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Boîtes à cigares musicales

Frédérique Doyon   29 mars 2007  Musique
En un an d’activité, la petite entreprise du luthier Lenny Piroth Robert a fabriqué quelque 400 instruments originaux.
Photo : Jacques Grenier
En un an d’activité, la petite entreprise du luthier Lenny Piroth Robert a fabriqué quelque 400 instruments originaux.
Les Dumas, Rick Haworth et autres guitaristes chevronnés se les arrachent. Il ne s'agit ni d'une mythique Gibson, ni d'une Martin, mais bien des guitares de Daddy Mojo, petite entreprise montréalaise qui fabrique artisanalement ses instruments à partir de... boîtes à cigares.

Irrésistibles, elles allient le charme rétro, la fibre écolo et le son authentique des plus grandes légendes du blues, qui ont souvent fait leurs débuts en grattant un manche à balai monté sur une boîte de cigares.

«J'ai trouvé qu'il y avait tellement de sonorités différentes dans la boîte à cigares, selon le bois et le format», confie au Devoir Lenny Piroth Robert, artiste-peintre diplômé des Beaux-Arts à Concordia et devenu un peu malgré lui luthier artisanal l'an dernier. «Au début, je faisais ça pour moi, le dimanche à temps perdu.»

Les plus sceptiques seront en effet confondus: loin d'une boîte à savon, la guitare Daddy Mojo, électrique ou acoustique, permet des slides puissantes et des variations dignes d'amuser les plus férus guitaristes de tous genres musicaux. Dumas, Rick Haworth, fameux guitariste des Paul Piché et Michel Rivard, le bluesman Harry Manx et le duo Taima en ont déjà fait l'acquisition. Le groupe rock torontois Broken Social Scene attend la sienne.

«J'ai rencontré Dumas dans un party, raconte le luthier au milieu du bric-à-brac de son atelier, où les boîtes à cigares empilées et les instruments en chantier rivalisent avec les tableaux. C'est un des premiers musiciens ici à m'avoir demandé de lui en faire une pour lui et une autre pour son guitariste.»

Le bouche à oreille a répandu la bonne nouvelle dans la métropole, tandis que la boutique virtuelle eBay éveillait l'intérêt d'un journaliste pigiste de Playboy. Trois millions d'exemplaires du magazine plus tard, une centaine de commandes de guitares atterrissaient sur le site www.daddy-mojo.com, forçant l'artiste à troquer le chevalet pour la scie ronde (il en a d'abord «gossé» une centaine à la main!) et à embaucher un comparse musicien-menuisier, Luca Tripaldi, qui a peaufiné la finition des instruments.

Ironie du sort ou beauté du hasard, ce jour-là la vente de ses toiles, qui allait bon train dans une galerie d'Ottawa, s'essoufflait...

Un artefact musical

La course aux boîtes à cigares a alors commencé. «Au début, je faisais tous les magasins de cigares en ville», dit-il. Il compte désormais cinq ou six fournisseurs, trouvés sur Internet, chez les grands marchands de cigares américains. «On est en pourparlers avec une compagnie en République dominicaine qui fabrique les boîtes pour toutes les grandes marques, rapporte Lenny. Elle va nous faire une boîte sur mesure Daddy Mojo, qui sera mon modèle standard.»

Jusqu'ici, chaque guitare a un son et un design uniques, et est numérotée et personnalisée au goût de l'acheteur, qui peut choisir le format, le style de la boîte et l'étiquette qui l'habillera d'une pin-up pulpeuse, d'un chihuahua cigare au bec ou de la simple signature Cohiba. Tout cela pour moins de 200 $. Un client américain a même demandé de graver un épître de la Bible sur le côté du boîtier.

En un an d'activité, la petite entreprise a ainsi fabriqué quelque 400 instruments originaux. Le modèle plus standard compte quatre cordes. La frette et le résonnateur sont facultatifs. Mais les deux artisans planchent actuellement sur d'autres prototypes: un à six cordes pour les guitaristes conventionnels, un lapsteele (qu'on manipule à l'horizontale, sur les jambes), un banjo et une guitare électrique à la Bo Diddley.

Leur son «plus cru», «primitif et mordant», selon leur concepteur, les distingue des guitares commercialisées. Mais l'histoire mythique des cigar box guitars, enracinée dans celle du blues et du country, contribue à leur charme.

«J'ai trouvé ça vraiment intéressant comme artefact du folk, de l'histoire de la musique», dit le passionné de guitares, qui a déjà joué dans des petits bands et dont l'atelier est décoré d'une vieille Dobro en laiton et d'une Gibson rouge. «Beaucoup de musiciens fabriquaient leur propre instrument durant la dépression [des années 1930 aux États-Unis]. Ils n'avaient pas nécessairement l'argent pour acheter des choses manufacturées. Ils prenaient ce qui traînait dans la maison»... à une époque où le tabac avait la cote. Le grand Jimi Hendrix et la star de country Roy Clark auraient ainsi vécu leurs modestes débuts.

Soixante ans plus tard, le mythe urbain du génie musical patenté reprend de plus belle. Si bien que les clients de Daddy Mojo doivent actuellement attendre deux mois avant de recevoir leur précieux instrument. Une patience qui vaut bien l'originalité et l'élégance de l'objet. À l'oeuvre, on reconnaît l'artisan, dit-on. Et artisan, Lenny Piroth Robert veut le demeurer.
En un an d’activité, la petite entreprise du luthier Lenny Piroth Robert a fabriqué quelque 400 instruments originaux. «Au début, je faisais ça pour moi, le dimanche, à temps perdu», dit Lenny Piroth Robert, artiste-peintre diplômé des Beaux-Arts à Concordia et devenu un peu malgré lui luthier artisanal l’an dernier.
 






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