Pierre Marcoux vient d’être nommé président de TC Media

«Je pense que c’est du devoir des gouvernements d’accompagner les médias pour leur permettre de continuer à faire leur travail journalistique avec les moyens appropriés», avance le nouveau président de TC Media, Pierre Marcoux.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Je pense que c’est du devoir des gouvernements d’accompagner les médias pour leur permettre de continuer à faire leur travail journalistique avec les moyens appropriés», avance le nouveau président de TC Media, Pierre Marcoux.

En accédant mardi à la présidence de TC Media, division de l’entreprise québécoise Transcontinental fondée par son père, Pierre Marcoux y continue son ascension entamée en 2000 en tant que simple journaliste. Désormais grand responsable de publications comme Les Affaires, il se dit ouvert à l’aide gouvernementale à la presse et estime que la vente des hebdos de TC est une bonne chose pour ceux-ci. Discussion.

Avant de gérer des médias, vous aviez plutôt l’ambition d’y écrire. Qu’est-ce qui vous plaisait dans le journalisme ?

J’aimais écrire, j’aimais beaucoup parler au monde. Et j’aimais le fait de comprendre les enjeux, d’arriver à voir clair dans une situation et pouvoir transmettre cette information-là. En anglais, on parle souvent de reporting et de writing. Je vous dirais que l’aspect reporting, de rendre compte, ça m’allumait beaucoup.

Comment êtes-vous arrivé à la gestion, aux affaires ?

J’ai fait une maîtrise aux États-Unis en gestion des médias écrits (à la Northwestern University), et après avoir travaillé un peu comme journaliste aux États-Unis et en Ontario, je suis rentré comme journaliste aux Affaires. J’ai géré des sections du journal, puis le journal dans son ensemble. Je suis passé aux ventes, j’ai occupé différents postes dans l’entreprise au niveau de la gestion… J’ai gravi pas mal les échelons, quoi.

Votre père, Rémi Marcoux, fondateur de Transcontinental, n’a jamais voulu donner de passe-droit à ses enfants…

Je dirais que ça s’inscrit effectivement dans la philosophie de ne pas être catapulté dans un poste pour les mauvaises raisons.

La situation n’est pas toujours rose pour les médias ces temps-ci. Vos journaux locaux font partie de la Coalition pour la pérennité de la presse. Êtes-vous partisan d’une aide gouvernementale ?

L’industrie des journaux en particulier fait face à des transformations qui sont importantes. Je pense que c’est du devoir des gouvernements d’accompagner les médias. D’une part parce que c’est une industrie importante, et d’autre part pour permettre aux médias de continuer à faire leur travail journalistique avec les moyens appropriés.

Trouvez-vous qu’une aide par des prêts consentis par Investissement Québec, comme ceux accordés au Devoir et à Groupe Capitale Médias, est la bonne approche ?

Je ne veux pas commenter la forme nécessairement. C’est important que le fédéral et le provincial puissent mettre sur pied des programmes accessibles à tous pour aider les médias dans cette transformation-là. D’ailleurs, nous chez TC Media, du côté Affaires, on reçoit des subventions de Patrimoine canadien par le Fonds des périodiques. Je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas la même chose pour la presse hebdomadaire et quotidienne.

TC Media se concentre beaucoup dans son volet affaires et éducation, justement. C’est rentable ?

C’est un groupe qui, dans l’univers des médias, s’en sort très bien. Il fait environ 100 millions de revenus avec une très bonne profitabilité. C’est un groupe où on est capable de croître de manière organique et par acquisitions.

De manière organique ?

Par exemple aux Affaires, on a développé des activités de conférences, on en fait une quarantaine par an. Cette année, on va lancer un salon commercial sur la transformation numérique, qui est un nouveau format dans le domaine de l’événementiel. Et les activités traditionnelles des médias nous permettent de pousser des entreprises qu’on acquiert, de les faire croître, et vice et versa.

Est-ce que la vente en cours des hebdos du Québec et de l’Ontario est une bonne chose pour votre entreprise ?

On a décidé de s’en départir parce qu’honnêtement, pour une entreprise publique de notre grosseur, c’était rendu difficile d’avoir la proximité nécessaire à nos marchés pour que ces produits-là puissent croître de manière intéressante. C’est pour ça qu’on a fait le choix conscient de les vendre à des entrepreneurs qui, dans leurs régions, vont connecter avec leur marché, avec les commerçants du coin. Et les journalistes ont davantage la capacité d’être sur le terrain, d’être au courant des enjeux de la place.

Il reste une trentaine de journaux dans votre giron, dont à Montréal et à Québec. Qu’en est-il des gros joueurs comme Métro ?

Je ne peux pas vraiment vous dire, les dossiers de vente sont confidentiels d’une part, et ce n’est pas directement sous ma responsabilité.

L’avenir est-il dans le numérique, dans le papier ?

On a décidé d’être avec nos clients, lecteurs et annonceurs, dans cette transformation-là. Où ça s’en va exactement ? Je n’ai pas de boule de cristal, mais on est prêt à continuer à offrir nos contenus sur les plateformes qu’on a, et à les développer au gré des changements d’habitudes de consommation des gens.