«La Presse» sera 100% numérique le 30 décembre

«La Presse» deviendra entièrement numérique à compter de 2018. Cette mesure se traduira par la suppression de 49 emplois permanents et temporaires, selon la direction.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «La Presse» deviendra entièrement numérique à compter de 2018. Cette mesure se traduira par la suppression de 49 emplois permanents et temporaires, selon la direction.

La Presse devrait lancer une nouvelle application mobile si elle souhaite réussir son virage numérique, croient des experts des médias tandis que le quotidien montréalais a annoncé jeudi abandonner complètement le papier dès 2018.

 

À partir du 30 décembre 2017, le journal cessera d’imprimer son édition du samedi, mettant fin à 133 ans de vie en format papier.

 

Déjà, le 1er janvier 2016, le quotidien avait cessé de publier en papier la semaine.

 

Le média misera donc toutes ses billes sur le numérique, particulièrement sur son application tablette La Presse +.

 

« Ça fait plus de cinq ans que l’édition tablette a été lancée et, on le voit, c’est une technologie qui devient désuète. Il s’en vend de moins en moins, alors c’est certain qu’on doit s’attendre à ce qu’on innove, et la faiblesse actuelle de La Presse, c’est son application mobile », souligne Jean-Hugues Roy, professeur spécialiste des nouvelles technologies à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal.

 

Sébastien Charlton, du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, estime lui aussi que le quotidien de la rue Saint-Jacques doit maintenant se concentrer sur les téléphones intelligents.

 

« Aller vers le mobile, ça comporte beaucoup d’impacts, notamment si on pense à la publicité, mais le format tablette pourrait devenir moins populaire », souligne M. Charlton.

 

Cette nouvelle transition va effectivement s’opérer par une évolution des plateformes numérique, dit le nouveau président de La Presse, Pierre-Elliott Levasseur, en entrevue au Devoir.

 

« On va continuer de faire évoluer la tablette, notre plateforme mobile sur le téléphone et on doit également faire évoluer notre plateforme Web. On se positionne carrément comme un joueur numérique aujourd’hui dans le marché. Et ça change très rapidement », souligne-t-il.

 

Départs volontaires

 

C’est M. Levasseur qui a annoncé l’abandon complet de la publication physique dans une missive publiée sur le site du journal et confirmé des pertes d’emploi.

 

« Cette transformation d’entreprise entraînera une réduction de personnel qui touchera 49 emplois permanents et temporaires », a écrit M. Levasseur dans sa note.

 

M. Levasseur a précisé que 17 de ces postes seront issus de la rédaction. « On a une entente de principe sur un programme de départs volontaires, les représentants syndicaux vont présenter ça à leurs membres au début de la semaine prochaine, je crois », explique-t-il.

 

Si, dans son mot officiel, il se réjouit de voir que La Presse « franchit une nouvelle étape », M. Levasseur estime aussi que « ce n’est vraiment pas une journée qui est facile. On a des gens qui vont nous quitter quiont contribué significativement au succès de La Presse et ànotre virage numérique ».

 

M. Levasseur souligne que La Presse avait fait des investissements pour maintenir un modèle hybride papier-numérique, et que les compressions annoncées sont « une réflexion de la fin de cette transformation-là ».

 

Dans un communiqué, le président du Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse (STIP), Charles Côté, a affirmé que « si La Presse est touchée par les difficultés économiques qui affectent la presse écrite, les syndicats agiront de manière responsable. Nous avons d’ailleurs déjà proposé des solutions concrètes permettant des économies importantes ».

 

Succès de La Presse +

 

M. Levasseur a expliqué cette transition au tout numérique par le succès de l’application tablette La Presse +.

 

Selon ses chiffres, l’auditoire de l’application a connu une hausse de 18,7 % en 2016. La moyenne quotidienne d’ouvertures uniques de la plateforme d’information s’élèverait aujourd’hui à 273 000. Le communiqué syndical dit pour sa part que La Presse + rejoint chaque semaine plus de 600 000 lecteurs.

 

« Je vous dirais que, depuis qu’on a abandonné notre édition papier la semaine, il y a beaucoup de nos abonnés qui nous ont suivis sur nos plateformes numériques, particulièrement sur La Presse +, explique-t-il. À partir du moment où ils ont développé un rituel numérique la semaine, ils ont aussi développé ce même rituel le week-end. »

 

Le succès de La Presse + laisse toutefois les spécialistes sceptiques.

 

« Les résultats financiers de La Presse sont noyés dans un groupe d’entreprises pour lesquelles il est difficile de savoir si ça va réellement aussi bien qu’on le prétend », indique M. Roy.

 

Il faut donc selon lui être prudent lorsqu’on interprète le succès du quotidien.

 

Le président de La Presse n’a pas voulu divulguer le nombre d’abonnés papier qu’il leur restait, mais il a souligné le fait que la plupart d’entre eux étaient des lecteurs « de longue date ».

 

« Ça va faire quatre ans et demi qu’on a opéré dans un modèle hybride, totalement dans le respect de nos lecteurs. Aujourd’hui, on se retrouve face à une situation où ça n’a juste plus de sens d’opérer sur les deux plateformes. » Le quotidien a annoncé qu’il mettra sur pied des « mesures d’accompagnement » pour faciliter le passage de ses abonnés papier à l’application tablette.

  • Mario Jodoin - Abonné 1 juin 2017 11 h 17

    Conscient, mais bof...

    «Le président a aussi dit être conscient que l’abandon de la version papier de La Presse « affectera des lecteurs parmi nos plus assidus et nos plus fidèles, soit ceux et celles qui étaient des abonnés de longue date à La Presse ».»

    Mais cela ne pèse pas plus dans sa décision que l'an passé. Bon, il était temps de passer à autre chose! Adieu Power!

  • René Bourgouin - Inscrit 1 juin 2017 13 h 27

    Instrument d'influence

    La Presse est avant tout un instrument d'influence aux mains de ceux qui la possède (qui donc déjà?...). Ça coûte moins cher une version 100% numérique et ça rejoint plus la clientèle cible à laquelle on veut inculquer une certaine idéologie: les jeunes.

    Des éditoriaux et des chroniques superficielles bien-pensantes, de la consommation, de la popote, des restos, de la branchouille, du flafla, des belles images, c'est tout ce que ça prend.