Coup de coeur francophone: Saule -- Lhasa - Du bonheur d'écouter attentivement
Photo : Annik MH De Carufel
Il n’y a pas beauté plus belle, pas de douceur plus douce que la voix de Lhasa, qui était en spectacle dans le cadre de Coup de coeur francophone à la Maison de la culture Maisonneuve.
Ils étaient venus voir et entendre Richard Desjardins, pour la dernière du spectacle Kanasuta. Mais les gens de Desjardins sont gens de qualité, Ève Cournoyer le sait pour avoir souvent assuré son lever de rideau: ils prêtent attention. Attentifs, ils l'étaient donc d'emblée pour Baptiste Lalieu, dit Saule, l'arbre chantant transplanté de Belgique. Attention dont ils ont été vite récompensés: ce Saule à tronc long et longues branches (il est grand, quoi) les a happés d'entrée de jeu, avec sa chanson de présentation intitulée... Saule: «Les pieds dans la mouise / Une toute petite brise / Sur ma chambre étoilée / Le regard interdit / D'un oiseau qui chie / Sur moi, en été / Je suis un saule qui pleure / En attendant mon heure».
Vite fait bien fait, le Spectrum bien plein de samedi soir était conquis: les chansons suivantes, sa chanson heureuse sur la mort (Si), son portrait digne d'un petit métier méprisé (Madame Pipi), son récit d'une sortie grand-guignolesque dans le grand monde (Un soir à l'opéra), son blues en forme de liste de choses honnies (J'aime pas), ont produit le même effet ici qu'aux Francos de Spa cet été: tant de candeur, tant de tendresse dans les tournures, tant de drôlerie aux entournures, ça s'embrasse, ça s'étreint. Après quarante minutes, avec sa seule guitare, sa saine énergie, sa jolie voix de tête et sa belle tête floue, Saule avait dûment chauffé la salle de «monsieur Desjardins», et donné le goût à chacun de le revoir demain au Lion D'Or avec son groupe (les Pleureurs!). Difficile d'imaginer stratégie de programmation plus réussie et premier contact plus probant. On retrouvait bien là l'esprit Coup de coeur francophone: en 1989, c'était Richard Desjardins qui officiait en première partie d'Isabelle Mayereau.
À l'entracte, j'ai laissé Richard à ses gens pour rallier la Maison de la culture Maisonneuve, où Lhasa vivait elle aussi, mais à l'extrême, l'expérience d'une écoute exceptionnelle. Le pari d'un spectacle sans amplification directe —seul un micro captait de loin le son d'ensemble, relayé à des moniteurs situés autour des spectateurs — était plus que gagné: le silence était si parfait dans la salle qu'on entendait les coeurs battre. Sur la petite scène, décorée de lanternes mexicaines, Lhasa n'avait même pas besoin de chanter fort. Parfois même, elle murmurait. Ses invités, dont Rick Haworth à la guitare et Mélanie Auclair au violoncelle, jouaient encore plus doucement qu'elle. On entendait tout, le souffle de Lhasa, les doigts de Rick glisser sur ses cordes, proximité inouïe.
Lhasa a surtout chanté en anglais, mais notre coup de coeur n'en était pas moins francophone. Quand elle a offert Don't Think Twice, It's All Right, juré craché, c'était plus beau que toutes les versions de Dylan (y compris celle qu'il chantera, à moitié méconnaissable, mercredi prochain au Centre Bell). Il n'y a pas beauté plus belle, pas de douceur plus douce que la voix de Lhasa. L'animatrice Chantal Jolis, croisée à la sortie, a parfaitement résumé le sentiment général: «C'était presque violent tellement c'était doux.»
Collaborateur du Devoir
Vite fait bien fait, le Spectrum bien plein de samedi soir était conquis: les chansons suivantes, sa chanson heureuse sur la mort (Si), son portrait digne d'un petit métier méprisé (Madame Pipi), son récit d'une sortie grand-guignolesque dans le grand monde (Un soir à l'opéra), son blues en forme de liste de choses honnies (J'aime pas), ont produit le même effet ici qu'aux Francos de Spa cet été: tant de candeur, tant de tendresse dans les tournures, tant de drôlerie aux entournures, ça s'embrasse, ça s'étreint. Après quarante minutes, avec sa seule guitare, sa saine énergie, sa jolie voix de tête et sa belle tête floue, Saule avait dûment chauffé la salle de «monsieur Desjardins», et donné le goût à chacun de le revoir demain au Lion D'Or avec son groupe (les Pleureurs!). Difficile d'imaginer stratégie de programmation plus réussie et premier contact plus probant. On retrouvait bien là l'esprit Coup de coeur francophone: en 1989, c'était Richard Desjardins qui officiait en première partie d'Isabelle Mayereau.
À l'entracte, j'ai laissé Richard à ses gens pour rallier la Maison de la culture Maisonneuve, où Lhasa vivait elle aussi, mais à l'extrême, l'expérience d'une écoute exceptionnelle. Le pari d'un spectacle sans amplification directe —seul un micro captait de loin le son d'ensemble, relayé à des moniteurs situés autour des spectateurs — était plus que gagné: le silence était si parfait dans la salle qu'on entendait les coeurs battre. Sur la petite scène, décorée de lanternes mexicaines, Lhasa n'avait même pas besoin de chanter fort. Parfois même, elle murmurait. Ses invités, dont Rick Haworth à la guitare et Mélanie Auclair au violoncelle, jouaient encore plus doucement qu'elle. On entendait tout, le souffle de Lhasa, les doigts de Rick glisser sur ses cordes, proximité inouïe.
Lhasa a surtout chanté en anglais, mais notre coup de coeur n'en était pas moins francophone. Quand elle a offert Don't Think Twice, It's All Right, juré craché, c'était plus beau que toutes les versions de Dylan (y compris celle qu'il chantera, à moitié méconnaissable, mercredi prochain au Centre Bell). Il n'y a pas beauté plus belle, pas de douceur plus douce que la voix de Lhasa. L'animatrice Chantal Jolis, croisée à la sortie, a parfaitement résumé le sentiment général: «C'était presque violent tellement c'était doux.»
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