (alto), Micha Maisky (violoncelle). DG 477 6378
Voici une nouveauté sur laquelle je me suis précipité tant la découverte, en 1985, de la transcription pour trio à cordes des Variations Goldberg par Dmitri Sitkovetski (dédiée à la mémoire de Glenn Gould) fut un des chocs musicaux les plus mémorables de ma vie. Contrairement à ce qu'écrit DG, cette adaptation ne peut pas dater de 1985 puisque le disque Orfeo, avec le transcripteur au violon et Gérard Caussé à l'alto, a été enregistré en novembre 1984. Mischa Maisky était déjà de cette première formation, dignement concurrencée en 1998 par un CD du Trio Gaede chez Tacet. Il est dommage que Maisky n'ait pas retenu davantage de leçons de la simplicité lumineuse de son premier enregistrement. Ce nouveau disque déçoit par la manière alambiquée de vouloir faire de chaque variation un «tableau sonore» dans une approche musicale outrancièrement romantique. Si l'énergie des mouvements vifs est souvent plaisante, le côté larmoyant des mouvements lents (Aria, Variations XIII et XV) finit vite par agacer.
C. H.
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