Le grand patron de Radio France relevé de ses fonctions

Le dirigeant, qui n’a cessé de clamer son innocence, avait fait appel et refusé de démissionner.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Le dirigeant, qui n’a cessé de clamer son innocence, avait fait appel et refusé de démissionner.

Paris — Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a révoqué mercredi le président de Radio France, Mathieu Gallet, après sa condamnation en justice pour favoritisme à son poste précédent à la tête de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), qui avait poussé le gouvernement à réclamer son départ.

 

Le CSA a « décidé de retirer son mandat » à M. Gallet, « à compter du 1er mars », au nom de « l’intérêt général » et du « bon fonctionnement du service public audiovisuel », « à l’exclusion de toute autre considération », assure le régulateur alors que les avocats de M. Gallet lui reprochent d’avoir cédé à « la pression de l’État ».

 

Le CSA explique dans sa décision que, « pour assurer dans de bonnes conditions la gestion d’une société détenue à 100 % par l’État, il importe que les relations d’échange et de dialogue entre les représentants de l’État et le président-directeur général de la société soient denses, confiantes et permanentes, dans un contexte de réforme majeure de l’audiovisuel public ». Il se dit en outre « particulièrement sensible aux questions de déontologie, de prévention des conflits d’intérêts et de moralisation de la vie publique ».

 

Le 15 janvier dernier, Mathieu Gallet a été condamné à un an de prison avec sursis et à 20 000 euros (environ 30 500 $CAN) d’amende pour avoir favorisé deux sociétés de conseil lorsqu’il présidait l’INA.

 

Le dirigeant, qui n’a cessé de clamer son innocence, avait fait appel et refusé de démissionner.

 

Recours ?

 

« C’est une décision que nous regrettons profondément. La pression de l’État a été plus forte que la présomption d’innocence », ont déclaré les avocats de Mathieu Gallet, Christophe Ingrain et Rémi Lorrain.

 

La défense du patron de Radio France attend de prendre connaissance des motifs de la décision avant de se décider sur un éventuel recours devant le Conseil d’État. Le départ de Mathieu Gallet étant fixé au 1er mars, un recours peut théoriquement être examiné avant cette date.

 

De son côté, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a rappelé la « position très claire » du gouvernement, à savoir que « l’exemplarité » est « une condition absolue de bonne gouvernance et de légitimité » pour les dirigeants des services publics.

 

Le CSA, dont c’est la prérogative, avait nommé Mathieu Gallet à la tête de Radio France en 2014, à la surprise générale, faisant de lui le plus jeune patron de la radio publique (il vient d’avoir 41 ans).

 

Conséquence de ce départ forcé, c’est le doyen des administrateurs de Radio France nommés par le CSA qui va devoir assurer l’intérim. Il s’agit de Jean-Luc Vergne, 69 ans, qui n’avait pas d’expérience de l’audiovisuel avant d’intégrer le conseil d’administration de Radio France fin 2016.

 

La nomination du successeur de Mathieu Gallet prendra plusieurs mois.

 

Cette révocation survient alors même que l’exécutif prépare une réforme en profondeur de l’audiovisuel public français.

 

Le gouvernement veut notamment confier le pouvoir de nommer et de révoquer les dirigeants de l’audiovisuel public aux conseils d’administration des sociétés concernées, une mesure qui devrait figurer dans un projet de loi attendu en fin d’année.