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Canada et États-Unis - Le disque en crise

Encore un recul des ventes de 20 % depuis le début de l'année

Stéphane Baillargeon   27 mars 2007  Musique
L’avenir semble se dessiner autour de cette possibilité d’acquérir les pièces musicales une à une, en fonction des goûts et des intérêts, au lieu de subir tout un album.
Photo : Agence Reuters
L’avenir semble se dessiner autour de cette possibilité d’acquérir les pièces musicales une à une, en fonction des goûts et des intérêts, au lieu de subir tout un album.
La chute inexorable continue. La vente de disques a encore baissé de 20 % aux États-Unis et au Canada selon des données concernant le premier trimestre de l'année publiées par la firme Nielsen SoundScan.

Il s'est vendu 89 millions de CD pendant les trois premiers mois de 2007 par rapport à 112 millions pendant la même période en 2006. Nielsen SoundScan collige les données de l'industrie en utilisant quelque 14 000 points de vente sur le continent nord-américain (sauf le Mexique). Les transferts en ligne n'ont pas réussi à compenser. Ceux-ci n'ont augmenté que de 10 % en trois mois, passant de 242 millions d'unités à 288 millions.

Le monde musical bascule rapidement vers le numérique, même si les disques réels comptent toujours pour 90 % des ventes. Les données révèlent une progression constante des téléchargements, légaux ou illégaux.

Ainsi, rien qu'en 2006, le nombre de vente de pistes à l'unité a augmenté de 56 %. L'avenir semble se dessiner autour de cette possibilité d'acquérir les pièces musicales une à une, en fonction des goûts et des intérêts, au lieu de subir tout un album. Très bientôt, cette tendance lourde aura des conséquences jusque sur la création musicale comme telle. Après tout, à quoi bon lancer un album de dix chansons si les consommateurs n'en veulent qu'une ou deux à la fois?

Les jeux semblent surtout faits pour certains genres musicaux liés aux radios commerciales et au hit-parade. Le jazz, le classique, l'opéra et une portion plus audacieuse du pop (du genre Radiohead ou Tool) pourraient échapper au morcellement et continuer à obtenir du succès avec des albums complets.

Une autre avenue explorée par les bonzes de l'industrie envisage de transformer les grandes étiquettes sur le modèle des vieux fan clubs. EMI et Warner Music songent à proposer un abonnement mensuel permettant de recevoir en ligne des chansons, des vidéos et d'autres produits dérivés de leurs artistes favoris.

Cette logique commerciale constituerait une sorte de retour aux sources. Les grands joueurs ont cessé la vente à l'unité il y a une dizaine d'années. Les mutations technologiques, dont l'invention du iPod et de ses clones, ont complètement chamboulé ce terreau, les ventes à la pièce totalisant maintenant les deux tiers des ventes en ligne.

Selon le Wall Street Journal, l'industrie du disque connaît ses plus mauvaises performances depuis 1991 et ne réussit pas à compenser les pertes aux comptoirs par des ventes en ligne. D'ailleurs, les magasins ne cessent de fermer sur le continent. Environ 800 d'entre eux ont disparu l'an dernier.

Révolution en cour

Le Québec subit aussi la révolution en cour. L'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) a d'ailleurs profité de la campagne électorale pour réclamer une injection de neuf millions de dollars par année pour soutenir le secteur musical en crise.

Les données de l'ADISQ montrent le sérieux retard accumulé dans la transition au modèle commercial numérique. Les ventes en ligne représentent 11 % du marché dans le monde, 18 % aux États-Unis et moins de 1 % ici même, pour un total de 2,5 millions par année. L'ADISQ souhaite obtenir 3,5 millions par année pendant «au moins trois ans» pour «investir massivement dans la création d'emplois à haut coefficient technologique», avec l'espoir de mener la part du marché du numérique du Québec vers la moyenne mondiale. Le reste de l'argent réclamé servirait notamment à soutenir les tournées de spectacles.
 
 
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