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Concerts classiques - MusiMars, le début

Christophe Huss   28 février 2006  Musique
Ce concert d'ouverture de MusiMars à saveur islandaise montrait d'abord que la musique contemporaine, du moins son versant ardemment et exclusivement défendu par trois ensembles ou organismes dans la métropole, peine assurément à rencontrer son public. On comptait dans l'assistance environ quatre-vingt personnes, dont, au juger, 85% de «professionnels de la profession», compositeurs, amis et sociétaires. C'est explicable en partie par le facteur éolien, mais cela reste peu pour une telle manifestation.

Le programme, plutôt austère et modeste, nous montrait des compositeurs aux prises avec des formations réduites et, défi suprême, l'instrument soliste. Edgar Varèse, en 1936, avec Density 21,5 pour flûte seule, avait révolutionné la manière d'écrire pour l'instrument soliste, ouvrant la voie à nombre de recherches et déclinaisons, y compris, hélas, des choses du genre de Lampyridae, pénible séance d'onanisme bruitique sur une histoire de lucioles.

Mais Varèse a aussi défriché un chemin qui nous mène directement à The Songs of the Decaying Garden, composition pour clarinette seule du Danois Bent Sørensen, grand, très grand moment de la soirée. Magnifiée par un clarinettiste transcendant, du nom de Gudni Franzson, cette oeuvre, sans tourner à vide, explore maints types de modes de production de sons et semble tripler le champ de l'exploration des nuances sonores. La conclusion, aux confins de l'impalpable, était, au sens le plus propre et le plus noble, inouïe.

Face à un tel modèle, les jacasseries de Spring Chicken, oeuvre écrite sur un coin de table par Haukur Tómasson, amusent mais ne pèsent pas lourd. Tómasson est assurément un bon compositeur. On retient surtout, parmi les partitions révélées hier, la montée en puissance finale du Trio. Mais tout cela n'arrive pas à la cheville du raffinement et de l'accomplissement de son 2e Concerto pour flûte récemment enregistré par Sharon Bezaly chez Bis.

Quant aux deux compositions restantes, je n'ai rien retenu, ni en bien, ni en mal, de Corranach de Sean Ferguson, alors que La mémoire équivoque m'est apparue comme la composition la plus intéressante de Jean Lesage qu'il m'ait été donnée d'entendre à ce jour. Il était amusant d'y repérer quelques accents «mitteleuropéens», comme du Bartok ou du Janacek déconstruits.

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